Publié le 17 février 2026 07:00:00. L’Europe prend conscience de la nécessité d’une autonomie stratégique accrue face à une potentielle désaffection des États-Unis, notamment en matière de défense et de sécurité, un enjeu exacerbé par les incertitudes liées aux prochaines élections américaines.
- Les coûts d’une défense européenne pleinement autonome pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars (environ 927 milliards d’euros).
- L’industrie européenne de la défense aura du mal à remplacer les capacités américaines dans les domaines aérien et maritime au cours de la prochaine décennie.
- La Russie observe attentivement l’évolution de la situation, y voyant une opportunité de réduire l’influence américaine sur le continent européen.
L’Europe se prépare à un scénario de plus en plus plausible : celui d’un désengagement progressif des États-Unis en matière de sécurité continentale. Un rapport de l’Institut international d’études stratégiques (IISS) met en lumière les défis considérables qui attendent l’Union européenne si elle souhaite véritablement devenir autosuffisante sur le plan militaire. Selon l’étude, les dépenses nécessaires pour atteindre cet objectif pourraient s’élever à 1 000 milliards de dollars (environ 927 milliards d’euros) dans un avenir proche, en particulier si l’Europe devait faire face à une agression sans pouvoir compter sur le soutien américain.
Les lacunes ne se limitent pas aux investissements financiers. L’IISS souligne que l’Europe doit impérativement renforcer ses capacités en matière de renseignement et de maîtrise de l’espace, deux domaines souvent considérés comme secondaires mais qui se sont révélés cruciaux lors du conflit en Ukraine.
« Les alliés européens devraient non seulement remplacer les principales plateformes et personnels militaires américains, mais également remédier aux déficiences des moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance dans l’espace et dans tous les domaines », ainsi que remplacer les contributions américaines aux mécanismes de commandement et de contrôle de l’OTAN.
IISS, rapport
L’IISS estime que l’industrie européenne de la défense sera confrontée à des difficultés majeures pour combler le fossé technologique et opérationnel avec les États-Unis, notamment dans les secteurs aérien et maritime, au cours de la prochaine décennie. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, plaide de plus en plus pour que les pays européens consacrent au moins 10 % de leur PIB à la défense, un chiffre bien supérieur aux 3 % ou 5 % précédemment envisagés, mais même cela pourrait ne pas suffire à égaler la puissance militaire américaine.
La guerre en Ukraine illustre cette dépendance. Malgré la diminution des livraisons d’armes américaines à Kiev sous l’administration Trump, l’armée ukrainienne continue de s’appuyer sur les renseignements fournis par les États-Unis. L’Europe a pris conscience qu’elle doit affirmer son indépendance militaire face à une administration américaine dont l’engagement envers les valeurs démocratiques libérales est de plus en plus remis en question. Rapport de la Conférence de Munich sur la sécurité
Une manifestation contre la politique de Trump envers le Groenland devant le consulat américain dans la ville groenlandaise de Nuuku.
Source : TASR/AP
L’incident du Groenland, où Donald Trump avait exprimé son intérêt pour l’achat de l’île, a particulièrement marqué les esprits européens. Depuis lors, les désaccords se sont multipliés, notamment sur la question de l’Ukraine, où Washington a parfois semblé moins enclin à soutenir Kiev sans conditions, et sur les mesures protectionnistes américaines qui nuisent aux exportations européennes.
Selon Mark Leonard, directeur du Conseil européen des relations étrangères, il existe un décalage important entre les déclarations publiques et les préoccupations privées des dirigeants européens. Interview dans le New York Times. En privé, beaucoup craignent les conséquences d’une nouvelle présidence Trump, tandis qu’en public, ils s’efforcent de maintenir une façade de coopération.
La Russie, de son côté, observe attentivement cette situation. Les médias russes interprètent la situation comme un affaiblissement de l’alliance transatlantique et une opportunité de réduire l’influence américaine en Europe. Ils soulignent que les États-Unis sont devenus un partenaire peu fiable et que les garanties de sécurité offertes par l’OTAN sont de plus en plus incertaines. Analyse du portail russe The Insider
Les médias russes mettent également en avant la dépendance énergétique de l’Europe à l’égard des États-Unis, la qualifiant de « dangereuse » et appelant à une plus grande autonomie stratégique. Article publié par InoSMI
Enfin, l’Ukraine perçoit cette évolution comme une opportunité de renforcer son indépendance vis-à-vis des États-Unis et de diversifier ses partenariats commerciaux. Analyse du portail UNIAN.ua. Cependant, le pays reste conscient de sa dépendance en matière de sécurité et de renseignement.