Home International Chronique : Le « débat sur le partage du nucléaire » franco-allemand constituera-t-il un tournant historique ? Le chemin vers « l’UE 4.0 » vu à Munich = Daisuke Karakama | Reuters

Chronique : Le « débat sur le partage du nucléaire » franco-allemand constituera-t-il un tournant historique ? Le chemin vers « l’UE 4.0 » vu à Munich = Daisuke Karakama | Reuters

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Publié le 26 février 2024. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, un discours américain plus conciliant et des discussions franco-allemandes sur le partage du nucléaire signalent un possible tournant dans la politique de défense européenne, alors que l’UE cherche à renforcer son autonomie stratégique.

  • Le discours du secrétaire d’État américain a adopté un ton plus modéré que l’année précédente, insistant sur l’importance de l’alliance transatlantique.
  • L’Allemagne et la France ont entamé des discussions sur un éventuel partage de l’arme nucléaire française, en réponse aux incertitudes concernant la fiabilité de la protection américaine.
  • Le financement du plan de réarmement européen, estimé à 800 milliards d’euros, suscite des débats sur la question de l’intégration budgétaire au sein de l’UE.

La Conférence de Munich sur la sécurité (MSC), qui s’est tenue les 13 et 14 février, a été marquée par un changement notable dans la rhétorique américaine. L’année précédente, le vice-président américain avait adopté une posture particulièrement critique à l’égard de l’Europe, remettant en question l’engagement des alliés européens et soutenant ouvertement des partis d’extrême droite. Cette attitude avait créé des tensions et alimenté les doutes quant à la solidité du partenariat transatlantique.

Cette année, le secrétaire d’État américain a opté pour une approche plus conciliante. Il a affirmé que les États-Unis resteraient toujours liés à l’Europe et a souligné l’importance d’une coopération étroite entre les deux continents.

« Nous serons toujours les enfants de l’Europe » et « Les États-Unis et l’Europe vont ensemble. »

Rubio, secrétaire d’État américain

Cependant, cette nouvelle approche ne doit pas masquer les attentes américaines. Selon M. Rubio, les alliés européens doivent prendre des mesures concrètes pour renforcer leur propre sécurité, notamment en augmentant leurs dépenses militaires et en s’impliquant davantage dans la défense de l’Ukraine et de la Russie.

Plusieurs responsables européens ont accueilli favorablement le discours de M. Rubio, mais certains observateurs restent sceptiques. L’ancien ministre lituanien des Affaires étrangères a souligné que le ton plus conciliant ne remettait pas en question les objectifs fondamentaux de la politique américaine. Cette position est largement partagée : les États-Unis souhaitent que leurs alliés européens assument une part plus importante du fardeau de la sécurité collective.

Parallèlement à ces développements, l’Allemagne et la France ont entamé des discussions sur un possible partage de l’arme nucléaire français. Le chancelier allemand a révélé avoir abordé cette question avec le président Macron. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de remise en question de la stratégie de sécurité européenne, qui repose traditionnellement sur le parapluie nucléaire américain. Si la stratégie de sécurité basée sur les États-Unis devait être remise en question, l’utilisation de l’arsenal nucléaire français comme garantie pour une nouvelle Union européenne apparaît comme une option de plus en plus plausible.

Cette discussion est délicate, car elle pourrait modifier l’équilibre des forces au sein de l’UE. Cependant, l’Allemagne, confrontée à des difficultés économiques à long terme, estime qu’elle ne peut plus se permettre de dépendre entièrement de la protection américaine. Dans l’ensemble, la tendance vers une plus grande autonomie stratégique de l’Europe semble s’affirmer.

Le financement du plan de réarmement européen, estimé à 800 milliards d’euros, constitue un autre défi majeur. Ce plan prévoit que 650 milliards d’euros proviendront des budgets nationaux, tandis que les 150 milliards d’euros restants seront levés par l’UE sur les marchés financiers par le biais d’obligations communes, un programme baptisé « Action de sécurité pour l’Europe » (SAFE). Ce dernier point suscite des débats sur la question de l’intégration budgétaire au sein de l’UE. Les fonds SAFE sont des prêts qui devront être remboursés à l’UE, et non des transferts financiers.

Le président Macron plaide pour une consolidation de l’UE en tant que bloc politique et économique unique, et il estime que les liens de défense de l’UE devraient servir de catalyseur à une plus grande intégration. Il s’inscrit dans la lignée du gaullisme, qui prône l’indépendance stratégique de la France et de l’Europe. Comme en 1966, lorsque la France s’est retirée de l’OTAN, le président Macron étend cette idée à l’ensemble de l’Europe.

L’Allemagne, bien que réticente à l’idée d’une intégration budgétaire plus poussée, pourrait être contrainte d’accepter les propositions de M. Macron si les critiques de l’administration américaine à l’égard de l’Europe persistent. L’évolution vers une « UE 4.0 », caractérisée par une plus grande autonomie stratégique et une intégration budgétaire renforcée, semble donc de plus en plus probable.

L’UE a déjà traversé des moments de crise qui ont conduit à des changements structurels majeurs. Après la crise de la dette et la pandémie de Covid-19, l’UE a adopté des politiques non conventionnelles et créé de nouveaux mécanismes de financement. Si les obligations de défense de l’UE deviennent un système permanent, cela pourrait marquer un tournant historique dans l’évolution de l’Union européenne.

Edit: Erika Mune

*Cette chronique a été publiée sur le Reuters Foreign Exchange Forum. Il est écrit sur la base de l’opinion personnelle de l’auteur.

*Daisuke Karakama est l’économiste de marché en chef de la Mizuho Bank. Après avoir obtenu son diplôme de la faculté d’économie de l’université Keio en 2004, il a rejoint l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO). À partir de 2006, il a été détaché au Japan Economic Research Center, et à partir de 2007 à la Direction générale des affaires économiques et financières de la Commission européenne (Belgique). Mizuho Corporate Bank (actuellement Mizuho Bank) depuis octobre 2008. Lorsqu’il était détaché auprès de la Commission européenne, il était le seul économiste japonais impliqué dans la préparation des perspectives économiques de l’UE. Ses publications incluent « La vraie nature du yen faible : le Japon, le pays à excédent masqué » (Nikkei BP, juillet 2012) et « Où est passé le « yen fort » ? » (Nikkei BP, septembre 2012). Est apparu dans de nombreux médias tels que les journaux et la télévision. note « Karakama Labo » transmet actuellement des informations sur les thèmes les plus importants.

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