Publié le 2023-10-15 10:00:00. Le Land allemand du Schleswig-Holstein marque une étape majeure dans sa quête de souveraineté numérique en abandonnant l’écosystème Microsoft pour des solutions open source, un projet ambitieux qui a abouti à la migration de plus de 40 000 boîtes aux lettres électroniques.
- Le Schleswig-Holstein a achevé la première phase de son projet d’indépendance technologique vis-à-vis de Microsoft.
- Plus de 40 000 boîtes aux lettres électroniques et entrées de calendrier ont été migrées vers des solutions open source sans interruption de service.
- L’objectif est de réduire la dépendance envers les grandes entreprises technologiques et de garantir la souveraineté numérique de l’État.
L’administration régionale du Schleswig-Holstein, dans le nord de l’Allemagne, a officiellement annoncé avoir remplacé Outlook, Exchange et Office par des alternatives gratuites et libres. Cette transition, qui concerne le système de messagerie de l’État, a vu la migration vers Open Xchange et Mozilla Thunderbird, processus finalisé le 2 octobre. L’opération a impliqué quelque 30 000 fonctionnaires, y compris des membres des institutions judiciaires et policières, qui utilisent désormais des outils libres pour leurs communications et leur productivité.
« Nous voulons devenir indépendants des grandes entreprises technologiques et garantir la souveraineté numérique », a déclaré Dirk Schrödter, ministre d’État chargé de la numérisation. Il a ajouté avec satisfaction : « Maintenant, nous pouvons dire par courrier électronique : Mission accomplie. »
Un projet mûrement réfléchi
Cette démarche n’est pas le fruit du hasard, mais s’inscrit dans une stratégie de longue date. Le Schleswig-Holstein prépare cette transition depuis plusieurs années, dans le cadre de son « Stratégie Open Innovation et Open Source ». Ce plan vise à refondre l’intégralité de son infrastructure technologique en s’appuyant sur des solutions transparentes et gratuites.
L’adoption de logiciels libres s’est intensifiée en 2024 avec le remplacement de Microsoft Office par LibreOffice comme suite bureautique standard. Depuis, la direction de l’État a progressivement retiré les licences Microsoft de ses postes de travail.
Le ministère des Affaires étrangères a précisé que ce plan a été conçu par étapes afin de minimiser les risques et d’assurer la continuité des opérations. Le gouvernement a collaboré étroitement avec les éditeurs de logiciels libres et les communautés associées pour garantir la compatibilité, le support technique et la pérennité des nouvelles plateformes. Des investissements ont également été réalisés dans la formation des agents pour faciliter leur adaptation aux nouveaux outils.
« Il n’existe pratiquement aucun projet comparable de cette ampleur dans le monde », a souligné Dirk Schrödter. « À l’avenir, nous pourrons partager notre expérience pour accompagner d’autres gouvernements qui décideraient de suivre la même voie. »
Les prochaines étapes
La migration des messageries n’est que le début. Les phases ultérieures prévoient le remplacement de SharePoint par Nextcloud, une autre solution de collaboration open source, et l’achèvement du déploiement de LibreOffice dans tous les services de l’administration.
L’objectif ultime, symbolique, est l’abandon définitif de Windows au profit d’une distribution Linux pour les équipements de l’État, concrétisant ainsi l’indépendance technologique du Land vis-à-vis de Microsoft.
Un modèle pour l’Europe
Avec cette initiative, le Schleswig-Holstein se positionne comme un pionnier en Europe dans l’adoption des logiciels libres au sein de l’administration publique. Dans un contexte mondial où la souveraineté numérique et la protection des données sont devenues des enjeux majeurs, l’expérience allemande pourrait servir de modèle à d’autres pays désireux de réduire leur dépendance vis-à-vis des géants de la technologie.
Le message est sans équivoque : l’Allemagne a entamé son chemin vers la liberté numérique, et le Schleswig-Holstein peut désormais s’enorgueillir d’avoir franchi le premier pas d’envergure.