Home International Contenu de voyage allemand de l’Afghanistan: Tikke avec les talibans

Contenu de voyage allemand de l’Afghanistan: Tikke avec les talibans

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Publié le 2025-10-02 19:58:00. Des jeunes influenceurs européens sillonnent l’Afghanistan à vélo, partageant leurs aventures sur les réseaux sociaux. Leurs récits contrastent fortement avec la réalité vécue par les Afghans, tout en servant involontairement la cause des talibans et la politique d’expulsion allemande.

  • Des créateurs de contenu allemands voyagent à vélo en Afghanistan, documentant leur périple sur des plateformes comme Instagram et YouTube.
  • Leurs vidéos mettent en avant des rencontres avec les talibans et des paysages spectaculaires, présentant une image souvent idéalisée du pays.
  • Cette approche soulève des critiques quant à la banalisation des conditions difficiles en Afghanistan et à l’impact de ces récits sur les politiques migratoires européennes.

Joshua S., connu sur les réseaux sociaux sous le nom de @unchained_exp, et son ami Noah W. ont parcouru 40 pays et 40 000 kilomètres à vélo en deux ans et demi. Leur dernière expédition les a menés en Afghanistan, où ils ont exploré les montagnes du Hindou Kouch et les lacs de la vallée de Wakhan. Là, ils ont rencontré Philipp S. et Maria W. (@philippundmaria), un autre duo d’influenceurs de voyage à vélo.

Ces jeunes voyageurs font partie d’un groupe croissant d’influenceurs qui se rendent en Afghanistan depuis trois ans. Bien que le pays ait connu une prise de pouvoir violente par les talibans en août 2021, entraînant la suspension des vols internationaux depuis Kaboul, la reprise progressive des liaisons aériennes, notamment par Flydubai en 2023, a vu le nombre de touristes passer de 2 000 à 7 000 en un an. Beaucoup de ces visiteurs décrivent leurs expériences comme de véritables aventures.

Contrairement aux influenceurs qui se concentrent habituellement sur les sites culturels ou les bazars, Joshua S., Philipp S. et Maria W. privilégient les paysages et les rencontres humaines dans leurs contenus. Ils se décrivent comme des voyageurs à vélo en quête du « véritable Afghanistan ». Cette démarche se distingue des récits plus conventionnels et peut sembler plus authentique à certains observateurs.

Cependant, le choix de voyager dans des zones de crise ou des régimes autoritaires n’est pas sans susciter de débat. Des influenceurs internationaux comme « Matt et Julia » génèrent des millions de vues avec leurs vidéos tournées en Corée du Nord, en Afghanistan ou en Syrie, souvent en utilisant des miniatures spectaculaires mettant en scène des femmes en burqa et des talibans armés. Cette approche rappelle le « tourisme sombre », où la fascination pour les lieux de violence passée l’emporte.

En Afghanistan, certaines règles s’appliquent différemment aux voyageurs qu’à la population locale. Par exemple, le vélo est interdit aux femmes, et filmer des personnes ou des animaux peut être passible de sanctions. Ironiquement, alors que les créateurs de contenu afghans ont été contraints à l’exil et que l’accès à Internet a été restreint dans plusieurs régions par les talibans pour « combattre l’immoralité », les voyageurs étrangers sont traités avec une certaine tolérance.

Pour les visiteurs allemands, les talibans semblent agir comme une autorité classique, sans représenter une menace directe. Philipp S. rapporte même avoir inventé des liens familiaux pour franchir une frontière. Dans une vidéo, Joshua S. relate un incident où Maria W. a été mordue par un chien errant. Il explique avoir sollicité l’aide des talibans, qui auraient organisé leur transport vers la frontière pakistanaise, soulignant l’efficacité de cette assistance dans un contexte où le passage de Torkham, un point de passage très fréquenté, voit transiter près de 10 000 personnes par jour.

Lors de leur passage à la frontière, les trois influenceurs ont été photographiés avec neuf talibans, dont un armé. La légende accompagnant la photo indique : « Nous sommes heureux de l’aide des talibans ». Ce type de contenu est jugé favorable par les talibans, qui utilisent les réseaux sociaux pour façonner leur image en Occident. Le tourisme apporte des revenus et les vidéos de voyageurs constituent un excellent outil marketing.

Les talibans surveillent activement les contenus qui dépeignent des aventures. Un incident rapporté par Philipp S. et Maria W. concerne un jeune homme qui aurait touché Maria W. de manière inappropriée lors d’un enregistrement. Suite à leur signalement aux autorités locales, l’homme aurait été arrêté, suscitant chez les influenceurs l’espoir de conséquences « légères » pour lui.

Philipp S., 25 ans, et Maria W., 28 ans, financent leur projet de voyage autour du monde grâce à des dons et des partenariats. Max Roving, un autre blogueur à vélo suivi par plus de 64 000 personnes sur Instagram, était également en Afghanistan en septembre. Il finance ses voyages par ses économies. Dans une vidéo, après une rencontre avec des talibans, il déclare : « La plupart des talibs ne parlent pas anglais, [mais] ce sont des gars sympas. […] Il y a beaucoup de lois que je ne soutiens pas, surtout celles contre les femmes, mais tout ce que vous [les talibans] entendez ou voyez, n’est pas forcément vrai. »

Les commentaires sous ces vidéos sont majoritairement positifs. Cependant, des Afghans exilés expriment leur tristesse et leur jalousie, soulignant leur incapacité à voyager librement dans leur propre pays par peur. Des experts et activistes comme Orzala Nemat critiquent la banalisation des conditions difficiles en Afghanistan, où les droits fondamentaux de la moitié de la population sont bafoués.

La minimisation de la réalité afghane par le biais des médias sociaux sert non seulement les talibans, mais aussi les politiques migratoires allemandes. Les vidéos présentées comme des récits d’aventure tendent à minimiser le danger potentiel lié aux expulsions vers l’Afghanistan. Le gouvernement fédéral allemand a récemment annoncé que des fonctionnaires se rendraient à Kaboul en octobre pour négocier des expulsions régulières, malgré l’absence de relations diplomatiques avec les talibans.

Suite à son voyage, Joshua S. déclare dans une vidéo : « Je ne peux plus jamais le reprocher à l’Allemagne pour ces pays. » L’image qu’il projette, un homme sous un chapeau de soleil, dans un décor verdoyant, incarne cette soif d’aventure qui semble éclipser les réalités plus sombres du pays.

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