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Contributeur : Gaza reste une crise de santé mentale des enfants

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Gaza est devenue un terrain de traumatismes psychologiques sans précédent pour ses enfants, confrontés à une violence extrême et à un manque d’accès aux soins de base. Le témoignage poignant d’une psychologue du Croissant-Rouge palestinien révèle l’ampleur de la crise et l’urgence d’une action immédiate pour protéger une génération en danger.

Nisreen Qawas, psychologue en Cisjordanie occupée, a consacré sa carrière à accompagner des enfants marqués par des réalités que nul enfant ne devrait connaître. Elle évoque des souvenirs personnels, notamment un raid de soldats israéliens dans sa propre maison durant son enfance, qui lui permettent de comprendre la peur viscérale que vivent aujourd’hui les enfants palestiniens. Elle a vu des enfants se réveiller en sursaut après des cauchemars, persuadés que leurs familles allaient être enlevées, et d’autres reconnaître le bruit des drones avant même qu’ils n’apparaissent.

Depuis plus de deux ans, les enfants de Gaza sont plongés dans un cycle de déplacements, de pertes et de violence. Au moins 20 000 enfants ont été tués depuis octobre 2023, soit une moyenne d’au moins 24 enfants par jour – l’équivalent d’une classe entière. Ce chiffre, estime-t-on, est largement sous-évalué, car de nombreux enfants restent ensevelis sous les décombres.

Le 29 janvier 2024, un appel a bouleversé la psychologue. Hind Rajab, une fillette de cinq ans, était piégée dans une voiture, entourée des corps de ses six proches, victimes d’un bombardement. Des chars israéliens se rapprochaient, et des tirs retentissaient. Hind, terrifiée, chuchotait au téléphone : « J’ai peur. Ils nous tirent dessus… S’il vous plaît, venez me chercher », répétant inlassablement sa demande de secours.

Pendant des heures, l’équipe du Croissant-Rouge palestinien a tenté de la joindre. Une ambulance était prête à intervenir, mais l’autorisation des autorités israéliennes pour accéder à la zone s’est faite attendre, puis a été ignorée. Dans la salle des opérations à Ramallah, chaque minute semblait une éternité, l’impuissance et la frustration grandissant à mesure que le temps passait.

Nisreen Qawas a continué de parler à Hind, essayant de la rassurer, de la maintenir éveillée et de la détourner du traumatisme immédiat. Elle lui a simplement demandé de respirer, de continuer à parler. Mais la pensée lancinante restait : Hind n’avait que cinq ans, à peine capable de s’attacher ses chaussures ou de lire seule, et se retrouvait seule, implorant de l’aide.

La voix de Hind s’est progressivement affaiblie. Elle a confié qu’elle saignait, précisant : « Ma bouche, mon ventre, mes jambes, partout ». Nisreen Qawas lui a conseillé d’utiliser son chemisier pour arrêter les saignements. Puis, Hind a prononcé des mots qui resteront à jamais gravés dans la mémoire de la psychologue : « Je ne veux pas. Ma mère va être fatiguée à force de laver mes vêtements. » Ces mots, empreints d’une préoccupation maternelle même dans les pires circonstances, furent les derniers entendus.

Hind a perdu la vie ce jour-là, tout comme deux collègues courageux de Nisreen Qawas, Yousef Zeino et Ahmad Almadhoun, dont l’ambulance a été touchée après avoir reçu l’autorisation d’intervenir.

L’histoire de Hind n’est pas un cas isolé. Elle reflète la souffrance de dizaines de milliers d’enfants à Gaza, confrontés à la famine, aux maladies et à un manque d’accès à l’éducation. Plus de 650 000 enfants n’ont pas accès à l’école, et plus de 1,2 million ont besoin d’un soutien psychologique urgent. Plus de 39 300 enfants ont perdu un ou leurs deux parents, dont environ 17 000 sont devenus orphelins.

La psychologue souligne qu’il ne s’agit pas seulement d’une catastrophe humanitaire, mais aussi d’une crise de santé mentale. La guérison est impossible tant que la menace persiste et que les infrastructures de santé et d’éducation sont détruites. Le traumatisme s’accumule, avec des conséquences potentiellement irréversibles sur une génération entière.

Nisreen Qawas appelle à une action immédiate, en commençant par un cessez-le-feu durable, suivi d’une restauration rapide des services de santé et d’éducation, et d’un investissement soutenu dans le soutien psychosocial et en santé mentale. La protection des enfants contre la violence continue est primordiale, car aucune thérapie ne peut compenser un traumatisme permanent.

« Les derniers mots de Hind me hanteront pour toujours », confie la psychologue. « Le monde l’a laissée tomber. Il a laissé tomber les enfants de Palestine. Mais il est encore temps de sauver ceux qui restent. » Le témoignage de Hind, diffusé à travers le film « La voix de Hind Rajab », doit porter la vérité sur la souffrance des enfants de Gaza et de Cisjordanie au-delà des frontières.

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