Publié le 2025-10-04 18:29:00. Une ancienne championne de badminton indienne a consacré sa vie à retrouver son mari, disparu lors de la guerre indo-pakistanaise de 1971. Après des années de recherches infructueuses, un témoignage inattendu en 1989 a ravivé un mince espoir, transformant son combat personnel en symbole pour de nombreuses familles.
- Damayanti Savard, triple championne nationale de badminton, a mis fin à sa carrière au faîte de sa gloire pour se consacrer à la recherche de son époux, Vijay, disparu en 1971.
- Elle s’est employée, pendant des décennies, à mobiliser les autorités indiennes et pakistanaises, participant à la création d’associations de familles de disparus.
- Une rencontre clandestine en 1989 a brièvement ravivé l’espoir de retrouver Vijay, dont le sort reste incertain, faisant de leur histoire un emblème des prisonniers de guerre non répertoriés.
Issue d’une famille de sportifs de haut niveau – son cousin germain n’étant autre que l’ancien capitaine de cricket indien Rahul Dravid – Damayanti Savard était une étoile montante du badminton. Elle a remporté trois titres nationaux avant de prendre sa retraite en 1971, à l’âge de 27 ans, peu après son dernier tournoi à Hyderabad, ville natale de son mari. Cette décision radicale fut motivée par la nécessité de se consacrer entièrement à la quête de son époux, Vijay, disparu lors de la guerre.
Sans autre ressource pour subvenir à ses besoins, Damayanti a accepté un poste de responsable des sports à l’Université Jawaharlal Nehru (JNU) en novembre 1972, le lendemain même de la réception du prix Arjuna, une distinction honorifique pour performances sportives exceptionnelles. Bien qu’elle ait participé à un ultime tournoi en 1974, sa vie s’est désormais orientée vers l’entraînement et la gestion, son esprit étant miné par la disparition de Vijay. « Il faut un esprit fort pour donner le meilleur de soi-même », confiait-elle, son propre esprit étant en proie à la tourmente.
Tout au long des années 1970, Damayanti a multiplié les démarches auprès des responsables politiques et militaires pour obtenir des nouvelles de son mari. Son choix de travailler à la JNU, située à New Delhi, n’était pas anodin : il lui permettait d’être au plus près du pouvoir politique. Au fil des ans, l’espoir de revoir Vijay s’est estompé.
Lorsque le Pakistan a diffusé des images des prisonniers capturés durant la guerre, Damayanti a scruté chaque image, sans succès. Les témoignages d’anciens prisonniers de guerre faisaient état d’un captif du nom de Tambay, mais ces récits restaient invérifiables. En 1972, le magazine Time publiait un article sur le major Ak Ghosh, un officier indien déclaré mort mais détenu au Pakistan. En 1979, un livre d’un journaliste de la BBC révélait que quarante prisonniers de guerre indiens étaient toujours détenus dans des geôles pakistanaises, une information corroborée par le gouvernement indien. Suite à cette révélation, l’association disparue du personnel (MPRA) fut créée par des familles de militaires disparus, dont Damayanti, persuadées que leurs proches faisaient partie de ces quarante prisonniers.
La principale critique formulée par Damayanti s’adressait au gouvernement indien, accusé de manquer de diligence et de prévenance. En 1983, dans un geste visant à apaiser les tensions, le Pakistan autorisa la MPRA à visiter ses prisons en échange d’une réciprocité pour les officiels pakistanais. Cependant, la veille de la rencontre prévue, un rapport indiqua que le gouvernement indien s’était rétracté, conduisant le Pakistan à annuler la visite de la délégation sans qu’aucun prisonnier de guerre indien n’ait pu être rencontré.
Un tournant survint en 1989 lorsque Jayant Jathar, oncle de Vijay et alors directeur de l’équipe indienne de cricket des moins de 19 ans, se rendit au Pakistan. Il y rencontra le général Tikka Khan, tristement célèbre pour sa brutalité pendant la guerre de libération du Bangladesh, et le supplia de lui permettre de voir son neveu. À la surprise générale, Khan accepta. Jathar fut conduit à une prison de Faisalabad et introduit devant une cellule. À l’intérieur, un homme barbu, vêtu d’une kurta blanche, lisait un journal. Jathar le reconnut immédiatement.
La rencontre fut brève ; Jathar fut rapidement éloigné avant que lui ou Vijay n’aient pu échanger le moindre mot. Il garda cette entrevue secrète, n’en parlant qu’à Damayanti et à sa famille, ravivant ainsi leur espoir. Il ne rendit l’affaire publique qu’en 2002, après la mort de Tikka Khan. Dès lors, le cas de Vijay et Damayanti devint un symbole pour tous les militaires indiens dont le sort restait inconnu.
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