Publié le 21 octobre 2025. L’actrice Monica Guerritore présente à la Mostra du Cinéma de Rome son premier film en tant que réalisatrice, « Anna », un hommage vibrant à l’icône du cinéma italien Anna Magnani. Le long-métrage, qui explore la vie tumultueuse et la personnalité indomptable de « Nannarella », est également interprété par Guerritore elle-même.
- Le film « Anna », réalisé, scénarisé et interprété par Monica Guerritore, a été présenté en avant-première mondiale au Festival du Film de Rome 2025.
- Sortie en salles le 6 novembre 2025, cette œuvre est un portrait intime d’Anna Magnani, symbole d’indépendance et de passion.
- Guerritore voit en Magnani un modèle féminin, une femme « qu’on ne pouvait pas apprivoiser ».
Après une riche carrière sur les planches italiennes, Monica Guerritore fait le grand saut derrière la caméra pour donner vie à l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle : Anna Magnani. Intitulé « Anna », ce film, dont la première mondiale a eu lieu lors du Festival du Film de Rome 2025, sortira dans les salles obscures le 6 novembre prochain, distribué par Notorious Pictures. L’artiste y endosse non seulement la casquette de réalisatrice et de scénariste, mais incarne également le rôle-titre, transformant le projet en un véritable voyage au cœur d’une femme au tempérament de feu.
Monica Guerritore confie que l’idée de porter à l’écran la puissance et l’authenticité d’Anna Magnani, surnommée « Nannarella », une figure emblématique de l’indépendance et de la passion, la travaille depuis des années. Dans un entretien accordé à l’AGI, elle a relaté la genèse de ce projet, soulignant le lien profond qui l’unit à l’actrice : « une femme qui ne s’est pas laissée corrompre, changer ou apprivoiser ». Pour Guerritore, Magnani est un modèle essentiel, contrastant avec la représentation souvent réductrice des femmes dans l’art : « nous, les femmes, sommes souvent décrites comme des statuettes, mais elle n’était pas comme ça, c’était une femme qu’on ne pouvait pas apprivoiser ».
Un dialogue intime avec Nannarella
Pour Monica Guerritore, « Anna » est bien plus qu’un film ; c’est un acte d’amour et une quête personnelle. « Anna m’a soutenu en me montrant le chemin pour faire mon travail. Et je me suis accroupie sur ce chemin et j’ai trouvé ma référence féminine », explique la réalisatrice, résumant l’esprit de cette œuvre, dédiée à la mémoire d’Andrea Purgatori qui l’a soutenue dans les premières révisions du scénario. Le chemin vers la concrétisation du projet fut semé d’embûches, nécessitant deux années de préparation avant le tournage qui s’est déroulé sur cinq semaines. Guerritore salue l’importance cruciale de son équipe : « Sans eux, je n’aurais pas pu tirer. Je les entendais toujours dire : ‘Tu vas t’écraser’ », se souvient-elle, évoquant la confiance et la détermination qui l’ont portée dans ce défi.
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Rome, 21 mars 1956 : la nuit des Oscars
L’intrigue d' »Anna » s’ancre dans une date précise : la soirée du 21 mars 1956, jour où Anna Magnani a remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans « La Rose tatouée » de Daniel Mann, devenant ainsi la première actrice non anglophone à recevoir cette distinction. Cependant, le film de Guerritore revisite cette nuit d’une manière inattendue. Loin de Los Angeles, le personnage d’Anna Magnani erre dans Rome, replongeant dans ses souvenirs, ses émotions et les douleurs qui ont jalonné sa vie.
Au fil de sa promenade nocturne, elle croise les fantômes du passé et les figures qui ont marqué son parcours artistique et humain : Roberto Rossellini (incarné par Tommaso Ragno), Suso Cecchi D’Amico (Francesca Cellini), Carlo Ponti (Luca Lazzareschi), Alberto Moravia (Antonio Zavattieri), Federico Fellini (Matteo Cirillo), Sergio Amidei (Stefano Rossi Giordani) et Indro Montanelli (Massimiliano Vado). Ce voyage onirique, entre réalité et mémoire, mêle la maladie de son fils, la douleur des trahisons et la force intérieure d’une femme qui retrace son existence sans jamais renoncer.
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Une vie racontée entre passions et blessures
Dans « Anna », Magnani est dépeinte comme une personnalité intense et instinctive, mue par des sentiments absolus. Les relations familiales et affectives, notamment celle avec son fils atteint de poliomyélite, constituent le cœur émotionnel du récit. Parallèlement, le film met en lumière son énergie rebelle, son caractère impétueux et cette voix qui refuse de se taire. « Il faut dire quelque chose sur tout », lui reproche-t-on, mais sa force réside précisément dans cette flamme intérieure.
L’œuvre entrelace les souvenirs d’Anna Magnani avec les rencontres de ceux qui ont traversé sa vie, reconstruisant une mosaïque de relations et de moments qui révèlent le portrait d’une femme défiant les conventions et les limites. Rome devient son théâtre à ciel ouvert : ses rues, ses places et les visages de ses habitants forment la toile de fond, devenant le miroir de son univers intérieur.
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Du cinéma au théâtre : la genèse d' »Anna »
« Anna » trouve ses racines dans le parcours théâtral de Monica Guerritore. Avant même la réalisation du film, l’actrice avait organisé des lectures publiques du scénario, explorant la figure de Magnani comme symbole d’authenticité. Cette empreinte théâtrale a profondément marqué la structure du film, qui conserve l’intensité et la concentration de la scène pour les transposer sur grand écran.
L’histoire se déploie comme une nuit hors du temps, où le langage cinématographique dialogue avec celui de la mémoire. Des mouvements de caméra lents, des superpositions et des variations de ton visuel accompagnent le flux des pensées du protagoniste, tissant un continuum entre passé et présent.
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Un film comme miroir et reconnaissance
L’hommage de Monica Guerritore à Anna Magnani est aussi une mise en parallèle de deux femmes au tempérament fort, deux interprètes partageant une vision similaire de la vérité artistique. La réalisatrice ne cherche pas à imiter Magnani, mais à pénétrer son univers, à comprendre sa solitude et sa force, pour en faire une histoire. « Anna m’a montré le chemin », répète Guerritore, reconnaissant en l’actrice légendaire celle qui lui a enseigné ce que signifie être une artiste et une femme. À travers ce film, l’actrice redonne voix et présence à son mentor idéal, le temps d’une nuit qui devient un emblème de liberté, de passion et de résistance.
« Anna » est ainsi le portrait d’une femme qui n’a jamais accepté d’être apprivoisée, et d’une autre qui, en la racontant, se retrouve elle-même.
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