Une artiste indienne explore la richesse et la complexité de la tradition hindoue à travers une série de peintures inédites. L’exposition « Ekaa : L’Une », actuellement présentée à Delhi, met en lumière les 64 Yoginis, divinités féminines longtemps méconnues du grand public.
L’artiste Beena Unnikrishnan a entrepris il y a plus de dix ans un voyage créatif pour représenter visuellement ces incarnations de Shakti, la force primordiale féminine au cœur de la cosmologie hindoue. Ses œuvres, visibles jusqu’au 24 février à la Visual Art Gallery de l’India Habitat Centre à Delhi, ne sont ni des copies de sculptures antiques, ni des reconstitutions académiques. Elles constituent plutôt une interprétation contemporaine de ces énergies dynamiques incarnant la nature, la conscience, la protection, la transformation et la sagesse.
« Tout a commencé avec l’envie de peindre Ma Tripura Sundari, et cela m’a conduit à découvrir les 64 Yoginis, ou ses 64 expressions », explique Beena Unnikrishnan, qui poursuit une tournée à travers l’Inde avec son exposition. « En commençant à peindre ces puissances féminines, leurs différents aspects ont commencé à se dévoiler. »
Les Yoginis, associées aux pratiques Shakta et Tantriques entre le IXe et le XIIe siècles, se distinguent des divinités traditionnelles par leur culte dans des temples souvent circulaires et ouverts au ciel, comme ceux d’Hirapur (Odisha) et de Bhedaghat (Madhya Pradesh). Les chercheurs interprètent cette architecture comme un symbole de totalité cosmique, propice aux rituels nocturnes.
L’exposition « Ekaa : L’Une » propose une approche accessible à tous, privilégiant l’émotion à l’érudition. L’artiste a délibérément évité les légendes détaillées, préférant des titres évocateurs tels que « Maternité » ou « Résilience ». « Je n’ai pas appris l’art de manière formelle, ni ne suis une pratiquante spirituelle, ce qui m’a donné la liberté d’expérimenter avec les formes, les couleurs et les concepts », précise-t-elle.
Après Delhi, l’exposition poursuivra son périple de 81 jours à travers l’Inde, avec un prochain arrêt prévu à Gwalior les 27 et 28 février. Chaque étape est ponctuée par une exposition de trois jours. Parmi les Yoginis représentées figurent Bahurup, Tara, Narmada, Yamuna, Shanti, Varuni, Kshemankari, Aindri, Varahi, Ranveera, Vanarmukhi, Vaishnavi et Kalaratri, autant de noms qui témoignent de la diversité de cette tradition spirituelle.
Beena Unnikrishnan, également fondatrice de la Kankali Trust for Arts and Cultural Economic Development, considère ce projet comme un parcours à la fois créatif et personnel, visant à renouer le public avec un aspect méconnu du patrimoine spirituel indien.