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Briefing sur la situation au Soudan

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Publié le 11 février 2024. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) se réunit demain à Addis-Abeba pour faire face à l’escalade de la guerre au Soudan, un conflit qui menace de déstabiliser toute une région et provoque une crise humanitaire sans précédent.

  • Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA examinera les moyens de soutenir une initiative de paix nationale soudanaise.
  • La situation sécuritaire au Soudan s’est considérablement détériorée depuis décembre, avec des combats intenses notamment dans le Kordofan et le Darfour.
  • La communauté internationale s’alarme de l’implication croissante d’acteurs extérieurs dans le conflit, notamment des livraisons d’armes.

La réunion ministérielle du CPS, qui se tiendra en marge du sommet de l’UA, intervient alors que les affrontements entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) s’intensifient sur plusieurs fronts. Badr Abdelatty, ministre des Affaires étrangères égyptien et président actuel du CPS, ouvrira la session, suivi d’un rapport de Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA. Des représentants de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et des Nations Unies devraient également prendre la parole.

Bien que suspendu de l’UA, le Soudan a été consulté de manière informelle par le CPS avant cette réunion. L’un des points à l’ordre du jour sera l’examen du soutien que le CPS pourrait apporter à l’Initiative nationale pour la paix, proposée par le représentant du Soudan auprès du Conseil de sécurité de l’ONU en décembre 2023.

Depuis la dernière session du CPS en décembre, la guerre a connu une escalade significative. Les SAF et les RSF se livrent à une lutte acharnée pour le contrôle territorial. Récemment, les combats se sont concentrés dans la région du Kordofan, où les SAF auraient repris Kadugli, la capitale du Kordofan méridional, et Dilling, une ville stratégique, après un long siège par les RSF. Parallèlement, les RSF intensifient leurs attaques contre El-Obeid, capitale du Nord-Kordofan, tout en cherchant à consolider leur emprise sur le Darfour, après la prise d’El-Fasher en octobre. Les SAF tentent de reconquérir le territoire perdu.

La situation sécuritaire dans l’État du Nil Bleu, à la frontière de l’Éthiopie et du Soudan du Sud, est également préoccupante. Les RSF et leurs alliés renforcent leur présence dans cette région, apparemment dans le but d’ouvrir un nouveau front contre les SAF, en utilisant la zone frontalière éthiopienne pour faciliter leurs mouvements.

Les ramifications régionales de ce conflit, qui dure depuis près de trois ans, suscitent de vives inquiétudes. Plusieurs pays voisins sont soupçonnés d’avoir autorisé l’utilisation de leur territoire ou d’avoir soutenu l’une ou l’autre des parties. Des informations font état d’une utilisation du territoire éthiopien pour soutenir les RSF. L’Égypte, en particulier, a exprimé de sérieuses préoccupations face à toute menace contre l’intégrité territoriale du Soudan, qu’elle considère comme une question de sécurité nationale. Des sources indiquent que l’Égypte aurait fourni un soutien logistique et technique aux SAF, tout en menant des frappes aériennes ciblées contre les RSF au cours des six derniers mois.

L’intervention extérieure est devenue un facteur déterminant dans le conflit. Les Émirats arabes unis sont particulièrement pointés du doigt pour leurs importantes livraisons d’armes aux RSF. Face à une pression croissante, avec l’annulation par Mogadiscio de ses accords bilatéraux avec Abou Dhabi et le refus de plusieurs pays de leur accorder des autorisations de survol, les Émirats pourraient rencontrer des difficultés à maintenir leur soutien aux RSF. Certains observateurs estiment que les tensions croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont transformé la guerre au Soudan en une compétition par procuration, Riyad soutenant les SAF et Abou Dhabi continuant de soutenir les RSF. Riyad aurait mobilisé plusieurs pays de la région et au-delà pour modifier l’équilibre militaire sur le terrain.

