Publié le 8 février 2026 17:01:00. Un journaliste allemand démonte les prédictions alarmistes sur le vieillissement de la population et le financement des retraites, dénonçant une « industrie de la peur » alimentée par des intérêts économiques et une répétition de schémas historiques.
- Les prédictions de crise démographique et de faillite du système de retraite ne se réalisent pas, malgré les avertissements récurrents.
- L’auteur critique l’influence des experts et des lobbys financiers qui profitent de la diffusion de scénarios catastrophes.
- Le système de retraite allemand, bien que confronté à des défis, se révèle étonnamment stable grâce à une population active en croissance et une adaptation des cotisations.
Andreas Hoffmann, journaliste et auteur, publie un réquisitoire virulent contre les discours anxiogènes concernant le vieillissement de la société et la pérennité des retraites. Dans son livre, « La menace inventée », il remet en question les analyses pessimistes qui prédisent un effondrement du système de protection sociale, s’appuyant sur des données factuelles et une analyse historique rigoureuse.
Depuis des générations, les démographes mettent en garde contre l’arrivée d’un « pays de vieux », prédisant l’insolvabilité des systèmes de retraite. Pourtant, selon Hoffmann, ces catastrophes annoncées ne se produisent pas. Il dénonce une tendance à projeter le présent sur l’avenir, sans tenir compte des évolutions économiques et sociales. L’auteur s’inspire notamment des travaux du prix Nobel d’économie Daniel Kahneman, qui met en garde contre la fiabilité des prévisions à long terme des experts.
Hoffmann établit un parallèle frappant avec les théories de Thomas Malthus, économiste britannique du XVIIIe siècle, qui craignait une surpopulation menaçant de plonger la société dans la misère. Ses thèses, reprises par les darwinistes, les eugénistes et les racistes, reposaient sur la crainte des classes supérieures et moyennes face à la prolifération des pauvres. Malthus considérait la pauvreté comme une affaire individuelle, déresponsabilisant l’État. Hoffmann souligne que ce point de vue résonne encore aujourd’hui dans certains débats sur l’État-providence.
L’auteur souligne l’écart entre les prédictions pessimistes et la réalité démographique. En 1800, la population mondiale était d’environ un milliard d’habitants, avec 85 % de personnes vivant dans la pauvreté. Aujourd’hui, avec huit milliards d’habitants, le taux de pauvreté est tombé à 8 ou 9 %. Ces chiffres contredisent les alarmistes démographiques des siècles passés.
Hoffmann dénonce une « industrie de la peur » qui prospère sur la diffusion de scénarios catastrophes. Il rappelle que « une mauvaise nouvelle est une bonne nouvelle » pour les journalistes, et que la répétition de certains discours finit par créer des « vérités ». Il cite en exemple le best-seller « Le Complot de Mathusalem » (2003) de Frank Schirrmacher, qui prédisait un déclin démographique dramatique, et « L’Allemagne s’abolit » (2010) de Thilo Sarrazin, dont les prédictions se sont avérées erronées.
Contrairement aux prévisions de Sarrazin, qui annonçait une population de 77,9 millions d’habitants et 29,8 millions d’emplois en 2025, l’Allemagne compte aujourd’hui 83,6 millions d’habitants, dont 46 millions d’actifs. Hoffmann met en avant la stabilité du rapport entre cotisants et retraités, qui est resté à deux pour un depuis l’an 2000, malgré l’augmentation de trois millions du nombre de retraités.
« Deux cotisants financent un retraité, même si nous avons trois millions de retraités supplémentaires depuis le début du millénaire. »
Andreas Hoffmann, journaliste et auteur
L’auteur explique que l’augmentation des cotisations à l’assurance maladie et à l’assurance dépendance est due à l’introduction de nouvelles prestations et à l’amélioration des salaires du personnel soignant. En revanche, les cotisations de retraite ont diminué au cours des 25 dernières années, passant de 20,3 % du salaire brut (1999) à 18,6 % (2025). Les dépenses totales consacrées à la sécurité de la vieillesse, mesurées par rapport au produit intérieur brut, sont restées stables à 10 %.
Hoffmann critique également les experts qui prônent la capitalisation des retraites, soulignant que cette approche profite aux banques et aux assureurs. Il rappelle que l’assurance retraite obligatoire, créée il y a plus de 135 ans, visait à protéger les citoyens contre les risques liés à la vieillesse, car l’État estimait que la solidarité collective était nécessaire là où l’individu était dépassé.
L’auteur met en garde contre les discours qui mettent en avant les coûts et les réductions des systèmes sociaux, estimant qu’ils mettent en danger la démocratie et alimentent le populisme. Il souligne que l’augmentation de la productivité du travail et l’immigration sont des facteurs clés pour assurer la pérennité des systèmes sociaux. Sans immigration, la société vieillissante finirait par s’effondrer.
Depuis 1990, environ 300 000 personnes immigrent chaque année en Allemagne. Selon l’Agence fédérale pour l’emploi, 75 % de l’augmentation de l’emploi soumis à cotisations sociales est due aux travailleurs étrangers masculins et 49 % aux femmes. Le taux d’emploi des femmes est passé de 59,5 % (2005) à 72 % (2021), grâce notamment à l’augmentation du nombre de places en crèche.
Hoffmann conclut en affirmant que la pension légale reste le meilleur moyen de garantir une retraite sûre. Il dénonce l’influence des lobbys financiers et des experts qui cherchent à dénigrer la retraite par répartition. Il rappelle que l’État a un rôle à jouer dans la protection sociale et que la solidarité collective est essentielle pour assurer un avenir digne à tous.

© dpa/Peter Popp