Publié le 7 février 2024 à 05h23. Face à une crise énergétique aiguë, Cuba a annoncé une série de mesures d’urgence, après que le président Miguel Díaz-Canel a dénoncé l’impact des sanctions américaines sur l’approvisionnement en pétrole de l’île.
- Cuba impose des restrictions sur les transports interprovinciaux, encourage le télétravail et réduit l’activité dans les entreprises publiques.
- La Foire internationale du livre de La Havane est reportée, et le système éducatif s’adapte avec des classes mixtes.
- Washington maintient la pression, tandis que La Havane évoque la nécessité de résister face à ce qu’elle qualifie de « blocus énergétique ».
Cuba se trouve confrontée à une grave crise énergétique, exacerbée par les sanctions imposées par les États-Unis qui entravent l’accès du pays aux approvisionnements en pétrole. Le président Miguel Díaz-Canel a publiquement reconnu l’impact des décrets de l’administration Trump, qui bloquent l’accès de l’île à cette ressource vitale. La situation rappelle la « période spéciale » des années 1990, une période de sévères pénuries économiques après la chute de l’Union soviétique.
Le gouvernement cubain a annoncé un ensemble de mesures qui entreront en vigueur lundi. Parmi celles-ci figurent la restriction de la vente de carburant aux particuliers, la réduction des liaisons ferroviaires et maritimes, la limitation des déplacements entre provinces et l’instauration d’une semaine de travail de quatre jours dans les entreprises d’État. Dans le secteur de l’éducation, les journées scolaires seront réorganisées en fonction des régions et le système des classes mixtes sera étendu aux universités et aux centres techniques. Les activités collectives et les événements culturels, comme la Foire internationale du livre de La Havane, sont reportés à une date ultérieure.
Vendredi, à La Havane, l’activité était contrastée. Les écoles, les banques, les boulangeries, les pharmacies et les services publics fonctionnaient globalement normalement, mais de longues files d’attente se formaient devant les stations-service, un spectacle devenu familier ces dernières années de crise économique. L’inquiétude est palpable dans les rues.
Le vice-Premier ministre Oscar Pérez-Oliva Fraga a précisé que ces mesures visent à donner la priorité aux services essentiels face à une pénurie qui risque de s’aggraver dans les semaines à venir. Cuba ne produit que 40 % du carburant qu’elle consomme et dépend fortement des importations pour assurer son fonctionnement.
La situation s’est tendue la semaine dernière après que Donald Trump a signé un décret menaçant d’imposer des droits de douane aux pays qui fournissent du carburant à Cuba, dans le but de faire pression pour un changement de politique. Cette mesure intervient après l’interruption des livraisons de pétrole du Venezuela, un fournisseur clé pendant deux décennies, suite à la crise politique dans ce pays.
Washington a averti que le Mexique et la Russie, parmi les rares pays qui continuent d’approvisionner Cuba, pourraient également être visés par des sanctions commerciales. Le président Trump a déclaré :
« Sans pétrole, Cuba s’effondrera. »
Donald Trump, ancien président des États-Unis
Face à cette situation, le président Díaz-Canel a appelé à la résistance.
« Encore un sacrifice ? Si nous ne résistons pas, qu’allons-nous faire ? »
Miguel Díaz-Canel, président de Cuba
Il a également promis de nouvelles mesures d’austérité et des plans d’urgence.
Les experts avertissent que si de nouvelles expéditions de pétrole ne sont pas livrées, l’île pourrait être confrontée à une crise grave dès le mois de mars. Cuba n’a reçu qu’un seul pétrolier en provenance du Mexique depuis le début de l’année, transportant environ 86 000 barils, ce qui est loin des 110 000 barils par jour nécessaires pour alimenter son système énergétique.