L’Old Vic de Londres accueille une nouvelle production d’Arcadia, la pièce considérée comme le chef-d’œuvre de Tom Stoppard, qui explore avec brio les liens entre le passé et le présent, la science et l’art, l’amour et le savoir. Une œuvre intellectuellement stimulante et émotionnellement touchante, portée par une distribution talentueuse.
La pièce se déroule dans une seule pièce, à deux époques distinctes : l’Angleterre du XIXe siècle et les années 1980. Le metteur en scène Carrie Cracknell suggère que ces deux mondes sont étonnamment proches, presque en contact les uns avec les autres. Au cœur de l’intrigue, on suit les échanges passionnants entre Thomasina Coverly, une jeune prodige des mathématiques (interprétée par Isis Hainsworth), et son tuteur, Septimus Hodge (Seamus Dillane). Leur dialogue pétillant dissimule une romance naissante, à la fois tendre et pleine d’esprit.
Parallèlement, dans le présent de la pièce, des universitaires tentent de reconstituer l’histoire de Thomasina et de percer les mystères entourant un ermite du XIXe siècle et la figure énigmatique de Lord Byron, dont la présence se fait sentir à travers des allusions à une critique littéraire acerbe, un duel et une disparition soudaine. « Ce n’est pas de la science, c’est de la narration », déclare Septimus, une phrase qui souligne l’importance de l’histoire au-delà des faits.
Stoppard lui-même avait décrit sa pièce comme un « drame de romance, de mathématiques, de jardinage paysager et de Byron ». Une description qui, bien que suggestive, ne rend pas pleinement compte de l’ambition et de la complexité de l’œuvre. La production de Cracknell met en lumière l’aspect énigmatique de la pièce, la transformant en une sorte d’enquête où le spectateur est invité à assembler les pièces du puzzle.
La scénographie d’Alex Eales est particulièrement remarquable. La pièce unique est transformée en un univers cosmique, avec des ellipses planétaires suspendues et des atomes surdimensionnés. Une légère rotation de la scène évoque le mouvement de la Terre. Les personnages abordent des sujets aussi variés que la thermodynamique, la géométrie euclidienne, la poésie et les sciences, des idées qui se présentent comme des hologrammes conceptuels, à la fois fascinantes et insaisissables.
L’interprétation des acteurs, notamment Holly Godliman, William Lawlor et Angus Cooper, est saluée pour sa vivacité et son intelligence. Cependant, la dimension romantique et la chimie entre les personnages sont moins présentes dans les scènes contemporaines, notamment dans les interactions maladroites entre Bernard Nightingale (Prasanna Puwanarajah), un érudit arrogant, et Hannah Jarvis (Leila Farzad), une universitaire brillante. Ses remarques désobligeantes, comme « sale chienne » et « vache stupide », sont particulièrement déplaisantes.
Malgré ces quelques faiblesses, la production d’Arcadia est une expérience théâtrale stimulante et énergique. Elle rappelle une équation algébrique complexe, à la fois magnifique dans sa difficulté et insoluble jusqu’au bout. La pièce est présentée à l’Old Vic de Londres jusqu’au 21 mars.