Publié le 25 octobre 2025. L’Orchestre symphonique de la radio de Francfort (HR) a livré une performance remarquable sous la baguette d’Ivan Repušić à l’Alte Oper. Le maestro croate a su tirer le meilleur de l’orchestre, accompagné par le jeune pianiste Alexandre Malofeev, pour un programme mêlant découvertes et classiques, saluant la richesse de la musique slave et italienne.
- Le chef Ivan Repušić a dirigé l’Orchestre symphonique de la radio de Francfort (HR) avec une précision remarquable, mettant en lumière aussi bien des œuvres moins connues que des pages du répertoire.
- Le jeune pianiste Alexandre Malofeev, malgré son jeune âge, a démontré une maturité et une profondeur impressionnantes lors de l’interprétation du concerto pour piano n°1 de Tchaïkovski.
- La soirée a été marquée par la découverte du poème symphonique « Sunny Fields » du compositeur croate Blagoje Bersa, une œuvre dense et évocatrice du paysage dalmate.
La soirée du 24 octobre à l’Alte Oper de Francfort s’est ouverte sous des auspices prometteurs, avec un programme audacieux proposé par l’Orchestre symphonique de la radio de Francfort (HR) et son chef Ivan Repušić. Ce dernier, déjà reconnu pour sa direction énergique et structurée, a une nouvelle fois démontré sa capacité à explorer et à faire vivre des partitions avec une grande clarté. L’enthousiasme du public a rapidement trouvé un écho dans la prestation de l’orchestre, qui a fait preuve d’une belle cohésion et d’une palette sonore riche.
La première partie de la soirée a été consacrée à la découverte de Blagoje Bersa, un compositeur romantique croate dont l’œuvre est peu jouée en dehors de son pays. Son poème symphonique « Sunny Fields » (Champs ensoleillés), datant de 1917, a offert une plongée fascinante dans une nature moins bucolique qu’archaïque et terreuse, évoquant le paysage dalmate. Repušić a abordé cette pièce avec la précision d’un archéologue déterrant un trésor oublié. L’orchestre a répondu avec vivacité, déployant un son en « 3D » grâce à un placement judicieux des cuivres supplémentaires dans les galeries de la salle, créant un effet saisissant d’immersion. La texture orchestrale, dense et finement ciselée, a su peindre des fresques sonores évocatrices, sans jamais tomber dans le folklore démonstratif. Les nuances apportées par Repušić, notamment dans les passages plus intimes, ont révélé une maîtrise des couleurs et une attention aux détails qui ont surpris et ravi l’auditoire.
La scène a ensuite été investie par Alexandre Malofeev, le jeune prodige du piano. À seulement 24 ans, le pianiste russe a abordé le Premier concerto pour piano de Tchaïkovski avec une sérénité et une concentration qui ont immédiatement captivé l’assistance. Loin des démonstrations virtuoses superficielles, Malofeev a privilégié une approche introspective et dialogique. Dès les premières mesures, son toucher délicat et sa compréhension profonde de la structure musicale ont invité l’orchestre à une écoute attentive et à une réponse subtile. La fluidité de son phrasé, la légèreté inhabituelle de son interprétation et les pauses millimétrées qu’il s’autorisait ont créé un échange constant avec les musiciens, particulièrement sensibles dans les pupitres de bois. L’Andantino semplice a été un moment de grâce, où la tendresse maîtrisée du pianiste s’est unie à la transparence des bois pour un dialogue d’une grande intimité. Le final, techniquement irréprochable, a scellé l’exploit de Malofeev, prouvant que la virtuosité peut aussi résider dans la clarté et la précision, sans jamais sacrifier la profondeur émotionnelle. Ses rappels, dont un Prélude de Scriabine particulièrement poétique, ont prolongé la magie de sa performance.
Après l’entracte, Ivan Repušić et l’orchestre ont transporté le public en Italie avec le « Capriccio italien » de Tchaïkovski et les « Pins de Rome » de Respighi. Dans la pièce de Tchaïkovski, Repušić a su structurer le discours musical, évitant l’écueil d’une simple illustration, pour en faire une architecture sonore solide. Les fanfares, vives et rythmées, ont été relayées par des cuivres au son clair et métallique, soutenant une œuvre pétillante d’énergie. Avec les « Pins de Rome », le chef croate a démontré une fois de plus son talent pour construire la tension progressivement. Plutôt que de céder à la grandiloquence, il a privilégié la suggestion et la finesse. Les scènes enfantines des « Pins de la Villa Borghèse » ont été traitées avec légèreté, tandis que le mystère des « Pins près d’une catacombe » a été évoqué par des cordes graves et un lointain appel de trompette. Le mouvement « Pins du Janicule » a réservé un moment de pure poésie grâce à un solo de clarinette d’une beauté saisissante, porté par un phrasé d’une grande pureté. Enfin, l’imposant final de la « Via Appia » a été rendu avec une puissance contenue, une montée en puissance progressive qui a culminé dans un crescendo final saisissant, faisant résonner la salle de l’Alte Oper de toute sa splendeur.
L’Orchestre symphonique de la radio de Francfort s’est révélé dans une forme olympique, démontrant une homogénéité sonore exemplaire, des cordes chatoyantes aux cuivres éclatants, en passant par des bois pleins de caractère et des percussions d’une grande précision. Les solistes, qu’il s’agisse de la flûte sur Tchaïkovski, de la clarinette sur Respighi, ou encore du hautbois et du cor sur Bersa, ont tous brillé par leur musicalité et leur justesse. Ivan Repušić, dont la direction s’est avérée à la fois structurée et inspirée, a confirmé son statut de chef d’orchestre capable de faire parler la musique sans artifice. Son approche, axée sur le souffle, la dynamique et l’énergie intérieure, a permis à l’orchestre de déployer un jeu coloré, différencié et vibrant. La soirée s’est conclue sous les applaudissements nourris d’un public conquis, reconnaissant la réussite d’un concert où la musique a véritablement parlé par elle-même.