Publié le 22 février 2026 à 07h13. Face à une politique américaine jugée erratique, plusieurs pays européens envisagent de renforcer leur autonomie stratégique, notamment en matière de défense nucléaire, une évolution qui inquiète quant à la stabilité mondiale.
Dans un contexte international de plus en plus incertain, marqué par une politique américaine perçue comme imprévisible, l’Europe semble se tourner vers une plus grande indépendance en matière de sécurité. L’Allemagne, en particulier, apparaît prête à reconsidérer ses options, allant jusqu’à évoquer une coopération en matière d’armement nucléaire avec la France.
Selon Iver B. Neumann, directeur de l’Institut Fridtjof Nansen, cette prise de conscience est directement liée à la perte de confiance dans la garantie de sécurité américaine.
« Je considère cela comme le résultat du fait que l’Allemagne est désormais en train de renoncer à la garantie de sécurité américaine, comme un certain nombre d’autres pays européens. »
Iver B. Neumann, directeur de l’Institut Fridtjof Nansen
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales exacerbées avec les États-Unis, notamment sous la présidence de Donald Trump. En 2025, les exportations allemandes vers les États-Unis ont chuté de 9,3 %, entraînant une baisse de l’excédent commercial du pays à son plus bas niveau depuis 2021, selon l’office statistique Destatis. La Chine est redevenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne, après l’avoir cédé cette place aux États-Unis en 2024.
Les responsables américains ont régulièrement appelé l’Europe à assumer une plus grande responsabilité en matière de sécurité. Cependant, les actions de l’administration américaine, notamment son ingérence dans les affaires intérieures européennes et ses négociations unilatérales, ont laissé des traces.
Outre l’Allemagne, des discussions sur les armes nucléaires ont également lieu dans les pays nordiques, notamment en Pologne. Iver B. Neumann estime que le monde assiste au début d’une nouvelle course à l’armement nucléaire.
« Je pense que davantage de pays réagiront à la politique américaine en exerçant une pression nucléaire accrue. »
Iver B. Neumann, directeur de l’Institut Fridtjof Nansen
Deux écoles de pensée s’opposent quant aux conséquences de la prolifération nucléaire. Certains considèrent que les armes nucléaires agissent comme un moyen de dissuasion, empêchant ainsi les conflits. D’autres, plus pessimistes, estiment que plus il y a de pays dotés de l’arme nucléaire, plus le risque de guerre nucléaire augmente, en raison du risque d’accidents et de malentendus.
Iver B. Neumann se range clairement dans ce second camp, soulignant que la prolifération des armes nucléaires est néfaste pour le monde. Il critique également la politique de la Russie, qui a abaissé le seuil d’utilisation des armes nucléaires, ainsi que le comportement de l’administration américaine.
Les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord sont les pays actuellement dotés de l’arme nucléaire. La Turquie, le Japon et la Corée du Sud sont considérés comme des puissances nucléaires potentielles.
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La situation actuelle au Moyen-Orient, notamment les négociations avec l’Iran concernant son programme nucléaire, suscite également des inquiétudes. Iver B. Neumann comprend le désir de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, compte tenu des attaques américaines et israéliennes dont le pays a été la cible.
« Après tout, l’Iran n’a pas d’autre moyen de se défendre que de poursuivre son programme nucléaire. Ainsi, d’après ce que je peux voir, les États-Unis gagnent de l’argent en détruisant les négociations qui se sont si bien déroulées avec l’Iran dans les années 2010. »
Iver B. Neumann, directeur de l’Institut Fridtjof Nansen