Publié le 4 novembre 2025 à 16:19:00. La République Dominicaine a officiellement reporté le Sommet des Amériques, initialement prévu en décembre, en raison des tensions géopolitiques croissantes dans la région. Cette décision, qui intervient dans un contexte de déploiement militaire américain ciblant le Venezuela, a reçu le soutien de partenaires clés comme les États-Unis.
- Le report du Sommet des Amériques par la République Dominicaine met en lumière les profondes divisions politiques actuelles dans la région.
- Les États-Unis soutiennent cette décision et envisagent un nouvel événement en 2026 axé sur le renforcement des alliances.
- L’exclusion de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela avait déjà suscité des critiques et le refus de participation du Mexique et de la Colombie.
Les autorités dominicaines ont justifié ce report par une « analyse minutieuse de la situation dans la région », sans toutefois apporter de précisions quant aux raisons exactes ni évaluer le coût économique des contrats annulés. Bien que le Sommet des Amériques ne suive pas une périodicité fixe, il s’agit de la première fois que son organisation est compromise par le contexte politique régional, un signe révélateur des fractures présentes.
La décision de reporter le sommet, prise en « consensus » avec des partenaires proches tels que les États-Unis, a été saluée par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio. Celui-ci a exprimé sur X son soutien total et sa volonté de collaborer à un « événement productif » en 2026, visant à « renforcer les alliances et la sécurité de nos citoyens ». Le gouvernement équatorien, également allié de Washington, a réitéré son soutien à ce report.
Le forum, promu par Washington et qui se tient depuis 1994, a historiquement servi aux États-Unis de plateforme pour bâtir des coalitions hémisphériques et formaliser des coopérations régionales alignées sur leurs objectifs de politique étrangère, selon le Département d’État américain. Cependant, les tensions actuelles dans la région, qualifiées d’« imprévisibles » par la République Dominicaine, ont rendu un dialogue « productif » difficile.
L’enjeu de ce report prend une dimension particulière dans le contexte des récentes manœuvres militaires américaines dans les Caraïbes. Depuis août, des navires et avions américains sont déployés dans la région, menant des opérations ayant causé, selon des chiffres avancés, plus de 60 morts dans les Caraïbes et le Pacifique depuis septembre. Si la Maison Blanche affirme qu’il s’agit de lutte contre le trafic de drogue, le Venezuela dénonce une stratégie visant à renverser le président Nicolas Maduro.
Cette pression accrue sur le Venezuela a paradoxalement conduit des dirigeants comme Gustavo Petro (Colombie) et Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil), qui s’étaient initialement distanciés de Maduro suite aux élections contestées, à se rapprocher de Caracas ces dernières semaines pour condamner ces manœuvres militaires. Ces derniers avaient, comme d’autres, déjà marqué leur désaccord face aux exclusions lors de précédentes éditions.
Le Sommet des Amériques, dont le thème était « Construire un hémisphère sûr et durable et une prospérité partagée », devait se dérouler à Punta Cana du 1er au 5 décembre. Les exclusions de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela, annoncées par la République Dominicaine fin septembre dans le but de « maximiser la participation et assurer le développement du forum », avaient déjà suscité de vives réactions. La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, et le président colombien, Gustavo Petro, avaient ainsi déclaré qu’ils ne participeraient pas à la rencontre. Sheinbaum avait affirmé : « Nous n’acceptons jamais qu’un pays soit exclu », tandis que Petro avait tweeté : « Le dialogue ne commence pas par des exclusions ». Ces exclusions, déjà observées dans le passé, avaient par le passé conduit à l’absence d’autres dirigeants. Lors de la dernière édition en 2022, organisée par les États-Unis, ces trois pays avaient déjà été écartés en raison de leur bilan en matière de droits de l’homme, une décision qui avait conduit le Mexique et la Bolivie à envoyer leurs ministres des Affaires étrangères.
Alors que le président brésilien Lula da Silva a récemment rencontré Donald Trump, affichant une volonté de détente bilatérale et de normalisation des échanges commerciaux, il a également exprimé le souhait de jouer un rôle de médiateur entre Caracas et Washington. Une posture qui maintient la question vénézuélienne au cœur des préoccupations régionales. Face à la répétition de telles situations, le ministre vénézuélien de l’Intérieur, Diosdado Cabello, avait déclaré en octobre dernier : « Nous avons déjà vu ce film ». Les États-Unis, traditionnellement représentés au sommet par leur président ou vice-président, avaient vu Donald Trump annuler son voyage en 2018 au Pérou ; il aurait potentiellement pu être confronté à des questions sur les opérations militaires autorisées sous sa présidence.