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Comment l’Arizona organise la marchandisation de l’État social belge

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Le modèle social européen, notamment en Belgique, semble s’orienter vers une logique de marché, délaissant la solidarité pour la rentabilité, une évolution qui pourrait fragiliser la cohésion sociale.

Selon le sociologue Daniel Zamora Vargas de l’ULB, une mutation profonde du système d’aide sociale s’est opérée depuis les années 1980. Contrairement à l’après-Première Guerre mondiale où l’on visait à intégrer la population dans un système d’assurance sociale, la tendance actuelle est à la dérégulation du travail, à la restriction de l’accès aux droits et à une extension ciblée de l’assistance. Cette stratégie, bien qu’en apparence visant à lutter contre la pauvreté par des dispositifs tels que les CPAS (Centres Publics d’Action Sociale) et le revenu d’intégration (anciennement minimex), conduit paradoxalement à une augmentation des bénéficiaires de l’aide sociale. En réduisant les protections universelles, on crée de facto de la précarité.

Une « activation » accrue des bénéficiaires

Une explication de ce changement de cap réside, selon Daniel Zamora Vargas, dans la volonté d' »activer de manière beaucoup plus féroce les personnes qui bénéficient de l’assistance ». Si le système d’assurance chômage accompagne plus activement le retour à l’emploi, les CPAS, moins équipés pour ce soutien, exercent en revanche un contrôle plus important sur leurs bénéficiaires. Cette dynamique ouvre la porte à des formes de contrôle et de mise au travail potentiellement plus radicales que celles permises par le système assurantiel. Le sociologue de l’action politique cite le modèle allemand et ses « réformes Hartz » sous Gerhard Schröder, qui ont favorisé la création de contrats précaires (mini-jobs, travail intérimaire) et imposé le temps partiel subi, représentant après 2010 jusqu’à 25 % de l’emploi total.

Un tournant néolibéral en Belgique

En Belgique, plusieurs réformes annoncent un changement significatif. Le gouvernement a déjà validé une réforme du chômage limitant la durée des allocations. Une généralisation des « flexi-jobs » est attendue, et des mesures de modernisation des CPAS, prélude à une réforme globale du secteur de l’intégration, ont été annoncées. Ces initiatives, qualifiées de « chantiers de l’Arizona » par le sociologue, marquent un abandon de la logique de solidarité et de droits au profit d’une logique de marché et de rentabilité. Cette « marchandisation néolibérale de l’État social » se traduit par une transformation des chômeurs en « pauvres ».

Ce glissement statutaire n’est pas qu’une question de sémantique. Alors que la sécurité sociale, perçue comme un droit acquis par des cotisations, est moins stigmatisante, l’assistance, elle, génère des sentiments de honte et d’animosité. En d’autres termes, cette transformation profonde de l’État social pourrait avoir des conséquences néfastes sur la cohésion sociale du pays.

À retenir

Le passage d’un système d’assurance sociale universelle à une logique d’assistance ciblée est une tendance majeure.
Cette évolution, axée sur la dérégulation et le contrôle accru, vise une « activation » plus « féroce » des bénéficiaires.
Le sociologue Daniel Zamora Vargas met en garde contre un risque d’affaiblissement de la cohésion sociale dû à cette marchandisation de l’État social.

Contexte

Après la Première Guerre mondiale, l’Europe a mis en place des systèmes de sécurité sociale visant à assurer une protection collective via un modèle assurantiel. Ce système a été progressivement complété par des dispositifs d’assistance pour les plus démunis.

Ce qui change

Depuis les années 1980, une inversion des logiques est observée : les protections universelles sont réduites au profit de politiques d’assistance ciblées. Ces dernières visent à « activer » davantage les bénéficiaires, parfois via des contrats de travail précaires, s’inspirant de modèles comme celui de l’Allemagne. En Belgique, les réformes du chômage, les flexi-jobs et la modernisation des CPAS illustrent ce virage.

Prochaines étapes

L’évolution des politiques sociales en Belgique, notamment l’impact des réformes annoncées sur le marché de l’emploi et le secteur de l’intégration, sera déterminante pour observer si la logique de marché l’emporte définitivement sur le modèle de solidarité.

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