Publié le 2025-10-09 10:04:00. Tandis que l’hiver approche à Montréal, la question des campements de sans-abri devient un enjeu majeur pour les candidats à la mairie. Des dizaines de campements parsèment la ville, témoins silencieux d’une crise sociale grandissante et de lacunes dans les services offerts aux plus démunis.
- Des campements, parfois rudimentaires, comme celui de Noah McConnell près de l’échangeur Turcot, sont devenus le refuge de dizaines de personnes marginalisées.
- La Ville de Montréal est critiquée pour son approche jugée incohérente face à ces campements, malgré une politique récente visant à orienter les personnes vers des ressources.
- Les candidats à la mairie proposent diverses solutions, allant de l’augmentation du financement à des moratoires sur les démantèlements, pour répondre à cette crise de l’itinérance.
Noah McConnell a aménagé son propre espace de vie, une tente recouverte de bâches, sur un terrain isolé entre l’autoroute et une voie ferrée dans l’arrondissement du Sud-Ouest de Montréal. Après plus d’un an et demi dans cette situation, il exprime son angoisse à l’idée de perdre cet abri précaire. « J’ai un endroit où je suis autorisé à être et que, d’une certaine manière, je peux appeler le mien », confie-t-il. « Les refuges ne sont pas toujours une option. »
Le campement du Sud-Ouest, qui s’est développé au fil de l’été, compte désormais une douzaine de tentes et divers abris de fortune, ainsi qu’une caravane. Les vêtements sèchent sur une clôture bordant l’échangeur Turcot. Si l’arrondissement prend en charge la collecte des déchets, les conditions restent précaires, sans électricité ni eau courante. L’accès à l’eau potable, un temps assuré par un voisin, a été coupé. Ce type de campements, grands ou petits, disséminés à travers la ville, constitue un rappel frappant de la crise croissante de l’itinérance à Montréal.
La gestion des campements par la ville sous l’administration sortante de Valérie Plante a été sujette à de nombreuses critiques en raison d’une approche hétérogène, variant selon les sites et les arrondissements. Les organisations œuvrant auprès des sans-abri plaident pour une stratégie plus claire et un plan d’action cohérent visant à aider les personnes vivant dans ces campements à retrouver un logement stable. Un rapport du Bureau de consultation publique de Montréal (BCPM), publié cet été, a mis en lumière un « déficit de gouvernance majeur » dans la lutte contre l’itinérance. Le rapport suggère d’éviter le démantèlement des campements, une pratique qui, selon le BCPM, ne résout pas le problème mais le rend simplement invisible. La ville n’a cependant pris aucun engagement ferme à ce sujet.
Le dernier recensement des personnes sans abri, réalisé en 2022, indiquait la présence visible de 4 690 personnes en situation d’itinérance à Montréal, une augmentation significative par rapport aux 3 149 recensées en 2018. Ce chiffre serait encore en hausse selon les experts.
Des dizaines de campements à travers la métropole
Alexandre Côté, travailleur en soutien au logement à la Mission Bon Accueil de Montréal, constate que de nombreuses personnes rencontrées ont besoin d’aide pour des problèmes de toxicomanie et de santé mentale. Il souligne que l’accès rapide à un logement abordable demeure le besoin le plus criant. « Beaucoup de gens disent que le coût de la vie est trop cher », explique-t-il. « Ils ne choisissent pas nécessairement de vivre dans un campement, mais ils estiment qu’ils n’ont pas d’autre choix. »
Thong Dang, dit Tommy, vit également dans le campement du Sud-Ouest depuis environ six mois, suite au décès de son colocataire. « Certainement, tout le monde ne veut-il pas avoir sa propre maison ? », répond-il à la question de savoir s’il souhaiterait un jour avoir un appartement. « Il y a tellement de gens dans notre situation. Et de nouveaux arrivent presque chaque jour. »
Bien que la Ville de Montréal ne dispose pas d’un décompte officiel du nombre de campements, le personnel de la Mission Bon Accueil a recensé 28 campements dans la ville durant l’été. Au printemps dernier, la ville a ajusté son approche avec une nouvelle politique dont l’objectif principal est d’orienter les personnes vers des ressources et de faciliter leur réintégration dans un logement. Cette approche prévoit une surveillance des sites par la police et les pompiers, ainsi que par des équipes d’intervention, mais conserve la possibilité d’évacuer les occupants.
Sue-Ann MacDonald, professeure en travail social à l’Université de Montréal, a analysé les stratégies adoptées par différentes villes canadiennes face aux campements. Elle a critiqué le démantèlement récent d’un campement sur un terrain appartenant au ministère des Transports du Québec. « Ce n’est pas une solution à long terme », insiste-t-elle, tout en ajoutant : « En l’absence de logements abordables et accessibles qui répondent aux besoins des gens, pourquoi cela ne peut-il pas être, pour l’instant, une solution temporaire où nous fournissons au moins des services de base ? »
Sam Watts, directeur exécutif de l’organisation, espère que la prochaine administration adoptera une politique claire et assurera la sécurité des campements, tout en veillant à ce qu’ils ne deviennent pas permanents. « La chose la plus humaine que nous puissions faire pour quelqu’un dans un campement est de lui trouver un endroit où il puisse vivre en permanence, et c’est donc sur cela que nous devrions travailler », déclare-t-il. « Ce qui m’inquiète concernant la construction d’infrastructures et de campements, c’est qu’ils deviennent alors permanents. »
Les promesses des candidats
Les candidats à la mairie de Montréal ont tous promis de s’attaquer au problème des campements. Soraya Martinez Ferrada, d’Ensemble Montréal, prévoit d’accroître le financement dédié à la lutte contre l’itinérance et de mettre en place une nouvelle politique pour une meilleure surveillance de la propreté et de la sécurité des campements. Luc Rabouin, de Projet Montréal, compte également augmenter le financement, en priorisant l’accès au logement par la création d’unités modulaires et le soutien aux travailleurs de première ligne. Le nouveau parti Transition Montréal, mené par Craig Sauvé, s’oppose au démantèlement des campements et propose une augmentation de l’impôt foncier pour les riches propriétaires, dont les fonds seraient réinvestis dans la lutte contre l’itinérance.
Le parti Futur Montréal souhaite imposer un moratoire de 12 mois sur le démantèlement des campements, tandis qu’Action Montréal propose une aide au loyer pour prévenir les expulsions.