Valence : Des dizaines de milliers de personnes dans la rue pour dénoncer la gestion d’une catastrophe meurtrière
Un an après les inondations dévastatrices qui ont coûté la vie à 229 personnes, la ville de Valence a vibré samedi au rythme d’une colère palpable. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues pour commémorer la tragédie et exprimer leur indignation face à ce qu’ils perçoivent comme une gestion chaotique de la catastrophe, réclamant la démission du leader régional Carlos Mazón.
Les manifestants, brandissant des photos des victimes, ont pointé du doigt la lenteur de la réponse apportée par l’administration de Carlos Mazón, critiquant vivement l’absence d’alertes SMS avant que les eaux n’envahissent certaines localités le 29 octobre 2024. Ces messages n’auraient été envoyés que plus de douze heures après que l’agence météorologique nationale ait déclenché son niveau d’alerte maximal pour pluies torrentielles. Au moment de la réception de ces alertes, les habitants décrivaient déjà des rues submergées par des eaux boueuses, des voitures noyées et des maisons envahies.
« Les gens sont toujours très en colère », a confié Rosa Cerros, une fonctionnaire de 42 ans, accompagnée de son mari et de leurs deux jeunes filles. « Pourquoi les gens n’ont-ils pas été évacués ? C’est incompréhensible. »
La catastrophe a touché 78 municipalités, particulièrement dans la banlieue sud de Valence, causant 229 décès dans la région. Le corps d’une dernière victime n’a été retrouvé que la semaine dernière. Les critiques s’accumulent également sur le comportement du président régional le jour des faits. Malgré les signes avant-coureurs, Carlos Mazón aurait maintenu un déjeuner prolongé avec un journaliste et aurait été photographié recevant une certification de tourisme durable, des éléments relayés par son équipe sur les réseaux sociaux.
Une pression croissante pour la démission
« Mazón n’était pas là où il aurait dû être ce jour-là, il n’était pas à la hauteur », a affirmé Gonzalo Bosch, un comptable de 38 ans originaire de Paiporta, l’une des communes les plus durement touchées. Selon le bureau du gouvernement central à Valence, plus de 50 000 personnes ont participé à la manifestation. Les pancartes brandies par les manifestants appelaient clairement à la démission du président régional, certains allant jusqu’à réclamer sa mise en détention.
Dans le cadre du système décentralisé espagnol, la gestion des catastrophes relève de la compétence des administrations régionales. Carlos Mazón, membre du Parti Populaire (PP) conservateur, s’est défendu en arguant que son administration n’avait pas reçu les informations nécessaires pour anticiper l’alerte de la population. Cependant, un sondage publié début novembre par le journal El País révélait que 71% des Valenciens souhaitaient sa démission.
La vulnérabilité de certaines populations a également été mise en avant. Près de la moitié des victimes des inondations étaient âgées de 70 ans ou plus, soulevant des accusations de manque de protection envers les plus fragiles.
« Tous ces décès étaient totalement évitables »
Rosa Alvarez, à la tête d’une association représentant les victimes et figure de proue de la marche, impute la mort de son père, âgé de 80 ans, à l’inaction des autorités régionales. Elle raconte que le corps de son père a été retrouvé alors qu’il était déjà en train de se noyer, les murs de sa maison à Catarroja ayant cédé sous la force des eaux. « Chaque minute comptait ce jour-là. Lorsque l’alarme a retenti, les gens étaient déjà noyés ou en réel danger », a déclaré à l’AFP cette assistante sociale de 51 ans. « Tous ces décès étaient totalement évitables. »
Les militants organisent des manifestations régulières pour maintenir la pression sur Carlos Mazón, notamment lors des anniversaires mensuels de la catastrophe. Malgré son impopularité croissante, le leader national du PP, Alberto Núñez Feijóo, maintient son soutien à Carlos Mazón. La démission de ce dernier entraînerait des élections anticipées en Valence, un scénario potentiellement « catastrophique » pour le PP et pour la direction de Feijóo, selon Anton Losada, analyste politique. Le parti espère qu’un effort de reconstruction réussi pourra aider à restaurer sa crédibilité dans la région.