Home Divertissement Critique : Anja Hilling : Jeu de flottement | Francfort

Critique : Anja Hilling : Jeu de flottement | Francfort

0 comments 58 views

Le Théâtre de Francfort explore les frontières de l’éducation dans une société de plus en plus influencée par la technologie. La nouvelle pièce « Game of Floating » d’Anja Hilling, mise en scène par Christina Tscharyiski, dépeint un futur dystopique où l’intelligence artificielle pourrait jouer un rôle central dans le développement des enfants, soulevant des questions sur la nature de l’apprentissage et de la parentalité.

Dans une société où les parents aspirent à offrir le meilleur à leurs enfants, les méthodes éducatives traditionnelles, qu’elles soient autoritaires ou libérales, la psychothérapie ou encore les internats, ne garantissent pas toujours un résultat optimal. La pièce « Game of Floating », présentée au Kammerspiele du Théâtre de Francfort, confronte le public à cette interrogation : l’intelligence artificielle, incarnée par le personnage de « Kali », peut-elle véritablement prendre en charge l’éducation d’un enfant ? La dramaturge Anja Hilling met en scène un couple moyen, Vesna et Nils, qui confie l’éducation de leur fille Miko à une IA. Les résultats, cependant, se révèlent aussi ambigus que les directives parentales humaines.

La pièce suit le parcours de Miko, une jeune fille grandissant dans un contexte familial instable suite à la séparation de ses parents. L’intelligence artificielle la guide à travers une forêt symbolique, lieu de dangers potentiels mais aussi de développement personnel. Cette forêt devient le théâtre d’une transformation où Miko gagne en force et en maturité. Un long monologue, constituant le cœur de la pièce d’une durée de soixante-quinze minutes, retrace son enfance et sa quête d’identité. Paradoxalement, alors que Miko trace son propre chemin, ses parents se retrouvent eux-mêmes, en fin de vie, au sein d’un service de soins palliatifs, où le père est patient et la mère infirmière.

Un langage poétique face à la faille humaine

Ce qui pourrait manquer à la pièce en termes de développement narratif est compensé par la richesse poétique du langage. Le monologue central, un flux d’associations d’idées, captive le spectateur. La scène des retrouvailles finales entre les parents, bien que brève, est chargée d’une profonde intensité émotionnelle. La mise en scène de Christina Tscharyiski transforme ce dernier moment en une évocation presque infernale, rappelant l’allégorie de la caverne de Platon. Cette référence souligne la conditionnalité de toute connaissance, y compris celle produite par l’intelligence artificielle, et met en lumière le fait que le recours à l’IA pour l’éducation ne fait qu’effacer, en apparence, la faillibilité inhérente à l’humain.

Une interprétation en demi-teinte

Cependant, l’ensemble de ces éléments ne parvient pas toujours à atteindre l’intensité dramatique qu’ils mériteraient. Une certaine retenue semble émaner des acteurs, comme si une surcouche de conscience de soi bridait leur jeu. C’est le cas pour Rokhi Müller dans le rôle de Kali, Manja Kuhl en Vesna et Stefan Comte interprétant Nils. Ils semblent parfois manquer de familiarité avec le texte, suggérant un besoin de temps de répétition supplémentaire. Tanja Merlin Graf, incarnant Miko, se rapproche davantage de la profondeur de son personnage. Elle évolue dans des décors variés : d’abord un simple rideau rouge, servant de toile de fond à la discussion parentale, puis une forêt stylisée évoquant une double hélice, offrant un espace propice au monologue de la jeune fille, une création de Marlène Lockemann. Miriam Draxl signe la conception des costumes, apportant une touche légèrement futuriste.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.