Lors de sa dernière réunion, le CPS a fermement condamné l’implication d’acteurs extérieurs et a chargé son sous-comité des sanctions, en collaboration avec le Comité des services de renseignement et de sécurité de l’Afrique (CISSA) et le Mécanisme de coopération policière de l’UA (AFRIPOL), d’identifier ces acteurs et de recommander des mesures appropriées. Cependant, aucun progrès significatif n’a été réalisé dans ce domaine au cours des deux dernières années.

Parallèlement à la dégradation de la situation sécuritaire, la crise humanitaire au Soudan s’aggrave. Le 5 février, la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC) a confirmé que la malnutrition au niveau de la famine se propage dans le Darfour Nord, mettant en garde contre des conditions de famine catastrophiques. Selon les acteurs humanitaires, près de 21 millions de personnes au Soudan ont besoin d’une aide d’urgence, ce qui en fait la plus grande crise humanitaire au monde. Le conflit a entraîné le déplacement forcé d’environ 11,7 millions de personnes, dont 7 millions de déplacés internes et 4,5 millions de réfugiés dans les pays voisins.

La situation des droits humains au Soudan est également source de grande préoccupation, avec des allégations de graves atrocités et de crimes commis par les parties au conflit. Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a déclaré en janvier que « la guerre a plongé le pays dans un abîme aux proportions insondables ». Il a également souligné que « la prolifération d’équipements militaires avancés, en particulier de drones, a renforcé les capacités militaires des RSF et des SAF à infliger d’importants dégâts, prolongeant les hostilités et aggravant la crise pour les civils ». Le CPS a souligné la nécessité de documenter ces atrocités et a demandé à la Commission de l’UA de surveiller et de rendre compte régulièrement des crimes commis à travers le pays.

Le Royaume-Uni, qui préside le Conseil de sécurité en février, entend accorder une attention particulière au Soudan. La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a visité Addis-Abeba en début de mois pour consulter les pays de la région et l’UA sur les mesures à prendre pour mettre fin aux combats et alléger les souffrances du peuple soudanais. Elle présidera une réunion du Conseil sur le Soudan le 19 février. L’Allemagne et le Royaume-Uni devraient également organiser une conférence internationale sur le Soudan à Berlin en avril.

Les États-Unis ont également convoqué une réunion le 5 février pour mobiliser 1,5 milliard de dollars afin de répondre aux besoins humanitaires urgents du Soudan. Les États-Unis travailleraient avec d’autres membres du Quad (États-Unis, Égypte, Arabie saoudite et Émirats arabes unis) sur un plan de paix prévoyant une trêve humanitaire initiale de trois mois, suivie d’un cessez-le-feu permanent. Les SAF ont rejeté cette initiative en raison de l’implication des Émirats arabes unis, tandis que les RSF l’ont accueillie favorablement, dans ce qui a été perçu comme une tentative de réhabilitation de leur image.

Ce plan de paix, dont l’annonce est imminente, comprendrait des mesures visant à faire face à la crise humanitaire, à protéger les civils, à faciliter leur retour en toute sécurité, à amorcer un processus politique vers un gouvernement dirigé par des civils et à soutenir la reconstruction. Le CPS a salué la création du Quintette (UA, ONU, UE et Ligue des États arabes) sous la direction de l’UA pour renforcer la coordination des efforts de médiation. Il a également réitéré son appel au Quintette et au Quad à travailler en étroite collaboration pour parvenir à une solution négociée et durable au conflit.

Lors de la réunion de demain, l’Égypte, qui préside le CPS en février, pourrait mettre en avant la réunion consultative qu’elle a convoquée au Caire le mois dernier, qui a réuni plusieurs partenaires bilatéraux et multilatéraux. Le résultat attendu de la session est un communiqué réaffirmant la grave préoccupation du CPS face à l’escalade des combats et condamnant les atrocités commises, notamment par les RSF. Le CPS pourrait également envisager d’entreprendre une mission sur le terrain au Soudan.

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