Publié le 14 février 2024 04:24:00. L’écrivaine indienne Arundhati Roy s’est retirée du Festival international du film de Berlin (Berlinale) en signe de protestation contre les déclarations de membres du jury, dont le président Wim Wenders, estimant que l’art ne devrait pas être politisé dans le contexte de la guerre à Gaza.
- Arundhati Roy critique les propos du jury de la Berlinale minimisant la dimension politique du conflit israélo-palestinien.
- Wim Wenders, président du jury, a affirmé que les cinéastes « doivent rester en dehors de la politique ».
- L’Allemagne, principal exportateur d’armes vers Israël après les États-Unis, est critiquée pour son soutien au gouvernement israélien et les restrictions imposées à l’expression de la solidarité avec les Palestiniens.
La décision de Roy intervient après que le président du jury, le célèbre cinéaste allemand Wim Wenders, ait déclaré lors d’un point de presse que les cinéastes devraient éviter de prendre position sur des questions politiques. Cette prise de position a été perçue comme une tentative de minimiser la gravité de la situation à Gaza et de dépolitiser le débat public.
Dans un article publié par le journal indien The Wire, Arundhati Roy a exprimé son « choc et son dégoût » face à ces déclarations. Elle a qualifié les remarques de Wenders et d’autres membres du jury de « stupéfiantes », les accusant de chercher à étouffer la discussion sur ce qu’elle considère comme un « crime contre l’humanité ».
« C’est une façon de mettre fin à une conversation sur un crime contre l’humanité alors même qu’il se déroule devant nous en temps réel. »
Arundhati Roy, écrivaine et auteure de « Le Dieu des petites choses »
Roy a également dénoncé le soutien des gouvernements américain et allemand à Israël, les qualifiant de « complices » du conflit. Elle a affirmé sans ambiguïté que les événements qui se déroulent à Gaza constituent un « génocide du peuple palestinien par l’État d’Israël ».
Lors d’un panel de lancement du festival jeudi dernier, un journaliste avait interrogé les membres du jury sur le « soutien du gouvernement allemand au génocide à Gaza » et sur le « traitement sélectif des droits de l’homme ». Ewa Puszczynska, productrice de films polonaise et membre du jury, avait estimé qu’il était « un peu injuste » de poser cette question, arguant que les cinéastes « ne peuvent pas être responsables » des politiques gouvernementales.
« Si nous faisons des films résolument politiques, nous entrons dans le domaine de la politique. Mais nous sommes le contrepoids à la politique. Nous sommes le contraire de la politique. Nous devons faire le travail des gens et non celui des politiciens. »
Wim Wenders, président du jury de la Berlinale
Arundhati Roy devait participer à la Berlinale, qui se déroule du 12 au 22 février, avec son film de 1989, In Which Annie Gives It These Ones, sélectionné dans la section Classiques. Son retrait souligne les tensions croissantes au sein de la communauté artistique internationale concernant la guerre à Gaza et la liberté d’expression.
L’Allemagne, l’un des plus grands exportateurs d’armes vers Israël après les États-Unis, a mis en place des mesures restrictives pour limiter les manifestations de solidarité avec les Palestiniens. En 2024, plus de 500 artistes internationaux, cinéastes, écrivains et travailleurs culturels ont appelé à un boycott des institutions culturelles financées par l’Allemagne, dénonçant des « politiques maccarthystes » qui répriment la liberté d’expression en faveur de la Palestine.
Selon les organisateurs de cette initiative, les institutions culturelles allemandes surveillent les réseaux sociaux et les déclarations publiques exprimant la solidarité avec les Palestiniens afin d’identifier et de sanctionner les professionnels de la culture qui ne soutiennent pas sans réserve la politique d’Israël.