Publié le 8 février 2026 à 6h00. De l’Afrique de l’Est à la consécration internationale, l’histoire méconnue de Jenga, le jeu de patience devenu un phénomène mondial, est celle d’une persévérance récompensée et d’un attachement indéfectible à ses racines.
- Jenga, avec près de 100 millions d’unités vendues dans le monde, est né il y a environ 40 ans de l’imagination de Leslie Scott, une designer britannique.
- Le jeu a failli ne jamais voir le jour, Leslie Scott ayant rencontré d’importantes difficultés financières et des réticences initiales quant au nom du jeu.
- L’insistance de Leslie Scott à conserver le nom « Jenga », dérivé du swahili, témoigne de l’importance de ses origines et de son héritage familial.
Les règles sont d’une simplicité déconcertante : 54 blocs de bois, empilés en tours de trois, que les joueurs doivent retirer un par un, en les plaçant au sommet, jusqu’à ce que l’édifice s’effondre. Celui qui provoque la chute est le perdant, la gravité étant le véritable vainqueur. Pourtant, derrière cette apparente banalité se cache une histoire riche en rebondissements, marquée par l’ingéniosité, la ténacité et un brin de chance.
Tout a commencé dans les années 1970, lorsque la famille Scott a déménagé au Ghana. Leslie, alors adolescente, et ses jeunes frères et sœurs cherchaient des moyens de s’occuper. « Mon frère, qui était beaucoup plus jeune, avait un ensemble de blocs de bois avec lesquels il jouait. Il s’agissait de chutes rectangulaires provenant d’une scierie au Ghana », se souvient Leslie Scott. Ensemble, ils ont transformé ces blocs en un jeu rudimentaire, consistant à empiler les pièces et à en retirer une à tour de rôle. « C’était, disons, la première version », explique-t-elle.
Après ses études, Leslie Scott s’installe au Royaume-Uni, emportant avec elle quelques cartons, dont celui contenant son jeu d’enfance. Elle continue de jouer avec ses amis, et c’est lors d’un événement de collecte de fonds, où elle est invitée à proposer une animation, que l’idée de commercialiser Jenga germe. « Ils m’ont demandé de m’occuper du divertissement », raconte-t-elle. Le jeu rencontre un succès immédiat auprès des participants.
Convaincue du potentiel de son invention, Leslie Scott décide de créer sa propre entreprise. Elle se lance alors dans une quête de financement ardue. « Je suis allée à la banque, je les ai convaincus que (avec mon projet) je ferais fortune, j’ai demandé de l’argent à mon petit ami et, pire encore, ma mère m’a garanti un deuxième prêt que j’avais demandé à la banque. J’avais besoin de garanties et c’était la maison de ma mère », confie-t-elle. Elle trouve un atelier dans le nord de l’Angleterre et se prépare à lancer Jenga au Salon du jouet de Londres en 1983.
Le lancement est un échec cuisant. « Je pensais que j’allais très bien, mais je n’ai reçu aucun bon de commande », déplore Leslie Scott. Elle se heurte à un problème de taille : son entreprise est inconnue et ne propose qu’un seul produit, ce qui dissuade les acheteurs potentiels. Elle prend alors une décision cruciale : concevoir d’autres jeux pour étoffer son catalogue.
Le coup de pouce décisif arrive de manière inattendue. Un ami vivant au Canada lui propose de présenter Jenga dans un centre commercial local. C’est là qu’un acheteur clé d’Irwin Toy, l’un des plus grands fabricants de jouets du pays, découvre le jeu et propose d’acquérir la licence de production. Cependant, un obstacle subsiste : le nom « Jenga » ne plaît pas à la direction d’Irwin Toy.
« Ils m’ont dit qu’ils aimaient beaucoup le jeu, qu’ils l’adoraient (…) mais qu’ils détestaient le nom. »
Leslie Scott
Leslie Scott refuse catégoriquement de céder. « Je leur ai simplement dit que je ne pouvais pas les laisser changer le nom », affirme-t-elle. Son attachement à ce nom particulier trouve son origine dans son enfance en Afrique de l’Est. « Je suis né et j’ai grandi en Afrique de l’Est et j’ai grandi en parlant le swahili. Et ma mère avait un chien nommé Kucheza, qui signifie jouer en swahili », explique-t-elle. « Je pensais que c’était un très bon nom pour mon jeu, mais c’était ainsi que le chien s’appelait déjà. Kujenga signifie ‘construire’ en swahili. J’ai donc pensé que c’était un nom parfait pour le jeu. »
Finalement, le nom « Jenga » est maintenu. Le jeu connaît alors un succès fulgurant, permettant à Leslie Scott de rembourser ses dettes et de sauver la maison de sa mère. Aujourd’hui, Jenga est inscrit au National Toy Hall of Fame et Leslie Scott a conçu plus de 40 jeux. Une histoire inspirante qui prouve que la persévérance, associée à une bonne dose d’originalité, peut mener au succès.
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