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Comment une image satellite montrant prétendument des atrocités au Soudan a été mal interprétée

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Une image satellite circulant sur les réseaux sociaux, présentée comme la preuve d’atrocités au Soudan, s’avère être une interprétation erronée. L’image, vue par des millions d’utilisateurs, montre en réalité un point d’eau entouré de bétail, et non des corps humains.

La polémique a éclaté suite à la publication sur X (anciennement Twitter) d’une capture d’écran Google Earth prétendant révéler des horreurs commises en marge du conflit soudanais. L’image, accompagnée du slogan « PARLEZ DU GÉNOCIDE AU SOUDAN », a rapidement dépassé les 15 millions de vues, alimentant l’indignation. Elle est censée représenter la ville de Kumia, située au sud du Soudan, et dépeint une vaste zone sombre interprétée par beaucoup comme un charnier.

Cependant, cette interprétation est vivement contestée par des experts en analyse d’imagerie satellitaire. Benjamin Strick, directeur des enquêtes au Centre pour la résilience informationnelle (CIR), a souligné auprès des Observateurs de France 24 que cette image ne correspond pas aux indices de crimes de guerre qu’il a pu observer ailleurs, notamment au Soudan où les destructions massives sont malheureusement fréquentes.

« Cette image n’en fait pas partie », a-t-il affirmé, précisant que l’image satellite de Kumia, loin de remonter aux événements récents liés à la prise d’El-Fasher, date du 16 mars 2024. Plus troublant encore, une comparaison avec des images plus anciennes, remontant à mars 2022, révèle que la « tache sombre » en question était déjà présente, et ce, au même endroit.

Selon Benjamin Strick, cette zone sombre n’est autre qu’un point d’eau. La présence d’« objets au sol » qui avaient initialement alerté les internautes s’expliquerait par la proximité d’un troupeau de bovins. Des structures similaires, associant des étendues d’eau à des groupements de bétail, sont d’ailleurs visibles dans les environs sur d’autres images satellites datant de 2022.

Si cette image s’avère être un faux, le recours à l’imagerie satellitaire reste néanmoins un outil précieux pour documenter les atrocités commises au Soudan. Le 27 octobre 2024, le Laboratoire de recherche humanitaire de l’Université de Yale a publié des clichés satellitaires révélant des preuves de massacres dans le quartier de Daraja Oula, à El-Fasher. Nathaniel Raymond, membre de ce laboratoire, a expliqué que des décolorations rouges anormales étaient apparues sur le sol, des zones souvent situées à proximité de véhicules militaires lourds et d’éléments dont la taille et la forme correspondaient à celles de corps humains.

Benjamin Strick rappelle toutefois l’importance de la prudence et de la contextualisation. « Nous ne tirons pas de conclusions uniquement des images satellite », insiste-t-il. Pour confirmer les exactions, il est crucial de croiser ces données avec d’autres éléments factuels, tels que des témoignages de journalistes locaux, des rapports de terrain, ou encore des images complémentaires. « Souvent, nous ne pouvons pas vraiment déterminer un génocide à partir des seules images satellite. Nous devons vraiment prendre en compte un tas de facteurs », conclut-il.

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