Publié le 2025-10-03 02:53:00. Une recrudescence alarmante des populations de rats dans de grandes métropoles mondiales, de New York à Londres, inquiète experts et autorités. Ce phénomène, accentué par le changement climatique et les habitudes urbaines, pose des risques sanitaires accrus.
- Plusieurs études scientifiques confirment une augmentation significative de l’activité et du nombre de rats dans 11 des 16 villes analysées.
- Le Royaume-Uni a recensé plus d’un demi-million d’infestations signalées entre 2023 et mi-2024.
- Des villes comme Washington D.C., San Francisco et New York connaissent des pics d’infestation similaires à ceux observés en Europe.
Ces dernières années, de nombreuses villes à travers le monde ont observé une croissance fulgurante de leurs populations de rats. Cette prolifération est attribuée à une combinaison de facteurs environnementaux et d’habitudes humaines. Les dommages et la présence de ces rongeurs ne sont plus rares dans les foyers, suscitant une inquiétude légitime pour la santé des familles.
Une étude publiée dans la revue Science Advances en début d’année a examiné les données d’infestation et les conditions environnementales de 16 villes sur plus d’une décennie. Les conclusions sont sans équivoque : une augmentation notable de l’activité et de la population de rats a été constatée dans 11 de ces zones urbaines.
En Angleterre, la société Cleankill Company, spécialisée dans la lutte antiparasitaire, a rapporté une augmentation de 20 % de son activité liée aux rats au cours des deux dernières années. Clive Bury, son fondateur, souligne que le phénomène n’est pas localisé, la British Pest Control Association (BPCA) signalant que plus de la moitié de ses adhérents ont reçu davantage d’appels pour des infestations de rats depuis 2019.
Les chiffres au Royaume-Uni sont particulièrement frappants. Selon les données de l’entreprise Rentokil, relayées par la BBC, plus d’un demi-million de cas d’infestation ont été signalés aux municipalités britanniques entre 2023 et mi-2024. Les populations de rats y sont estimées entre 10 et 120 millions d’individus.
Les grandes villes américaines, telles que Washington D.C., San Francisco et New York, vivent des situations similaires, un constat partagé par des métropoles canadiennes et néerlandaises. L’augmentation de la présence de rats représente un risque direct pour la santé publique. Ces animaux, même dans des environnements apparemment propres, fréquentent les égouts et les décharges, facilitant la transmission de maladies graves comme la leptospirose (transmise par l’urine) et le hantavirus (par inhalation de particules d’excréments secs).
Bobby Corrigan, spécialiste de l’étude des rats en milieu urbain, explique cette expansion par plusieurs facteurs. La disponibilité constante de déchets alimentaires, souvent liée aux habitudes de consommation rapide, en est un. À cela s’ajoutent une collecte des déchets municipaux parfois insuffisante et des travaux d’infrastructure qui perturbent les systèmes d’assainissement, entravant ainsi les efforts de contrôle.
L’urbanisation croissante, le développement des infrastructures et les changements dans la gestion des déchets favorisent l’accès des rats aux sources de nourriture et d’abris, selon la BPCA. Un facteur climatique crucial vient exacerber la situation.
Des recherches menées par Bobby Corrigan et l’Université de Richmond ont mis en évidence une corrélation directe entre l’augmentation des températures et celle de l’activité et de la population de rats. Washington D.C. a ainsi enregistré une hausse de 400 %, San Francisco de 300 %, Toronto de 180 % et New York de 160 %. Des hivers moins rigoureux permettent aux rats de rester actifs plus longtemps.
L’urbanisation aggrave le phénomène des îlots de chaleur, où le béton et l’asphalte retiennent davantage la chaleur que les zones rurales. Les projections climatiques indiquent une augmentation des températures mondiales comprises entre 1,9 ℃ et 2,7 ℃ d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels. Dans ces conditions, la reproduction des rats s’accélère : une seule paire peut engendrer plus de 1 000 descendants en un an, un taux particulièrement préoccupant dans les environnements urbains denses et chauds où les cachettes et les déchets sont abondants.
Steven Belmain, professeur d’écologie à l’Université de Greenwich, alerte sur le comportement « néophobique » des rats, qui tendent à se méfier des nouveaux aliments et à éviter les risques. Cela limite l’efficacité des poisons traditionnels. Le Dr Alan Buckle, de l’Université de Reading, précise que les méthodes classiques, comme les anticoagulants, sont de moins en moins efficaces. Des mutations génétiques rendent les rats résistants, tout en soulevant des questions éthiques en raison de la souffrance prolongée qu’elles occasionnent.
Face à l’inefficacité des méthodes d’éradication basées uniquement sur les poisons, des villes comme New York privilégient désormais des programmes éducatifs et des mesures préventives. Kathleen Corradi, ancienne responsable du contrôle des rats de la ville, explique que ces campagnes visent à sensibiliser la population aux bonnes pratiques : minimiser les déchets extérieurs et utiliser des conteneurs hermétiques. Un système d’inspection et des amendes pour les contrevenants ont été mis en place pour réduire la principale source d’approvisionnement de ces animaux.
Les experts s’accordent sur la difficulté de maîtriser les infestations massives par les seuls poisons. L’abondance de nourriture et une mauvaise gestion des déchets alimentent la croissance constante des populations urbaines. La densité de population dans les villes devrait continuer d’augmenter, le Bureau national des statistiques du Royaume-Uni prévoyant une hausse de 67,6 millions en 2022 à 72,5 millions d’habitants en 2032, un facteur qui pourrait favoriser l’aggravation du problème.