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Alejandro Castro Espín, le prince de l’ombre

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Publié le 8 février 2026 05:30:00. L’ancien colonel Alejandro Castro Espín, figure discrète du régime cubain et artisan du dégel avec les États-Unis, refait surface alors que La Havane est confrontée à de nouvelles pressions économiques et à la possibilité d’un dialogue avec Washington.

  • Après des années d’isolement, Alejandro Castro Espín a été aperçu lors d’une marche pro-palestinienne à La Havane, suscitant des interrogations sur son rôle potentiel dans les négociations futures.
  • Son ascension rapide et sa chute tout aussi spectaculaire, liées à la normalisation des relations avec les États-Unis et au scandale du « syndrome de La Havane », restent entourées de mystère.
  • Des rumeurs persistantes évoquent un retour en force de l’influent colonel, possiblement pour négocier avec Washington dans un contexte de crise économique et de tensions géopolitiques.

L’apparition d’Alejandro Castro Espín, le 14 octobre 2024, lors d’une manifestation à La Havane en soutien à Gaza, a créé la surprise. Pendant près de sept ans, le fils unique de Raúl Castro était resté absent de la scène publique, alimentant les spéculations sur son sort. Les images diffusées par les chaînes de télévision montraient un homme méconnaissable, loin de l’uniforme militaire et des insignes de colonel qu’il arborait autrefois. Vêtu d’un simple T-shirt noir, d’un pantalon ordinaire et de lunettes de soleil, il portait un petit drapeau palestinien.

Cette apparition a ravivé le souvenir d’une période trouble pour l’héritier Castro. On l’avait alors décrit comme soumis à un « plan pyjama », un euphémisme cubain désignant une mise à l’écart discrète et un confinement à domicile pour les membres de l’élite castriste. Alejandro Castro Espín avait été chargé de mener les négociations secrètes avec les États-Unis qui ont abouti à la normalisation des relations en 2016, mais il a ensuite été associé à l’échec de ce rapprochement et au scandale du « syndrome de La Havane ».

Né en 1965, Alejandro Castro Espín a suivi une formation d’ingénieur frigoriste à Cuba avant de rejoindre l’armée en Union soviétique, devenant le seul descendant direct des frères Castro à embrasser une carrière militaire. Il a participé aux opérations militaires cubaines en Angola, où il aurait été blessé à l’œil lors d’un exercice, ce qui lui a valu le surnom de « El Tuerto » (le borgne) parmi les Cubains, notamment les dissidents.

En 2008, avec l’arrivée de Raúl Castro au pouvoir, le colonel Alejandro Castro a discrètement fait son entrée dans la vie publique. Il s’est distingué par ses écrits et ses analyses sur la politique internationale, publiant des articles et des livres critiquant l’impérialisme américain, tels que Empire de la terreur et États-Unis : le prix de l’électricité. Il a également accordé des interviews à des médias comme RT et Telesur, présentant ses ouvrages en Russie, en Grèce et dans plusieurs pays arabes.

Son rôle central dans le dégel avec les États-Unis a débuté fin 2014, après l’annonce historique de la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis. Il est rapidement apparu comme l’architecte de ce rapprochement, gérant les conversations secrètes et devenant le conseiller de son père, membre de la Commission de sécurité nationale et directeur du renseignement et du contre-espionnage de la Sécurité de l’État. En 2015, il déclarait :

« Cuba a toujours exprimé sa volonté de parler [avec les États-Unis] en termes d’égalité, mais la situation historique a fait qu’elle soit maintenant. »

Alejandro Castro Espín Il affirmait également :

« Cuba ne reviendra pas au capitalisme. »

Alejandro Castro Espín Il avait même invité John Brennan, alors directeur de la CIA, à La Havane en 2015, renforçant son image de négociateur pragmatique et de figure clé de l’après-castrisme.

Cependant, le retour aux relations normales avec les États-Unis a été rapidement menacé. Des tensions internes au sein du régime castriste, opposant partisans de la confrontation à partisans de l’ouverture, ont freiné les réformes promises. L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche en 2017 a porté un coup fatal à ce processus. Le scandale du « syndrome de La Havane », une série d’incidents affectant des diplomates américains et canadiens sur l’île, a exacerbé les tensions.

Selon une enquête menée par les journalistes Adam Entous et Jon Lee Anderson, publiée dans The New Yorker, et une autre enquête conjointe de The Insider, The Mirror et 60 Minutes (CBS), les services secrets russes seraient à l’origine de ces attaques. Néanmoins, le régime castriste, en pleine transition générationnelle, a désigné Alejandro Castro comme responsable. Certains évoquent une punition pour négligence, d’autres une complicité, une hypothèse difficile à envisager compte tenu de son rôle dans la construction du rapprochement avec les États-Unis. Sa proximité avec la Russie, où il s’est rendu à plusieurs reprises entre 2014 et 2017 pour conclure des accords de coopération en matière de renseignement et de sécurité, alimente les spéculations.

Près de huit ans après son éviction, le retour d’Alejandro Castro Espín, « El Tuerto », est perçu par certains comme une possibilité, voire une nécessité, pour relancer les négociations avec Washington et sauver le régime cubain face à la crise économique et aux pressions extérieures. La question demeure : le colonel reprendra-t-il son uniforme et reviendra-t-il à la table des négociations, ou restera-t-il dans l’ombre ?

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