Publié le 24 février 2026 à 18h13. Une tension diplomatique s’intensifie entre les États-Unis et le Chili après que Washington a révoqué les visas de trois hauts fonctionnaires chiliens, en raison de leur implication dans un projet de câble sous-marin avec la Chine.
Les États-Unis ont justifié cette décision en invoquant des préoccupations liées à la sécurité régionale, tandis que le Chili a dénoncé une ingérence inacceptable dans ses affaires souveraines. L’ambassadeur américain au Chili, Brandon Judd, a défendu la position de son pays, soulignant l’absence de réponse de Santiago à des avertissements antérieurs concernant des risques potentiels pour la sécurité des infrastructures de télécommunications.
Au cœur du litige se trouve le projet « Chili China Express », un câble à fibre optique destiné à relier la région de Valparaíso à Hong Kong. Le ministre chilien des Transports et des Télécommunications, Juan Carlos Muñoz, figure parmi les responsables sanctionnés. Selon les informations rapportées par El País, Muñoz a été informé de la sanction par courrier électronique, une mesure qualifiée d' »inacceptable » par le gouvernement chilien.
Le gouvernement de Gabriel Boric a fermement rejeté ces sanctions, les qualifiant d’arbitraires. Le président Boric s’est exprimé sur son compte officiel X, excluant catégoriquement que le Chili « favorise toute action qui menace notre sécurité ou celle de notre région ».
« Le gouvernement des États-Unis menace, lance des accusations indéterminées et applique des sanctions unilatérales. En tant que chef de l’État, j’exclus catégoriquement que notre pays promeuve toute action menaçant notre sécurité ou celle de notre région. »
Gabriel Boric, Président du Chili
L’ambassadeur Judd a précisé que les avertissements américains concernant des « agents malveillants étrangers » infiltrant les systèmes chiliens n’avaient pas reçu de réponse adéquate, suscitant des inquiétudes à Washington. Il a également souligné que les décisions du Chili en matière d’infrastructures critiques ont des répercussions internationales et pourraient affecter sa participation à des programmes comme le Visa Waiver Program. Selon Judd, la coopération en matière de sécurité est essentielle pour maintenir l’éligibilité du Chili à ces programmes.
Le ministre chilien des Affaires étrangères, Alberto van Klaveren, a affirmé que le projet était toujours en phase d’évaluation et que le Chili disposait d’un cadre institutionnel solide pour protéger sa sécurité nationale.
« Le Chili ne peut et ne doit pas être utilisé comme un territoire contesté par des puissances en conflit ou en raison de tensions géopolitiques mondiales. »
Alberto van Klaveren, Ministre chilien des Affaires étrangères
L’ambassade de Chine au Chili a dénoncé les sanctions américaines, les qualifiant d’acte de domination et d’ingérence dans les affaires intérieures du Chili. Pékin a défendu le projet de câble sous-marin, affirmant qu’il renforcerait les capacités de communication du Chili avec l’Asie, son principal partenaire commercial. La Chine a également accusé les États-Unis de chercher à maintenir un monopole sur les télécommunications internationales et a ravivé les accusations concernant une surveillance mondiale.
Cette situation rappelle un incident similaire survenu récemment au Pérou, concernant le mégaport de Chancay exploité par la société chinoise Cosco Shipping. Les États-Unis avaient alors exprimé des préoccupations similaires concernant le contrôle chinois sur les infrastructures critiques, tandis que des experts péruviens soulignaient que la sécurité et l’utilisation des ports relèvent de la compétence exclusive de l’État péruvien. Stratfor rapporte que l’ambassadeur Judd avait averti le ministre Muñoz de sanctions personnelles si le projet avec la Chine se poursuivait.
Le projet de câble sous-marin reste actuellement suspendu dans l’attente d’un rapport de sécurité demandé par le ministère de la Défense chilien. La décision finale pourrait dépendre de la future administration de José Antonio Kast, qui prendra ses fonctions le 11 mars.