Publié le 08 février 2026 à 12h53. Les États-Unis maintiennent un réseau tentaculaire de bases militaires à travers le monde, héritage de la guerre froide. Face à un contexte international de plus en plus tendu, notamment avec l’Iran et au sein de l’OTAN, Washington semble vouloir renforcer sa présence, en particulier en Europe.
- Les États-Unis exploitent un réseau d’environ 750 à 800 bases militaires dans le monde.
- De nombreux accords bilatéraux régissent la présence américaine, souvent avec un financement de la part des pays hôtes.
- Des discussions sont en cours en Europe sur un possible regain de contrôle des bases militaires américaines.
Un rapport du Congrès américain fait officiellement état de 128 bases réparties dans 51 pays. Cependant, ce chiffre est considéré comme sous-estimé par les experts. L’anthropologue David Vine, auteur de l’ouvrage « Base Nation », estime à 750 à 800 le nombre de sites militaires américains répartis sur tous les continents.
Certaines de ces bases sont de véritables villes, notamment en Allemagne, en Italie, au Japon et en Corée du Sud. Le Camp Humphreys, situé à Pyeongtaek en Corée du Sud, est la plus importante installation américaine à l’étranger, accueillant plus de 40 000 personnes et disposant de ses propres écoles, cinémas et terrains de golf.
Un système partiellement dissimulé
Une grande partie de ces installations opèrent dans une certaine opacité. « De plus en plus de systèmes sont intégrés de manière à être à peine visibles, même pour une partie du Congrès américain ou pour la population du pays hôte », explique David Vine.
Des accords peu transparents
La plupart des bases américaines sont établies sur la base d’accords bilatéraux, notamment dans le cadre de l’OTAN. Néanmoins, de nombreux aspects restent flous. Des pays comme le Japon, le Koweït et la Corée du Sud contribuent financièrement à la présence des troupes américaines, tandis que d’autres, comme Djibouti, reçoivent des compensations financières pour accueillir ces installations. Selon David Vine, ces accords sont souvent liés à des relations commerciales et à des ventes d’armes.
La base aérienne de Ramstein est la plus grande installation de l’US Air Force en dehors des États-Unis.
Clé de voûte / Boris Roessler
L’idée reçue selon laquelle les États-Unis offriraient une protection gratuite est de plus en plus contestée. Les experts soulignent que cette perception était déjà partiellement inexacte pendant la guerre froide.
Une influence politique
L’historien militaire David Silbey, de l’Université Cornell, estime que les États-Unis utilisent leurs bases comme un outil de stabilisation. Il cite l’exemple du tsunami de 2004 en Asie, où la base de Diego Garcia a servi de centre logistique pour les opérations de secours.
Ces bases peuvent également servir de levier politique. Selon David Vine, la simple présence visible de la puissance militaire américaine – comme un porte-avions ou une base dans un pays – peut influencer les négociations.
Bien que de nombreuses installations soient présentées comme défensives, elles ont été utilisées à plusieurs reprises pour des missions offensives, notamment en Iran et au Yémen. Cela peut engendrer des tensions dans les pays hôtes. L’historien militaire David Silbey se souvient du Pakistan, où les frappes de drones américains en 2008 et 2009 ont renforcé l’impression que le gouvernement tolérait de telles opérations.
De plus, les bases américaines elles-mêmes peuvent devenir la cible d’attaques ou de représailles.
De nouvelles interrogations en Europe
Les récentes tensions politiques et les déclarations de Donald Trump concernant le Groenland ont relancé le débat. Pituffik, une base américaine importante, est située sur l’île. Grâce à un traité avec le Danemark datant de 1951, les États-Unis y disposent de droits étendus.
Le vice-président américain JD Vance (ici au milieu) lors d’une visite à la base de Pituffik le 28 mars 2025.
Clé de voûte / Jim Watson
Le média en ligne « Politico » rapporte que des discussions confidentielles sont en cours à Bruxelles. Des diplomates européens évoqueraient la possibilité de reprendre le contrôle des bases militaires américaines situées sur leur territoire.
Selon The Guardian, le chef du Parti vert britannique, Zack Polanski, appelle même ouvertement à l’expulsion des soldats américains du pays. « Les États-Unis ne se retireraient pas simplement. Il y aurait des contre-mesures », prévient David Silbey.