Publié le 05/11/2025 – 12h45. Le programme satirique « Malas lenguas », animé par Jesús Cintora, opère un virage éditorial marqué à la télévision publique espagnole, délaissant l’humour au profit d’une analyse politique plus poussée. Cette réorientation s’accompagne d’une restructuration de son équipe, entraînant le départ de la majorité de ses auteurs comiques.
- « Malas lenguas » renonce à sa composante humoristique pour se concentrer sur l’actualité politique et le débat.
- Cette décision éditoriale fait suite à des audiences jugées très positives sur La 1 et La 2 de TVE.
- Un aspect comique minimal sera maintenu pour permettre au programme de conserver son statut de production externe.
Le programme « Malas lenguas », présenté par Jesús Cintora et produit par Big Bang Media, La Osa et El Terrat, a entamé cette semaine une nouvelle phase sur La 1 et La 2 de la télévision publique espagnole. Cette transition s’est traduite par le départ de la quasi-totalité de son équipe de scénaristes spécialisés dans la comédie. Sur les six membres composant ce secteur, quatre ont quitté le format, auxquels s’ajoute un autre membre, ne laissant ainsi que la comédienne Raquel Hervás comme « survivante » de cette équipe. Elle continuera toutefois d’intervenir ponctuellement avec de courtes séquences humoristiques.
Ce changement confirme une tendance observée depuis plusieurs semaines : « Malas lenguas » abandonne progressivement la satire pour se consacrer entièrement à l’analyse et au débat de l’actualité politique. Si cette réorientation répond à des impératifs éditoriaux et d’audience, elle semble également porter une dimension économique sous-jacente.
Dès ses débuts, le programme avait pour ambition de mêler information, analyse et divertissement, se définissant comme un « magazine d’actualité avec un engagement journalistique et un espace pour l’humour ». Cependant, au fil des diffusions, la composante récréative s’est vue de plus en plus réduite, pour finir par ne constituer qu’un simple accompagnement.
Les performances d’audience sur les deux chaînes de TVE ont été le facteur déterminant dans cette décision. « Malas lenguas » a réussi à doubler la moyenne de sa case horaire sur La 2, atteignant des parts de marché de l’ordre de 7% à 8%. Sur La 1, le programme s’est solidement installé avec une part d’audience de 11% à 12%, contribuant ainsi à propulser le bloc de programmes de l’après-midi de la chaîne au-delà des 10%. Ces résultats ont convaincu la direction de TVE de parier sur une ligne éditoriale axée sur la politique, une stratégie qui porte ses fruits dans d’autres secteurs du groupe, bien que souvent critiquée, tant en interne qu’en externe, pour son manque de pluralisme, ses parti-pris ou les pratiques controversées de certains de ses présentateurs. C’est le cas de Jesús Cintora lui-même, qui fait l’objet d’accusations de sexisme.
L’élimination totale de l’humour aurait cependant entraîné des conséquences structurelles. Afin d’éviter cela, et plutôt que de supprimer toute forme de comédie, les producteurs ont été contraints de la réduire à son strict minimum. Si le programme devait être exclusivement considéré comme informatif, axé uniquement sur l’actualité politique, la loi imposerait qu’il relève du personnel interne de la RTVE (Radiotelevisión Española), conformément aux statuts de l’entreprise. En conservant une composante comique minimale, assurée par les interventions de Raquel Hervás, la société permet au programme de conserver son statut de « spectacle de divertissement » et de rester une production externe, sous l’égide de Big Bang Media et de ses partenaires. C’est dans ce contexte que toute l’équipe de scénaristes humoristiques a quitté le format, à l’exception de Raquel Hervás, qui continuera à développer et diriger sa propre section.
Adieu aux « Teletrapos » et à la comédie chorale
Ce revirement met également fin à l’un des éléments les plus distinctifs du programme lors de sa présentation aux médias : les « Teletrapos ». Ces marionnettes en chiffon, qui parodiaient les personnalités politiques et les journalistes, faisaient partie intégrante de l’identité visuelle du format. La personne en charge de leur manipulation et de leur création, ainsi que le reste de l’équipe de scénaristes comiques, ont été licenciées.
Le départ des comédiens et scénaristes, marqué par des messages d’adieu et de soutien mutuel sur les réseaux sociaux, symbolise la fin d’une ère pour « Malas lenguas », qui avait pour ambition de raviver la satire télévisée sur le plan politique. Asaari Bibang, Ignatius Farray, Marina Lobo et Héctor de Miguel « Quequé » faisaient partie de cet engagement initial en faveur de l’humour politique, un aspect qui s’est toutefois dilué au fil des mois.
Sur RTVE, le programme est devenu un pilier des après-midis, mais cela s’est fait au détriment de la diversité et de la différenciation que promettait l’humour à son lancement. Ce changement renforce la ligne éditoriale qui a permis à La 1 d’atteindre ses meilleurs chiffres d’audience depuis des années. Il invite néanmoins à une réflexion sur les frontières entre information et divertissement à la télévision publique, et sur la manière dont une simple appellation – celle de « magazine » – peut devenir un levier pour maintenir l’indépendance d’une société de production externe au sein de l’écosystème de RTVE.