Publié le 2025-10-12 16:32:00. Un navire de commerce chinois a récemment achevé une traversée d’essai le long de la côte nord de la Russie, empruntant la Route Maritime du Nord pour rejoindre l’Europe. Cette initiative, rendue possible par la fonte des glaces due au changement climatique, vise à établir une ligne régulière de transport maritime et soulève des questions tant économiques qu’environnementales.
Le porte-conteneurs « Istanbul Bridge » a quitté le 24 septembre le port chinois de Ningbo-Zhoushan pour un périple de 18 jours à travers l’Arctique, avant d’atteindre le port britannique de Felixstowe ce week-end. L’objectif de cette opération, qui a nécessité l’assistance de brise-glaces, est de tester la viabilité d’une ligne maritime régulière reliant l’Asie et l’Europe, avec des escales prévues notamment à Rotterdam, Hambourg et Gdańsk.
Cette tentative chinoise s’inscrit dans une dynamique plus large de réorganisation des routes commerciales mondiales, accélérée par le réchauffement climatique. Selon Malte Humpert, chercheur principal à l’Arctic Institute, « l’Arctique s’ouvre » : il y a vingt ans, la région était gelée, mais sa fonte actuelle suscite un intérêt croissant pour le transport maritime.
« Il s’agit de la première grande région au monde où le changement climatique modifie rapidement et activement la dynamique géopolitique en raison des ressources, de l’accès aux voies maritimes et du fait qu’une nouvelle région a soudainement émergé. »
Malte Humpert, chercheur principal et fondateur de l’Arctic Institute
Si la Route Maritime du Nord offre un trajet potentiellement 40 % plus court que celui empruntant le canal de Suez, les experts appellent à la prudence. Peter Sand, analyste chez Xeneta, rappelle que cette idée de route arctique est discutée depuis des décennies et que la Chine tente de la concrétiser. Contrairement aux voyages ponctuels précédents, cette initiative vise à établir un service régulier, avec des horaires prédéfinis, similaire aux lignes de conteneurs classiques.
Pour l’instant, le volume de trafic via l’Arctique reste marginal, ne représentant qu’une infime partie du commerce entre l’Extrême-Orient et l’Europe du Nord. Les experts soulignent que cette route ne deviendra compétitive que si la demande est forte et si la réduction du temps de transit compense des tarifs de fret plus élevés. Il est probable que cette route connaisse un essor saisonnier dans la prochaine décennie, complétant les routes existantes plutôt que de les remplacer immédiatement.
Le changement climatique, bien que rendant ces traversées possibles plus rapidement que prévu – certains prévoyaient une telle activité vers 2040-2050 – soulève également des préoccupations environnementales majeures. L’Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète, augmentant les risques en cas d’incident.
« Cependant, cette opportunité comporte également de grands risques. L’Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète. Moins de glace peut faciliter le transport, mais cela augmente également les dégâts en cas de problème. »
Andrew Dumbril, conseiller de la Clean Arctic Alliance
Les risques de pollution sont accrus, notamment en cas de marée noire. L’utilisation de fioul lourd, bien que techniquement interdite à partir de juillet 2024 par l’Organisation Maritime Internationale (OMI), reste une préoccupation en raison des exceptions réglementaires. Ce type de carburant est particulièrement destructeur dans les écosystèmes arctiques et difficile à nettoyer. Le navire utilisé, l' »Istanbul Bridge », n’est pas renforcé pour la navigation sur glace, ce qui accroît la vulnérabilité.
Au-delà du transport de conteneurs, cette route pourrait, à terme, intéresser le secteur automobile, notamment pour le transport de véhicules électriques, sans escales intermédiaires.