Publié le 2025-10-12 15:12:00. Une équipe internationale de chercheurs pourrait avoir percé le mystère ancestral du déplacement des colossales statues Moai sur l’île de Pâques. Leur nouvelle théorie, appuyée par des simulations et des expériences physiques, suggère une méthode de transport jusqu’alors sous-estimée.
L’île de Pâques, territoire chilien isolé dans le Pacifique sud et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est célèbre pour ses plus de 1000 statues Moai. Ces monolithes, érigés par le peuple indigène Rapa Nui entre le XIIIe et le XVIe siècle, pèsent en moyenne entre 10 et 14 tonnes, pour près de quatre mètres de hauteur. Le déplacement de ces figures imposantes, destinées à honorer les ancêtres, a toujours constitué un casse-tête pour les archéologues et les historiens.
Les hypothèses précédentes, évoquant un transport à plat des statues, ont été largement écartées en raison de la masse considérable des plus grands spécimens, certains atteignant environ 80 tonnes, ce qui aurait exigé une main-d’œuvre démesurée.
Une nouvelle piste, explorée par des chercheurs des universités de Binghamton et d’Arizona, propose que les Moai auraient été déplacés debout, grâce à un système de cordes et à un mouvement de balancement coordonné. Ce principe de « marche » aurait permis de les transporter sur des chemins spécialement aménagés.
Pour valider cette théorie, les scientifiques ont eu recours à la modélisation 3D d’une statue, puis à la construction d’une réplique de 4,35 tonnes. Les résultats expérimentaux se sont révélés probants : cette maquette a pu parcourir 100 mètres en seulement 40 minutes, propulsée par une équipe de 40 personnes.
« Une fois que le mouvement est initié, ce n’est pas si difficile. Les gens tirent avec un seul bras, ce qui économise l’énergie et permet un déplacement rapide », explique Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton. Selon lui, les larges bases en forme de D des Moai faciliteraient ce mouvement oscillatoire.
« Ce que nous avons vu expérimentalement fonctionne. Et plus la statue est grande, plus cela fonctionne. Tous les attributs que nous observons concernant le mouvement des géants deviennent de plus en plus cohérents à mesure qu’ils grandissent, car cela devient le seul moyen de les déplacer. En fait, nous les voyons se chevaucher et avec de nombreuses versions parallèles. Ils ouvrent probablement un chemin, le déplacent, en ouvrent un autre, le dégagent davantage et le déplacent correctement dans certaines séquences. Ils passent donc beaucoup de temps sur cette partie du chemin. »
Carl Lipo, professeur d’anthropologie à l’Université de Binghamton
Cette démonstration confirme la faisabilité de cette méthode de transport novatrice, apportant un éclairage nouveau sur l’ingéniosité des Rapa Nui pour ériger ces monuments emblématiques.