Publié le 2025-10-04 18:09:00. Le lieutenant-général à la retraite Arne Bård Dalhaug critique la stratégie diplomatique de Donald Trump, estimant qu’elle conduit à un affaiblissement de la position américaine sur la scène internationale et à un désengagement progressif.
- Donald Trump est accusé de faire preuve de naïveté et de faiblesse dans ses relations avec des dirigeants autoritaires comme Kim Jong-un, Vladimir Poutine et Xi Jinping.
- Les rencontres diplomatiques de Trump, notamment avec la Corée du Nord et la Russie, sont qualifiées de désastreuses.
- Une tendance à l’isolationnisme américain, potentiellement renforcée par le projet « Fortress America », est analysée comme un retour à une politique moins interventionniste.
L’ancien observateur de l’OSCE dans le Donbass, Arne Bård Dalhaug, exprime de vives préoccupations quant à la gestion des relations internationales par Donald Trump. Selon lui, le président américain a tendance à se considérer comme un négociateur habile, convaincu qu’un accord est toujours possible, une approche qu’il juge inefficace face aux « bandits » de la scène mondiale. Dalhaug cite en exemple les trois réunions avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qualifiées de « désastreuses », ainsi que les interactions avec Vladimir Poutine, malgré les sanctions et les tensions croissantes avec la Russie.
« Ce qui est surprenant, c’est que Trump a toujours pensé que Poutine était son ami. Désormais, je pense qu’il réalise qu’il apparaît faible et naïf dans sa relation avec Poutine. Des gens en ont souffert », explique Dalhaug.
L’expert militaire souligne que les États-Unis, en adoptant une posture plus dure, ont aliéné de vieux alliés sans pour autant en gagner de nouveaux. Il estime que la puissance américaine n’est pas suffisante pour exercer une pression simultanément sur tous les acteurs mondiaux, une faiblesse que Trump, en négligeant les alliances, exploiterait sans stratégie claire. Cette approche, selon Dalhaug, le place dans une position de « tapis d’échecs », où il perdrait le contrôle.
La position de Donald Trump vis-à-vis de l’OTAN a également été remise en question. Lors d’une réunion à l’ONU, bien qu’il ait répondu positivement à une question sur la légitimité pour l’OTAN d’abattre des avions hostiles violant ses frontières, il s’est montré plus réservé quant à un éventuel soutien aérien américain en Europe. Cette hésitation a été interprétée comme une possible absence de soutien américain en cas de confrontation militaire directe avec la Russie.
Dans ce contexte, des propositions émergent pour une nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, potentiellement axée sur un modèle de « Fortress America ». Ce concept impliquerait une protection accrue du territoire américain et de l’hémisphère occidental, avec une implication limitée et très sélective ailleurs dans le monde. Un tel virage pourrait inclure des systèmes de défense antimissile avancés pour contrer les menaces des puissances nucléaires comme la Russie et la Chine, marquant ainsi un retrait des États-Unis de leur rôle de puissance mondiale.
Dalhaug rappelle que cette tendance à l’isolationnisme n’est pas inédite dans l’histoire américaine. Il fait référence à la période précédant la Seconde Guerre mondiale, où les États-Unis n’avaient pas assumé de responsabilité mondiale pour la sécurité, un rôle qu’ils ont endossé après 1945 et jusqu’à récemment. Trump, en soulignant la distance géographique avec l’Europe et en prônant une plus grande implication européenne dans le conflit ukrainien, semble vouloir marquer un retour à cette politique de moindre engagement international.
Iver B. Neumann, directeur de l’Institut Frithjof Nansen, estime que Donald Trump a « abdiqué en tant que leader mondial », ouvrant la voie à d’autres puissances pour combler le vide laissé.
Aux États-Unis mêmes, la rhétorique de Donald Trump, qualifiant ses adversaires de « vermine » et la presse de « fausses nouvelles », suscite des inquiétudes quant à la santé de la démocratie américaine. Des experts comme Steven Levitsky, professeur à Harvard, estiment que le pays a franchi la limite des « tendances autoritaires ». La gestion de certaines controverses médiatiques, comme le cas du talk-show de Jimmy Kimmel, alimente les débats sur la liberté d’expression et la pression exercée sur les médias.
« Seule la psychiatrie peut expliquer l’image de soi d’un homme qui a créé plus d’insatisfaction, de chaos et de peur en six mois – à la maison comme chez les alliés – que tout autre président américain. »
Marie Simonsen, commentatrice pour Dagbladet