Publié le 2025-10-24 18:00:00. La romancière et cinéaste Miranda July explore les affres de la quarantaine et la quête d’identité dans son nouveau roman, « À quatre pattes ». Une œuvre audacieuse et intime qui bouscule les conventions.
- Miranda July, connue pour son approche singulière de l’intimité et de la honte, signe un roman centré sur une femme en pleine crise existentielle.
- « À quatre pattes » se penche sur la périménopause, la redéfinition de la sexualité et la recherche de liberté à 45 ans.
- L’ouvrage est salué pour son honnêteté brute, son intelligence et son audace, mais suscite quelques débats sur la traduction et les conventions littéraires américaines.
Miranda July, artiste protéiforme dont l’œuvre navigue entre cinéma, littérature et performances, s’est toujours distinguée par son exploration sans fard des thèmes de l’intimité, de la honte et des identités de genre. Son film « Me and You and Everyone We Know » avait d’ailleurs marqué les esprits, s’imposant comme un classique du cinéma indépendant. Avec son nouveau roman, « À quatre pattes », elle pose un regard acéré sur le tournant de la vie à 45 ans, abordant spécifiquement la périménopause, période de profonds bouleversements physiques et psychologiques.
Le récit suit une narratrice artiste de 45 ans, établie à Los Angeles, mère d’un enfant non binaire de sept ans et épouse d’un homme. Alors qu’elle envisage un grand voyage transcontinental pour rejoindre des amis à New York, l’aventure prend une tournure inattendue. À peine une demi-heure après avoir quitté son domicile, elle croise la route d’un jeune homme, Davey, employé chez Hertz et aspirant danseur. Sous le charme, elle s’installe dans un motel avoisinant, coupant le contact avec sa famille pendant trois semaines. Une décoratrice d’intérieur est engagée pour transformer sa chambre de motel en un espace évoquant une suite luxueuse baroque, propice à l’expérimentation.
Ce cocon devient son « propre espace », un laboratoire où fantasmes et désirs se déploient sans entraves. La relation avec Davey, malgré l’attirance mutuelle et la carrière artistique de l’homme, reste centrée sur l’exploration des sentiments à travers la danse, la proximité et des transgressions intimes, plutôt que sur une relation sexuelle conventionnelle. Les répercussions de cette parenthèse sur sa vie quotidienne restent, quant à elles, du ressort de l’imagination du lecteur.
« À quatre pattes » est présenté comme un roman intensément érotique, capable de troubler même les lecteurs habitués aux récits de romance populaire. Miranda July, elle-même bisexuelle, aborde la sexualité avec une curiosité scientifique et un sens du timing comique, dépourvue de tout jugement moral. Le corps de la narratrice, ses fantasmes et ses limites sont explorés sans concession, l’excitation devenant le moteur d’une crise existentielle plutôt qu’un simple artifice narratif. Dans l’univers de July, le désir se mue en un outil de connaissance de soi, une méthode pour redécouvrir ce qui subsiste en soi une fois les routines familiales établies et le besoin de liberté ancré dans l’âme.
L’auteure propose une vision du genre, de la vie familiale et des valeurs américaines qui contraste fortement avec les idéaux promus par le conservatisme chrétien évangélique. « À quatre pattes » est qualifié de premier grand roman sur la périménopause, décrivant avec une honnêteté déconcertante comment le corps, le langage et l’imagination d’une femme se régénèrent. L’ouvrage est décrit comme audacieux, intelligent et inconfortablement familier.
La traduction de Vibeke Saugestad est globalement saluée, bien que l’emploi du pronom « iel » pour l’enfant non binaire soit jugé grammaticalement délicat en norvégien, suggérant que des alternatives telles que « poulet » auraient pu être plus adaptées. L’ajout d’une longue liste de remerciements, typique des auteurs américains, est également pointé du doigt comme superflu.
En somme, « À quatre pattes » est un livre d’une honnêteté désarmante, drôle, sans compromis et d’une physicalité saisissante. Il est recommandé non seulement aux femmes en périménopause, mais aussi aux hommes désireux de mieux comprendre cette étape de la vie féminine.