Home International Alors que la guerre russe contre l’Ukraine approche de sa cinquième année, les analystes voient les perspectives de paix « gelées »

Alors que la guerre russe contre l’Ukraine approche de sa cinquième année, les analystes voient les perspectives de paix « gelées »

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Publié le 21 février 2024 18:30. À l’approche de son quatrième anniversaire, le conflit en Ukraine semble s’enliser dans une impasse diplomatique, marquée par des positions inflexibles de part et d’autre et des contraintes structurelles qui rendent toute avancée significative improbable, selon d’anciens responsables américains.

  • Les experts estiment que la Russie ne manifeste aucune réelle volonté de négocier une fin de conflit dans les conditions actuelles.
  • Les divergences fondamentales entre les objectifs de Moscou et de Kiev rendent un compromis réaliste difficile à envisager.
  • La pression doit être accrue sur la Russie, plutôt que sur l’Ukraine, pour créer un environnement propice à des négociations sérieuses.

Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année, les perspectives d’une résolution négociée s’amenuisent. D’anciens diplomates et analystes américains soulignent un durcissement des positions et des obstacles structurels qui entravent toute percée diplomatique. Le principal frein au progrès ne serait pas un manque d’initiatives diplomatiques, mais plutôt l’intransigeance de Moscou et son refus de reconsidérer ses objectifs.

Kurt Volker, ancien représentant spécial des États-Unis pour l’Ukraine sous l’administration Trump, est sans appel :

« La Russie ne négocie pas de bonne foi et n’a aucune volonté de mettre fin à la guerre dans les conditions actuelles. »

Kurt Volker, ancien représentant spécial des États-Unis pour l’Ukraine

Il estime que les négociations en cours sont vouées à l’échec, à moins d’un changement fondamental des paramètres qui influencent les décisions du Kremlin. Selon lui, il faudrait une pression internationale accrue ou une capacité réduite à soutenir les opérations militaires pour inciter Moscou à modifier sa stratégie.

Volker insiste sur l’importance du contenu des négociations plutôt que sur leur format :

« Le format n’a pas d’importance, c’est le contenu qui compte. »

Kurt Volker, ancien représentant spécial des États-Unis pour l’Ukraine

Il suggère que Washington pourrait envisager d’utiliser des outils tels que des sanctions secondaires ou une augmentation des livraisons d’armes à l’Ukraine pour modifier les calculs de Moscou, des mesures qu’il juge insuffisamment appliquées à ce jour.

James Gilmore, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sous l’administration Trump, met en évidence le fossé profond entre les positions de Kiev et de Moscou. Il explique que la Russie cherche à consolider son contrôle sur les territoires occupés et à en conquérir de nouveaux, tandis que l’Ukraine se bat pour sa survie en tant qu’État souverain.

« À mon avis, les objectifs de la Russie et de l’Ukraine sont si diamétralement opposés qu’il n’est pas réaliste d’espérer une avancée décisive. »

James Gilmore, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OSCE

Gilmore rejette l’idée que Kiev devrait céder des territoires dans le cadre d’un accord de paix, considérant que de telles concessions ne constitueraient pas une base solide pour mettre fin au conflit.

Les deux anciens responsables s’accordent sur la nécessité d’exercer une pression accrue sur Moscou plutôt que sur Kiev pour créer les conditions d’une diplomatie sérieuse. Volker estime que les outils politiques américains sont sous-utilisés, tandis que Gilmore souligne que la Russie n’a pas encore été confrontée à des incitations suffisamment fortes pour reconsidérer ses objectifs.

Diplomatie au point mort

Les récentes tentatives de négociation menées sous l’égide des États-Unis ont mis en lumière cette impasse. Les discussions qui se sont tenues à Genève cette semaine n’ont pas permis de réduire les divergences concernant le statut des territoires contestés et les garanties de sécurité. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a indiqué que les négociateurs militaires s’étaient accordés sur des mécanismes potentiels pour surveiller un cessez-le-feu, à condition qu’il y ait une volonté politique réelle. Cependant, les questions politiques fondamentales, notamment les revendications territoriales de la Russie, restent irrésolues.

Le négociateur russe en chef, Vladimir Medinsky, a qualifié les discussions de « difficiles mais pragmatiques ». Zelensky, quant à lui, a critiqué Medinsky, un historien révisionniste et ancien ministre de la Culture, l’accusant d’avoir introduit une interprétation biaisée de l’histoire dans les pourparlers. Les parties ont simplement convenu de poursuivre les négociations, sans fixer de date pour une prochaine rencontre.

Parallèlement, les frappes continues de missiles et de drones russes sur les infrastructures ukrainiennes illustrent le décalage entre les discussions diplomatiques et la réalité sur le terrain.

Contraintes structurelles

Au-delà de l’impasse politique immédiate, certains analystes soulignent des facteurs structurels à long terme qui façonnent à la fois la guerre et les perspectives de paix. George Beebe, ancien spécialiste de la Russie à la CIA et aujourd’hui directeur de la grande stratégie au Quincy Institute, met en garde contre les hypothèses sous-jacentes aux engagements occidentaux de soutenir l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra ». Il souligne que la diminution de la population ukrainienne et sa capacité limitée à produire des armes clés, notamment des systèmes de défense aérienne, pourraient limiter sa capacité à soutenir une guerre prolongée sans un engagement occidental plus important.

Beebe note également que même si la Russie consolidait son contrôle sur les territoires occupés, elle resterait confrontée à une alliance de l’OTAN plus large et plus unifiée, un défi stratégique que les gains militaires ne suffiraient pas à résoudre. Il suggère que l’augmentation des coûts pour toutes les parties pourrait éventuellement inciter au compromis. Cependant, toute négociation serait probablement longue et complexe, nécessitant des arrangements de sécurité innovants, tels que des garanties européennes pour protéger l’Ukraine contre une future agression sans lui offrir l’adhésion à l’OTAN.

John Mearsheimer, de l’Université de Chicago, a exprimé un point de vue plus sceptique lors d’un forum organisé par le Quincy Institute. Il estime que l’insistance de Moscou sur la neutralité ukrainienne et les limites imposées aux capacités militaires de Kiev reflètent ce que le Kremlin considère comme une menace existentielle liée à l’expansion de l’OTAN.

« Si la Russie n’abandonne pas ces positions fondamentales, des négociations significatives restent illusoires. »

John Mearsheimer, Université de Chicago

Les analystes s’accordent à dire que l’issue de ce conflit dépendra en grande partie des décisions prises à Moscou. À moins que la Russie ne change de cap ou ne soit confrontée à une augmentation significative des coûts, les progrès diplomatiques se limiteront probablement à des arrangements techniques, tels que des mécanismes de cessez-le-feu limités, plutôt qu’à un règlement politique global capable de mettre fin à une guerre dont les conséquences humanitaires et les risques stratégiques continuent de croître.

Un haut responsable de l’administration américaine, sous couvert d’anonymat, a déclaré le 20 février contester l’idée que toute marge de compromis aurait été épuisée.

« Même si les défis sont clairs, nous restons déterminés à poursuivre toutes les voies possibles. Les efforts visant à trouver un terrain d’entente se poursuivront, même si les progrès sont lents et difficiles. »

Haut responsable de l’administration américaine

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