Publié le 26 mai 2024. Volkswagen tourne une page stratégique majeure dans le développement de ses logiciels embarqués. Face aux difficultés rencontrées par sa filiale Cariad, le constructeur automobile allemand réoriente sa stratégie vers des partenariats externes, marquant un net changement de cap.
- Volkswagen réduit considérablement l’ambition de développement logiciel interne de sa filiale Cariad.
- La société misera désormais sur la collaboration avec des partenaires clés comme Rivian (États-Unis) et XPEG (Chine).
- Cariad deviendra un coordinateur et intégrateur, plutôt qu’un développeur principal.
La filiale dédiée aux logiciels de Volkswagen, Cariad, voit son rôle fondamentalement redéfini. Confronté à des années de revers et de retards coûteux, notamment dans le développement des systèmes pour ses véhicules électriques, le groupe Volkswagen opère un virage stratégique. Le PDG du groupe, Oliver Blume, a annoncé ce changement de cap lors du « Auto X Software Summit » organisé par le Financial Times à Munich. L’approche autarcique, où tout est développé en interne, fait place à une stratégie axée sur l’acquisition de technologies auprès de partenaires externes.
Cette décision fait suite aux difficultés rencontrées par Cariad sous la direction de l’ancien PDG Herbert Diess, qui avaient entraîné des retards de production et des dépassements budgétaires considérables. Des lancements attendus comme ceux des Porsche Macan électriques et Audi Q6 E-tron ont été repoussés en raison de ces problèmes logiciels. La nouvelle architecture logicielle de ces modèles sera désormais développée en collaboration avec des partenaires.
Cariad ne disparaît pas pour autant, mais ses missions sont reconfigurées. L’entreprise sera principalement chargée de la maintenance et de la mise à jour des plateformes logicielles existantes du groupe, ainsi que de l’intégration des nouvelles architectures conçues par ses partenaires, à commencer par Rivian. Elle conservera toutefois un rôle clé dans le développement de technologies fondamentales telles que la conduite autonome, les systèmes d’infodivertissement et les services cloud, essentiels à la collecte de données clients. Ce virage stratégique a été mené à bien en deux ans, malgré un coût de restructuration de 400 millions d’euros, principalement lié aux remaniements chez Audi et Cariad.
Dans le cadre de cette réorganisation, l’équipe initialement dédiée au développement d’une architecture logicielle propre a été en grande partie dissoute et intégrée aux équipes de développement de Rivian. Plusieurs employés clés, dont le responsable logiciel Sanjay Lal, ont quitté l’entreprise. Oliver Blume défend cette nouvelle orientation, estimant qu’elle permettra à Volkswagen de bénéficier d’économies d’échelle grâce à ses partenariats. Si certains analystes voient une logique dans ce repositionnement de Cariad, d’autres expriment des réserves quant à la dépendance accrue vis-à-vis de Rivian, avec un investissement potentiellement supérieur à 5 milliards de dollars.
L’intégration des logiciels de Rivian dans les futurs modèles Volkswagen prendra du temps. La priorité actuelle du partenaire américain est le développement de son propre SUV R2. Il faudra attendre que cette étape soit franchie pour que Rivian puisse se concentrer pleinement sur les modèles Volkswagen. L’adaptation des logiciels aux différentes motorisations, y compris aux moteurs thermiques et hybrides, comme le suggère l’évolution de la filiale Porsche vers une plus grande « ouverture technologique », représente un défi supplémentaire.
Les années à venir seront déterminantes pour évaluer le succès de cette nouvelle stratégie. En Chine, un nouveau modèle développé avec XPeng est attendu en 2026, tandis qu’une voiture électrique à 20 000 euros, basée sur une plateforme Rivian, est prévue pour 2027.