Publié le 2025-11-03 04:00:00. Alors que la communauté internationale déploie une nouvelle force pour lutter contre la violence des gangs en Haïti, des doutes persistent quant à son efficacité réelle face à une criminalité organisée qui semble s’adapter constamment. Les raisons de cette résilience et la complexité de la situation haïtienne, marquée par un vide politique persistant, sont analysées.
- La nouvelle Force d’élimination des gangs, soutenue par l’ONU, suscite des opinions partagées, certains craignant une répétition des échecs passés.
- La tactique des gangs, leur manque d’équipement et le soutien politique alimentent leur puissance, rendant la lutte difficile pour la police nationale.
- L’absence d’un gouvernement légitime et la lutte pour le pouvoir politique exacerbent l’insécurité et permettent aux gangs d’étendre leur emprise.
L’arrivée de la « Gang Elimination Force » (Force d’élimination des gangs) mandatée par les Nations Unies suscite un vif débat quant à sa capacité à endiguer la violence qui gangrène Haïti. De nombreux Haïtiens, marqués par les déceptions des missions antérieures, expriment leur scepticisme. Ils estiment qu’un renforcement des forces nationales serait la seule solution pérenne. Sans pouvoir prédire l’issue, il est indéniable que cette nouvelle force se heurte aux mêmes obstacles que la précédente mission multinationale dirigée par le Kenya, laissant planer un risque de déception similaire.
La résilience des gangs armés s’explique par une combinaison de facteurs. Leur mode opératoire, privilégiant les déplacements furtifs de domicile en domicile et l’évitement des rues principales contrôlées par la police, complique les interventions. Les assaillants bénéficient également de positions avantageuses, capables de mener des attaques en hauteur. Une porte-parole de la police a d’ailleurs avoué un manque de préparation face à ces stratégies déroutantes. À cela s’ajoute un déficit matériel et équipementaire criant. Les véhicules blindés, souvent inadaptés aux terrains urbains, obligent parfois les forces de l’ordre à opérer à pied, une pratique peu courante pour la police. Ces opérations, loin d’être une simple affaire de stratégie militaire, ont de lourdes conséquences humanitaires. La cohabitation des gangs avec la population civile se traduit par de multiples violations des droits humains. Les récentes frappes de drones par la police en sont un triste exemple, ayant entraîné la mort d’une majorité de civils plutôt que de membres des gangs. Par ailleurs, malgré l’embargo sur les armes, l’ONU estime que plus de 500 000 armes circulent illégalement en Haïti. L’un des éléments les plus préoccupants reste cependant le manque de volonté politique, certains élus locaux étant soupçonnés d’alimenter ces réseaux criminels.
Les gangs opèrent désormais comme un gouvernement parallèle, imposant leur loi dans leurs zones d’influence. Leur pouvoir accru, particulièrement sous le gouvernement de transition actuel, s’explique en partie par une alliance stratégique inédite. En se regroupant sous l’étiquette « Viva ansanm » (Vivre ensemble), ces groupes ont mis fin à leurs rivalités internes pour faire de l’État haïtien leur ennemi commun. Cette coalition, formée durant la période de transition, a considérablement renforcé leurs capacités. Désormais, lorsqu’un gang lance une offensive, il bénéficie du soutien de membres d’autres groupes, formant une force souvent supérieure à celle de la police.
L’absence d’un gouvernement légitime et la lutte incessante pour le pouvoir constituent un terreau fertile pour l’insécurité. La crise de gouvernabilité en Haïti est une réalité profonde, marquée par une quête de contrôle du pouvoir qui prime sur la situation sécuritaire. Pendant que les politiciens se disputent les rênes du pouvoir, souvent sous l’égide de la Communauté des Caraïbes (Caricom), les gangs étendent leur emprise, semant la terreur et le pillage en toute impunité. Un gouvernement légitime aurait pour mandat d’assurer la sécurité de la population, une préoccupation qui semble reléguée au second plan dans le contexte actuel.