Publié le 7 février 2026 à 08h37. Face à une concurrence accrue pour l’accès aux ressources africaines, plusieurs pays du continent renforcent leur contrôle sur l’exportation des matières premières, privilégiant de plus en plus la transformation locale pour maximiser leurs revenus et stimuler leur développement économique.
- Washington investit dans les infrastructures minières et les corridors d’exportation pour diversifier l’approvisionnement en cuivre et cobalt, réduisant ainsi la dépendance à la Chine.
- Plusieurs États africains, dont le Zimbabwe et le Malawi, ont instauré des interdictions d’exportation de minéraux bruts, obligeant les entreprises minières à investir dans des usines de transformation locales.
- Des réglementations plus strictes, des taxes et des participations obligatoires pour les investisseurs locaux sont également mises en place pour accroître la valeur ajoutée nationale.
La course aux ressources africaines s’intensifie, et les pays du continent prennent des mesures de plus en plus fermes pour reprendre le contrôle de leurs richesses naturelles. Longtemps dominée par la Chine, la compétition s’étend désormais aux États-Unis et à la Russie, qui cherchent à sécuriser leur accès aux matières premières essentielles à la transition énergétique et aux nouvelles technologies.
Les États-Unis, par exemple, ont investi dans des opérations minières congolaises et soutiennent des infrastructures clés comme le chemin de fer de Lobito, visant à acheminer le cuivre et le cobalt vers les marchés atlantiques. Cette initiative vise à diversifier l’approvisionnement et à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, qui a longtemps dominé ce secteur.
Pékin, cependant, ne compte pas céder de terrain. La Chine modernise des liaisons ferroviaires cruciales, comme la ligne TAZARA reliant la ceinture de cuivre zambienne à Dar es Salaam, et conserve un contrôle important sur les participations dans les principales mines et les infrastructures de transformation à travers le continent. Le Zimbabwe prévoit d’ailleurs d’accueillir sa première usine de sulfate de lithium, un signe de l’évolution de la dynamique régionale.
La Russie, de son côté, a conclu des accords dans des régions riches en ressources pour garantir son accès aux matières premières, dans un contexte de concurrence mondiale accrue.
Depuis 2023, la volatilité croissante des prix des matières premières, les pressions budgétaires et une volonté plus affirmée de souveraineté des ressources ont accéléré les interventions réglementaires en Afrique. Cette tendance se traduit par une multiplication des mesures visant à encourager la transformation locale des minerais.
Le ministre des Mines du Zimbabwe, Winston Chitando, a exprimé un sentiment de plus en plus répandu :
« Exporter des minéraux bruts, c’est exporter des emplois. »
Winston Chitando, ministre des Mines du Zimbabwe
Cette conviction pousse de nombreux gouvernements à privilégier la création d’emplois et de valeur ajoutée sur leur territoire.
Interdictions d’exportation actives
Certains gouvernements ont opté pour des interdictions pures et simples des exportations de minéraux non transformés. Le Zimbabwe est l’exemple le plus frappant, ayant imposé une interdiction sur les exportations de lithium brut et exigeant des entreprises minières qu’elles investissent dans des usines de transformation locales.
En 2025, les autorités zimbabwéennes ont également envisagé d’étendre ces restrictions aux exportations de minerai de chrome, dans le cadre d’une stratégie globale d’enrichissement.
« Nous ne voulons plus être de simples fournisseurs de matières premières. »
Winston Chitando, ministre des Mines du Zimbabwe
, a déclaré Chitando lors d’une conférence minière, soulignant l’importance de la transformation locale pour la croissance à long terme.
Le Malawi a quant à lui imposé une interdiction temporaire sur toutes les exportations de minéraux non transformés, afin de réviser son cadre minier et de favoriser la création de valeur ajoutée nationale.
La République démocratique du Congo (RDC), qui domine l’offre mondiale de cobalt, a suspendu périodiquement les exportations de cobalt pour gérer l’offre excédentaire et renforcer son influence sur les marchés des minéraux pour batteries. Les autorités congolaises justifient ces mesures par la nécessité de « défendre les intérêts nationaux » dans un secteur crucial pour la transition énergétique.
Contrôles réglementaires
D’autres pays privilégient des outils réglementaires plus subtils, mais tout aussi efficaces. L’Alliance des États du Sahel est un exemple de cette approche.
Au Mali, un nouveau code minier adopté après le coup d’État de 2023 a augmenté la participation de l’État et renforcé les conditions d’obtention des permis d’exportation. Les autorités ont également suspendu à plusieurs reprises les exportations d’or en raison de litiges concernant des impôts impayés et le respect des contrats.
Le ministère des Finances malien a déclaré que ces réformes visaient à garantir que le pays « bénéficie pleinement de ses richesses minières.
Le Burkina Faso a pris des mesures pour centraliser les achats d’or par le biais d’entités liées à l’État et restreindre les exportations d’or artisanal, invoquant une contrebande généralisée et des pertes de revenus. Les autorités ont également annoncé leur intention de développer la capacité de raffinage locale, ce qui réduirait encore davantage la dépendance à l’égard des transformateurs étrangers.
Le Ghana a également pris des mesures réglementaires en interdisant l’exploitation minière dans toutes les réserves forestières, en révoquant une réglementation de 2022. Le gouvernement affirme ainsi son engagement à protéger les forêts tout en « restaurant la raison » au secteur minier, selon les déclarations du ministre des Terres et des Ressources naturelles, Samuel Jinapor.
Tarifs, règles de propriété et exportations conditionnelles
Le Botswana exige désormais que les sociétés minières vendent 24 % de leurs nouvelles concessions à des investisseurs locaux, renforçant ainsi la participation nationale dans un secteur longtemps dominé par les capitaux étrangers.
L’Afrique du Sud continue de s’appuyer sur les permis d’exportation et les pressions politiques pour protéger ses fonderies nationales, en particulier pour les métaux du groupe du chrome et du platine, tandis que la Guinée a imposé des délais de construction de raffineries qui conditionnent effectivement les exportations de bauxite à la transformation locale.
Le principal défi réside désormais dans la mise en œuvre de ces politiques. Ces contrôles plus stricts se traduiront-ils par des industries de transformation viables et des emplois durables, ou risquent-ils de dissuader les investissements et de stimuler davantage les échanges vers les circuits informels ?
Une chose est certaine : l’ère des exportations incontestées de minerais bruts d’Afrique touche rapidement à sa fin.