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Actrice d’IA : qui a peur de « Tilly Norwood » ?

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Publié le 2025-10-15 16:03:00. L’intelligence artificielle continue de susciter des inquiétudes à Hollywood, notamment avec la création d’acteurs virtuels. Les syndicats d’acteurs et de scénaristes s’inquiètent des répercussions sur l’emploi et les droits d’auteur.

  • Une actrice virtuelle, « Tilly Norwood », entièrement générée par IA, suscite l’inquiétude à Hollywood.
  • Les syndicats craignent une perte d’emplois massive et une dilution des droits d’auteur face à ces nouvelles technologies.
  • Malgré les craintes, certains acteurs de l’industrie voient l’IA comme une opportunité de repenser la création artistique.

L’humour d’Amy Poehler dans « Saturday Night Live » a pu n’être qu’à moitié une plaisanterie lorsqu’elle s’est adressée à « Tilly Norwood », une actrice virtuelle créée par l’IA. Cette dernière est le fruit du travail d’Eline Van der Velden et de sa société londonienne Particle 6. Présentée comme une réponse au « cauchemar de nombreux cinéastes » de Hollywood, Tilly incarne une jeunesse éternelle, un physique parfait et des traits idéalisés, sans lien avec une personne réelle. Cette déclaration de guerre, comme l’a qualifiée la comédienne, reflète un climat de défiance croissant dans l’industrie du cinéma américain.

L’annonce d’Eline Van der Velden de vouloir faire de Tilly Norwood une « nouvelle Scarlett Johansson » et ses négociations avec des sociétés de production pour son utilisation dans des films et des publicités ont accentué les tensions. La particularité de Tilly réside dans le fait qu’elle est entièrement générée par IA, sans que ses caractéristiques puissent être attribuées à des individus spécifiques. Ce point précis est au cœur des inquiétudes, car il ouvre la voie à une utilisation massive et potentiellement dévastatrice pour les métiers du cinéma.

Les syndicats, tels que la SAG-AFTRA (Screen Actors Guild – American Federation of Television and Radio Artists) et la WGA (Writers Guild of America), luttent pour trouver des solutions face à l’évolution rapide des technologies. La nouvelle IA d’OpenAI, Sora 2, capable de générer des vidéos réalistes à partir de simples descriptions, illustre la vitesse à laquelle l’activisme doit s’adapter. Des accords ont bien été trouvés il y a deux ans pour protéger les acteurs contre l’utilisation non consentie de leur image. Le contrat de 2023 interdit notamment aux studios d’exploiter la voix, les gestes ou les visages des membres syndiqués sans rémunération. Cependant, des créations comme Tilly Norwood ou les personnages générés par Sora échappent en partie à ces protections, car ils ne correspondent pas à des modèles humains identifiables dont les droits pourraient être réclamés.

L’actrice Justine Bateman, très impliquée dans la lutte contre l’IA dans le cinéma, a critiqué sur Instagram l’absence de réglementation claire pour les « artistes synthétiques ». Elle souligne que le contrat de 2023 obligeait les studios à informer le syndicat uniquement si un acteur IA remplaçait un membre sur un plateau. La question des droits d’auteur devient particulièrement complexe lorsqu’il s’agit de personnages IA basés sur des modèles humains, mais elle se complexifie encore davantage avec l’émergence de personnages virtuels comme Tilly. De plus, des entreprises comme Disney ont déjà engagé des poursuites contre des IA entraînées sur leur contenu sans autorisation.

Les projections sont alarmantes : une étude évoque la mise en jeu de 62 000 emplois dans l’industrie du divertissement en Californie, et potentiellement 204 000 à l’échelle nationale. Acteurs, réalisateurs, concepteurs scéniques et bien d’autres professions créatives voient leur avenir menacé par des remplacements potentiellement moins coûteux. Lors des prochaines négociations, la SAG-AFTRA, la WGA et la DGA (Directors Guild of America) entendent aborder plus fermement cette nouvelle donne. Des questions inédites se posent, comme la possibilité pour un acteur de créer une version IA de lui-même, utilisable des décennies plus tard. Qui détiendrait alors les droits ? Quelle serait la durée de vie de ce « clone IA » ? Ces interrogations alimentent les troubles actuels à Hollywood, rappelant les propos de Fran Drescher, ancienne présidente de la SAG-AFTRA, sur la potentielle perte de repères entre le réel et le virtuel.

Cependant, tous ne partagent pas ce pessimisme. Certains voient dans l’IA une nouvelle frontière pour la création. Edward Saatchi, PDG de la start-up Fable, cofinancée par Amazon, estime que l’IA marque l’avènement d’un monde où l’humanité n’est plus la seule espèce créatrice. Fable utilise d’ailleurs l’IA pour « réimaginer » des œuvres existantes, comme le projet de recréer des parties perdues du film d’Orson Welles, « Les Magnifiques Ambersons », grâce à l’intelligence artificielle.

Saatchi conseille aux professionnels inquiets de s’adapter et de trouver de nouvelles sources de revenus. Il envisage un avenir où, parallèlement aux sorties de films traditionnelles, des millions de nouvelles scènes générées par IA pourraient être disponibles, générant des revenus pour les créateurs qui défendent leurs droits. Il voit dans la capacité d’une œuvre à engendrer d’autres œuvres une perspective passionnante, une idée qui aurait pu séduire des artistes comme Andy Warhol ou Léonard de Vinci.

Pour Amy Poehler, la perspective reste empreinte de mélancolie. Elle confiait dans « Saturday Night Live » qu’elle rêvait dans son enfance de devenir actrice, « du moins jusqu’à ce qu’ils inventent une actrice IA plus drôle et prête à se déshabiller ».

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