Publié le 15 octobre 2025. Le tribunal régional d’Innsbruck a condamné le promoteur immobilier René Benko à deux ans de prison pour « Krida frauduleux », une infraction similaire à la faillite frauduleuse. Le parquet économique et de la corruption (WKStA) autrichien s’attend à ce que l’affaire Signa, l’une des plus importantes faillites européennes, prenne encore vingt ans à être entièrement résolue.
- René Benko a été reconnu coupable d’avoir dissimulé des fonds à ses créanciers avant sa faillite personnelle, notamment via un transfert de 300 000 euros à sa mère.
- Il a cependant été acquitté d’une autre accusation concernant un paiement anticipé de loyer pour une villa à Innsbruck.
- L’enquête complexe sur l’effondrement du groupe Signa se divise en plusieurs volets et pourrait s’étaler sur deux décennies, selon la défense.
Le tribunal d’Innsbruck a jugé que René Benko, 48 ans, avait sciemment réduit le patrimoine disponible pour ses créanciers en transférant près de 300 000 euros à sa mère peu avant sa faillite personnelle, laquelle était alors prévisible. Cette somme, envoyée en novembre 2023, quelques mois avant la déclaration de faillite du groupe Signa, a été qualifiée de « Krida frauduleux ». Cette infraction, qui se rapproche de la faillite frauduleuse en droit suisse, est passible en Autriche d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
Malgré les arguments de la défense arguant que sa mère cherchait à le soutenir dans une période difficile afin qu’il conserve son « potentiel créatif », la juge a estimé que le transfert était sans justification légale. Elle a souligné que René Benko avait reçu un don de sa mère avant de le lui restituer ultérieurement sans motif valable. L’entrepreneur n’a fait aucune déclaration durant cette journée de procès, se contentant d’accepter le verdict par l’intermédiaire de son avocat.
L’affaire Signa, l’une des faillites les plus retentissantes d’Europe, fait l’objet d’enquêtes non seulement en Autriche, mais aussi en Allemagne et en Italie. Le parquet autrichien a choisi de scinder le dossier complexe en plusieurs procédures distinctes pour accélérer le processus. L’instance d’Innsbruck n’est qu’un premier succès partiel pour le WKStA. Les enquêteurs autrichiens mènent actuellement 14 pistes d’investigation distinctes.
Par ailleurs, René Benko a été acquitté d’une accusation relative à un paiement anticipé de loyer. Fin octobre 2023, il avait versé 360 000 euros pour une villa à Innsbruck, un contrat de location de cinq ans. Le procureur soutenait qu’il ne pouvait pas occuper le logement à l’époque en raison de dégâts des eaux et d’un glissement de terrain, et que ce paiement visait à dissimuler des fonds. Le tribunal a cependant estimé que des travaux de rénovation étaient en cours et que la famille prévoyait de s’y installer en février 2025, impliquant une réelle intention d’occupation et des droits de jouissance en contrepartie du paiement anticipé. Le délit de « Krida frauduleux » n’était donc pas constitué.
Le jugement du tribunal régional d’Innsbruck n’étant pas définitif, René Benko, qui reste pour l’heure en détention, devrait faire appel, selon son avocat Norbert Wess. Une deuxième inculpation, impliquant cette fois son épouse, est également en attente, mais la date du prochain procès reste inconnue.
L’affaire d’Innsbruck pourrait éclairer la suite des procédures, notamment sur le rôle exact de René Benko au sein du réseau d’entreprises et de fondations privées de Signa. Bien qu’officiellement non opérationnel depuis 2013, les enquêteurs et d’anciens investisseurs le dépeignent comme le véritable décideur. Des témoignages, courriels et messages échangés entre Benko, sa sœur et sa mère semblent corroborer cette thèse, attestant de son implication dans la gestion des transactions financières.