Donald Trump a relancé le débat sur la reprise des essais nucléaires américains, une décision qui intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues et de modernisations des arsenaux par d’autres puissances. Cette perspective suscite de vives inquiétudes parmi les experts et les organisations de contrôle des armements.
- Donald Trump a annoncé la possible reprise des essais nucléaires américains, affirmant vouloir une parité avec d’autres nations nucléaires.
- Cette initiative, motivée par des craintes de menaces nucléaires croissantes, se heurte à des obstacles techniques et financiers considérables.
- Les États-Unis n’ont pas procédé à des essais nucléaires depuis 1992, dans un contexte de traités internationaux visant à limiter ces activités.
La déclaration de l’ancien président américain, faite sur sa plateforme « Truth Social » à l’approche d’une rencontre avec le président chinois Xi Jinping, a pris le monde par surprise. M. Trump a suggéré que les États-Unis pourraient reprendre les essais pour se positionner « à égalité » avec d’autres pays, faisant implicitement référence à la Russie. Cette annonce s’appuierait, selon le Washington Post, sur des rumeurs internes à son administration suggérant que ces tests sont devenus nécessaires face aux menaces nucléaires émanant de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord, qui auraient modernisé leurs arsenaux ces dernières années.
Les essais nucléaires américains sont à l’arrêt depuis l’ère du président George W. Bush. De plus, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), adopté en 1996, visait à interdire toute explosion nucléaire expérimentale. Bien que Washington n’ait jamais ratifié ce traité, Moscou en a retiré sa signature en 2023. La dernière expérimentation nucléaire américaine a eu lieu en septembre 1992 sur le site de Nevada, au nord-ouest de Las Vegas, sous la supervision de l’Administration nationale de la sécurité nucléaire, rattachée au ministère de l’Énergie.
La reprise effective de ces essais se heurterait à des défis majeurs. Des anciens employés du site de Nevada soulignent la nécessité d’un financement colossal pour remettre en état des infrastructures vieillissantes et retrouver des compétences qui se sont érodées. L’équipement serait en partie couvert de rouille, et de nombreux personnels spécialisés auraient quitté l’agence. Des expériences modernes impliquent généralement la modélisation informatique et des tests « sous-critiques », qui s’arrêtent avant qu’une explosion ne se produise.
D’anciens responsables ont mis en garde contre les coûts prohibitifs. Paul Dickman, ancien responsable nucléaire fédéral, a décrit un site nécessitant des réparations importantes. Ernest Moniz, ex-secrétaire à l’Énergie sous Barack Obama, a estimé qu’une démonstration, si elle visait uniquement la communication, pourrait se faire en un an en démontant partiellement une arme existante. Cori Henderstein, ancienne directrice adjointe de la sécurité nucléaire, a avancé qu’une expérience « simple » pourrait coûter plus de 100 millions de dollars.
Il est important de rappeler que les États-Unis n’ont pas mené d’essais nucléaires atmosphériques depuis 1962, suite au Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires de 1963. Moscou a effectué son dernier essai en 1990, Pékin en 1996, tandis que la Corée du Nord est la seule nation à avoir procédé à des essais au 21ème siècle, le dernier datant de 2017. Daryl Kimball, directeur exécutif de l’Arms Control Association, a appelé à la clarté de la part du président américain, estimant que le dossier des armes nucléaires ne tolère « pas d’images et de déclarations confuses ».
Durant son premier mandat, des discussions sur la possibilité d’essais nucléaires avaient déjà eu lieu, alimentées par des allégations d’essais russes secrets. L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Robert O’Brien, avait même plaidé pour tester de nouvelles armes nucléaires afin de « vérifier leur fiabilité et leur sécurité ». Ces affirmations ont été récemment réitérées par le sénateur républicain Tom Cotton, malgré l’absence de preuves concluantes selon les experts en non-prolifération.
Certains chercheurs pensent que les déclarations de Trump visent à réagir aux rapports sur le développement par la Russie de missiles et de torpilles à propulsion nucléaire. Depuis l’arrêt des essais souterrains en 1992, les scientifiques se contentent d’expériences limitées dans des laboratoires de l’Administration de la sécurité nucléaire pour évaluer la dégradation des ogives au fil du temps, certaines ayant plus de 50 ans. Chaque année, les ministres de la Défense et de l’Énergie évaluent l’état de l’arsenal nucléaire. Selon Ernest Moniz, tous les rapports récents ont conclu qu’aucun essai n’était nécessaire.
Des anciens responsables estiment que la reprise d’essais par l’administration Trump ne procurerait pas d’avantage stratégique et pourrait même nuire à la supériorité historique des États-Unis dans ce domaine. Les experts soulignent que les États-Unis, auteurs du plus grand nombre d’essais depuis 1945 et disposant d’une vaste base de données, risquent d’inciter d’autres nations à développer leurs propres programmes nucléaires si de nouveaux tests étaient réalisés.