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Devrions-nous ramener les morts à la vie?

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Publié le 1er octobre 2025. La technologie de réalité virtuelle pourrait-elle révolutionner la façon dont nous faisons notre deuil ? Alors que des simulations de proches décédés deviennent de plus en plus réalistes, les chercheurs explorent leur potentiel thérapeutique, tout en alertant sur les risques d’une dépendance émotionnelle accrue.

  • L’avènement de répliques virtuelles de défunts, inspiré par la science-fiction, suscite un débat sur son efficacité et sa sécurité dans le cadre du deuil.
  • La réalité virtuelle offre une illusion de présence puissante, comparable à celle des jeux vidéo, qui pourrait aider à surmonter des traumatismes psychologiques, mais soulève des questions éthiques.
  • Des chercheurs alertent sur le risque que ces avatars ne deviennent des substituts dangereux, exacerbant la douleur plutôt que de la soulager, si mal utilisés.

L’épisode «Be Right Back» de la série Black Mirror, diffusé en 2013, imaginé une femme en deuil commandant une réplique robotique de son défunt mari. Dix ans plus tard, la science-fiction semble rattraper la réalité. Les « griefbots » (robots de deuil) et les avatars de type deepfake permettent déjà d’interagir avec des simulations de personnes disparues. Aujourd’hui, les chercheurs explorent une approche encore plus immersive : la réalité virtuelle, capable de recréer l’apparence physique et les manières des défunts.

Contrairement aux technologies actuelles, la réalité virtuelle crée une forte illusion de présence. « Si nous jouons à un jeu en VR et que je vous lance soudainement une balle, vous allez essayer d’éviter le ballon même si vous savez que ce n’est pas réel », explique Silvia Pizzoli, chercheuse spécialisée dans le deuil et la réalité virtuelle à l’Université Pegaso en Italie. Cette immersion, si elle peut être bénéfique, présente également des risques.

La réalité virtuelle a déjà fait ses preuves dans le traitement de troubles psychologiques tels que le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et l’anxiété, en exposant les patients à des situations redoutées dans un environnement contrôlé. Certains chercheurs envisagent désormais son application pour le trouble du deuil prolongé, une affection où le chagrin entrave gravement le fonctionnement quotidien pendant plus d’un an. Une des thérapies actuelles consiste en la « technique de la chaise vide », où le patient s’entretient avec le défunt imaginaire, assis dans une chaise vide.

Cependant, la mise en œuvre de cette technique peut s’avérer difficile pour les personnes souffrant de deuil prolongé, qui éprouvent souvent une forte réticence à évoquer le défunt, selon Francesco Fanti Rovetta, co-auteur d’une récente étude sur le sujet. Son article suggère que la réalité virtuelle pourrait faciliter ces thérapies en contournant cette résistance, diminuant ainsi le besoin d’imagination du patient. Néanmoins, Rovetta et ses collègues soulignent l’importance d’une utilisation prudente et strictement supervisée en milieu clinique. Le risque est grand qu’une personne en proie à un chagrin intense ne développe une dépendance à un avatar réaliste, s’illusionnant sur la présence de son être cher.

« Dans quelle mesure les étrangers devraient-ils vraiment interférer avec le processus de deuil ? »

Rovetta compare cette situation aux liens que les enfants tissent avec leurs amis imaginaires. « Tant que l’enfant sait que le compagnon imaginaire est imaginaire, c’est généralement adaptatif », explique-t-il. « Lorsque l’enfant commence à croire que le compagnon imaginaire est réellement réel, alors cela peut se transformer en un comportement inadapté. »

De même, il est crucial que la personne endeuillée reste consciente qu’elle interagit avec une simulation. L’illusion de présence peut rendre cette distinction difficile, menant potentiellement à une « attitude ambiguë » face à la mort. La personne est alors consciente du décès d’un point de vue cognitif, tout en ressentant une pulsion écrasante de le nier.

« L’un des principaux risques que je vois est que l’utilisation potentielle cible des individus qui souffrent déjà de douleurs psychologiques et existentielles graves », alerte Pizzoli. Elle prévoit d’étudier si la thérapie par RV pourrait aggraver la souffrance de cette population vulnérable. « Si nous donnons à ces personnes la possibilité de se revoir [avec] leur proche », explique-t-elle, « peut-être que nous perturbons le processus naturel et douloureux du deuil. »

C’est la question fondamentale : jusqu’où devons-nous intervenir dans le processus de deuil ? Chaque individu vit son chagrin différemment, et certains experts considèrent le deuil prolongé non pas comme un trouble, mais comme une forme normale et inévitable de souffrance humaine.

L’épisode de Black Mirror mettait en garde contre ces dangers : à la fin, Martha, dérangée par les incohérences entre la réplique robotique et le mari dont elle se souvient, ordonne à sa copie de sauter d’une falaise. Elle réalise alors que le garder auprès d’elle ne ferait qu’accentuer le vide laissé par son époux, sans jamais le combler.

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Image d’illustration : Alena Ivochkina / Shutterstock

Par Zoe Cunniffe

Zoe Cunniffe est une écrivaine spécialisée dans la santé, s’intéressant aux maladies chroniques et à l’anthropologie médicale. Son travail a déjà été publié dans la collection d’Ethics Press « Folie institutionnalisée : l’interaction des institutions de la psychiatrie et de la société ». Elle écrit également une newsletter, « Tunnels de réalité ».

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