Sorti en 1981, le film Enter the Ninja de Menahem Golan a marqué le déclenchement d’une véritable obsession pour les guerriers de l’ombre aux États-Unis, s’imposant comme l’un des films B les plus emblématiques et divertissants du studio Cannon Films.
L’intrigue suit Cole, interprété par Franco Nero, qui se rend à Manille pour rendre visite à un ami. Le séjour tourne au drame lorsque ce dernier est assassiné, poussant Cole à mener une guerre solitaire contre un magnat des affaires véreux, Charles Venarius, joué par l’acteur Christopher George.
Derrière l’écran, la production a été marquée par un changement de casting notable. Mike Stone, sensation des arts martiaux originaire de Maui, devait initialement incarner le rôle principal de Cole. Cependant, Menahem Golan, privilégiant le prestige d’une véritable star pour porter le film, a choisi Franco Nero. Stone a néanmoins été conservé au sein de l’équipe en tant que chorégraphe des combats et doublure ninja.
Ce choix artistique divise les critiques. Si Franco Nero apporte une certaine gravité et un accent élégant au personnage, sa crédibilité en tant que ninja est jugée insuffisante, rendant les interventions de sa doublure, Mike Stone, particulièrement évidentes. De plus, le choix de doubler la voix grave de l’acteur par un ton artificiellement enjoué est décrit comme ridicule.
À l’inverse, Sho Kosugi, qui incarne le ninja rival Hasegawa, s’impose comme la véritable révélation du film. Doté d’une présence intimidante et d’un regard intense, Kosugi a depuis prolongé sa carrière dans divers thrillers d’arts martiaux, ainsi que dans des œuvres comme Aloha Summer (1988) ou Blind Fury (1990).
L’influence d’Enter the Ninja sur la culture populaire est significative. Le documentaire de 2014, Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films, ainsi que certains manuels de cinéma, lui attribuent le lancement de la « folie ninja » dans les cinémas et les vidéoclubs américains. Toutefois, d’autres facteurs ont pu contribuer à ce phénomène, notamment le succès du roman The Ninja d’Eric Van Lustbader paru en 1980, la mini-série Shōgun (1980) et l’intérêt croissant des États-Unis pour les arts martiaux.
Le film, co-produit par Yoram Globus et Menahem Golan, est aujourd’hui perçu comme une œuvre volontairement décalée. Malgré des dialogues risibles, une intrigue conventionnelle et des sous-intrigues romantiques maladroites, le long-métrage séduit par son aspect purement divertissant, notamment grâce à des séquences mémorables de ninjas plongeant en ralenti d’une cascade.
Cette production a ouvert la voie à d’autres succès de Cannon Films, tels que la franchise Missing in Action (1984-1988), la série télévisée The Master (1984) ou encore les films Revenge of the Ninja (1983) et Ninja III: The Domination (1984), tous mettant en scène Sho Kosugi.
Loin d’être un chef-d’œuvre artistique, Enter the Ninja demeure un exemple typique du cinéma de genre des années 1980, où l’absurde côtoie l’action. L’une des répliques les plus emblématiques résume à elle seule l’esprit du film :
« Mon ami, un ninja ne tue pas. Il élimine, et uniquement à des fins défensives. »
Cole, personnage interprété par Franco Nero