Publié le 2025-10-22 05:01:00. La Cour supérieure de Bogotá a annulé mardi une condamnation de 12 ans d’assignation à résidence prononcée contre l’ancien président Álvaro Uribe, le déclarant non coupable de fraude procédurale. Cette décision, loin de clore le dossier, rouvre la voie à un possible appel devant la Cour suprême et ravive les tensions politiques dans un pays marqué par une histoire complexe de « narcopolitique ».
- La Cour supérieure de Bogotá a révoqué la condamnation d’Álvaro Uribe, le déclarant non coupable de fraude procédurale.
- Le tribunal a estimé qu’il manquait de preuves suffisantes pour étayer la condamnation rendue en première instance.
- Le président Gustavo Petro a vivement critiqué cette décision, y voyant une tentative de « cacher l’histoire de la narcopolitique ».
Ce revirement judiciaire met un terme provisoire à une affaire qui avait débuté en 2012. À l’époque, Álvaro Uribe, alors sénateur, avait porté plainte contre le sénateur de gauche Iván Cepeda pour manipulation de témoins, l’accusant de tenter de le lier à des groupes paramilitaires. La Cour suprême de justice avait cependant inversé la situation, ouvrant une enquête contre l’ancien président après avoir constaté des tentatives d’influence sur des témoignages d’anciens paramilitaires emprisonnés.
Au cœur du dossier se trouvait le témoignage de Juan Guillermo Monsalve, considéré comme une pièce maîtresse. Il affirmait qu’un avocat de l’ancien président, Diego Cadena, lui aurait proposé des avantages pour modifier sa déposition. Cet épisode, enregistré par Monsalve lui-même, avait contribué à la condamnation initiale d’Uribe, ainsi qu’à celle de son avocat Diego Cadena, condamné à sept ans d’assignation à résidence pour corruption dans le même cadre.
La juge Sandra Heredia, en première instance, avait jugé qu’il était prouvé qu’Uribe avait fait pression ou incité d’anciens paramilitaires à se désolidariser des Forces unies d’autodéfense de Colombie (AUC), groupe tristement célèbre pour des massacres et disparitions durant le conflit armé. Cependant, le jugement de deuxième instance, rendu par la Cour supérieure, a estimé que les preuves présentées manquaient de base légale et que l’analyse des témoignages contenait des « erreurs méthodologiques, des erreurs d’interprétation et une évaluation biaisée ». La décision a été prise à la majorité, un juge ayant voté en désaccord.
L’acquittement d’Álvaro Uribe n’est cependant pas définitif. Le parquet colombien ainsi que le sénateur Iván Cepeda disposent de la possibilité de faire appel devant la Cour suprême de justice. Cette dernière aura cinq ans pour se prononcer sur le sort final de l’affaire. Cette décision intervient dans un contexte politique tendu, à deux ans des élections présidentielles de 2026, où les forces de droite cherchent à reconquérir le pouvoir.
Les réactions ont été immédiates et polarisées. Le président Gustavo Petro, ennemi politique de longue date d’Álvaro Uribe, a exprimé sa ferme opposition à la décision, la qualifiant de tentative de « couvrir l’histoire des hommes politiques arrivés au pouvoir alliés au trafic de drogue et qui ont déclenché le génocide en Colombie ». Il a également critiqué la Cour pour avoir prétendument « contredit la Cour suprême » en invalidant l’interception d’une conversation où Uribe évoquait des pots-de-vin. À l’inverse, l’ancien président Iván Duque a salué cette résolution comme « une grande victoire pour la démocratie et l’État de droit en Colombie », affirmant que « l’innocence d’Álvaro Uribe a prévalu » face aux « infamies ».