Home International Argentine, la réforme du travail de Milei est adoptée : horaires de travail jusqu’à 12 heures, congés jusqu’à 7 jours

Argentine, la réforme du travail de Milei est adoptée : horaires de travail jusqu’à 12 heures, congés jusqu’à 7 jours

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Publié le 20 février 2026 à 14h43. La Chambre des députés argentine a adopté une réforme du travail controversée, ouvrant la voie à une flexibilisation accrue du marché du travail, mais suscitant une forte opposition syndicale et des manifestations dans tout le pays.

  • La réforme introduit la possibilité pour les employeurs de moduler les horaires de travail, avec des journées pouvant atteindre douze heures.
  • Elle assouplit les règles relatives aux licenciements et aux indemnités, en créant un fonds alternatif financé par la sécurité sociale.
  • Les travailleurs des plateformes numériques seront désormais considérés comme des travailleurs indépendants, avec moins de protections sociales.

Buenos Aires a franchi une étape décisive dans la mise en œuvre de l’agenda ultralibéral du président Javier Milei, en approuvant une révision en profondeur du régime du travail en vigueur depuis 1974. Le projet de loi, adopté par 135 voix contre 115, après près de dix heures de débat parlementaire, doit maintenant être soumis au Sénat pour approbation finale. Cette réforme, soutenue par des secteurs de l’opposition, vise à stimuler l’investissement et à réduire le travail informel, qui touche plus de 40 % de la population active.

Au cœur des critiques se trouve l’introduction de ce que l’on appelle les « heures d’ouverture des banques », permettant aux employeurs de prolonger les journées de travail jusqu’à douze heures, avec une compensation ultérieure par du repos ou une réduction d’horaires. Les employeurs pourront également diviser les congés en périodes minimales de sept jours et moduler les périodes de repos en fonction des besoins de l’entreprise. Cette approche, axée sur la productivité, est perçue par les syndicats comme une remise en question du droit au repos et à un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

La réforme étend également les périodes d’essai dans plusieurs secteurs et introduit un régime spécifique pour les travailleurs des plateformes numériques, qui seront considérés comme des travailleurs indépendants, sans droit aux congés payés, au treizième salaire ou à la même protection sociale que les salariés. Divers statuts professionnels, y compris celui des journalistes, sont également concernés par cette uniformisation à la baisse des garanties.

Une disposition controversée, prévoyant la possibilité de réduire le salaire de 50 à 75 % en cas de maladie ou d’accident non professionnel, a été retirée au dernier moment, mais n’a pas fondamentalement modifié la philosophie générale du projet. La réforme prévoit également la création d’un fonds alternatif aux indemnités de licenciement traditionnelles, financé par la sécurité sociale, ce qui allège le coût du licenciement pour les entreprises.

L’adoption de la réforme a été accompagnée d’une grève générale proclamée par la Confédération générale du travail, paralysant les transports, les écoles, les services publics et les activités commerciales. Des milliers de manifestants ont protesté devant le Congrès, dénonçant une « démolition des droits acquis » en un demi-siècle. Les forces de l’ordre ont réagi en déployant des forces fédérales et en utilisant des canons à eau, transformant la capitale en zone blindée.

Pour l’exécutif, cette réforme est un outil nécessaire pour lutter contre le travail informel, attirer les investissements et rendre l’économie plus compétitive. L’objectif est de réduire la rigidité du marché du travail, de limiter les litiges et d’accroître la liberté contractuelle. Cependant, les enjeux sont élevés, car le modèle déplace clairement le rapport de force entre l’entreprise et le travailleur, réduisant la fonction protectrice de l’État au profit de l’efficacité du marché.

Les partisans de la réforme la considèrent comme une mesure courageuse et nécessaire pour aligner l’Argentine sur les économies les plus dynamiques, tandis que ses détracteurs y voient un recul historique qui risque de transformer la flexibilité en précarité structurelle. Dans un pays marqué par des crises cycliques, une inflation chronique et une pauvreté croissante, le travail a toujours été l’un des derniers remparts sociaux. Le démanteler au nom de la compétitivité est un choix qui pourrait produire (peut-être) de la croissance, mais aussi de nouvelles fractures. La réforme du travail n’est pas seulement une loi : c’est le cœur du pari de Milei, qui consiste à démontrer que le choc libéraliste peut remettre l’Argentine sur les rails. En cas d’échec, le prix à payer ne sera pas seulement économique, mais aussi social.

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