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Emma Stone Is an Evil CEO for Yorgos Lanthimos

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Bugonia, le nouveau film de Yorgos Lanthimos, sort en salles le 24 octobre avant une exploitation plus large le 31. Présenté lors de la Mostra de Venise 2025, ce thriller psychologique claustrophobe, inspiré du cinéma coréen, oscille entre comédie noire et dystopie alarmiste.

Imaginez un « Funny Games » version éco-guerriers ? Le nouveau Yorgos Lanthimos, Bugonia, nous plonge dans un huis clos angoissant, où la folie conspirationniste côtoie une critique acerbe de notre société contemporaine. Le réalisateur grec, connu pour son regard décalé et sa dissection clinique des travers humains, livre ici une œuvre qui confirme sa patte singulière, tout en explorant de nouvelles pistes satiriques.

Le scénario, signé Will Tracy (scénariste de Succession et The Menu), se démarque des collaborations précédentes de Lanthimos avec Efthimis Filippou ou Tony McNamara. Exit la cruauté feutrée ou la repartie fleurie ; Bugonia adopte un ton plus direct, ancré dans une satire « kill the rich » caractéristique de Tracy, mais subtilement interrogée par Lanthimos quant à la performativité de ces croisades anti-capitalistes.

Au centre de cette intrigue : Teddy (Jesse Plemons), un apiculteur paranoïaque, potentiellement schizophrène ou prophète lucide, convaincu qu’une dirigeante d’une grande entreprise pharmaceutique est un alien venu anéantir la planète. Il entraîne alors son cousin (Aidan Delbis) dans un plan audacieux visant à kidnapper la PDG en question, Michelle Fuller (Emma Stone).

Lanthimos, maître du détachement pervers, nous offre ici une mise en scène sobre, dénuée de ses célèbres objectifs grand-angle, mais tout aussi implacable. Après l’optimisme teinté d’espoir de Pauvres Créatures, qui révélait une facette plus tendre du cinéaste, Les Trois Moitiés de Loup nous avait ramenés à sa vision sombre de l’humanité. Bugonia se situe dans une zone intermédiaire, naviguant entre la froideur calculée de La Mise à Mort du Cerf Sacré et le pessimisme existentiel de The Lobster, tout en conservant une forme d’espoir prudent quant à notre capacité à inverser le cours des choses.

Le film est à la fois une fable absurde et jouissive, se dirigeant vers une conclusion d’une futilité existentielle proche de Burn After Reading, et un message urgent pour notre époque. Il nous met en garde : il est peut-être déjà trop tard pour infléchir le cours désastreux de notre monde. Lanthimos échappe ici aux critiques d’un style devenu trop prévisible ; Bugonia ne lésine ni sur les entrailles à l’écran ni sur une scène de torture orchestrée, comble de l’ironie, sur un tube de Green Day, « Basket Case ».

Dixième long-métrage du réalisateur, Bugonia aurait pu gagner en concision. Un format d’1h30 aurait peut-être évité un surlignage parfois excessif des thèmes abordés, sans pour autant nuire à son impact. Le film est profondément absurde ou profondément sérieux. Et, le plus souvent, les deux à la fois.

Dans une démarche inattendue, Lanthimos signe ici un remake quasi-fidèle de Save the Green Planet! (2003) du Sud-Coréen Jang Joon-hwan, tout en y apportant quelques modifications significatives. L’absurdité existentielle et le ton décalé de Bugonia rapprochent Lanthimos de Ruben Östlund, autre maître de la comédie du futile, dont l’influence semble d’ailleurs croître.

Teddy, notre anti-héros, vit dans un taudis paranoïaque, les fenêtres tapissées de papier aluminium, où l’on imagine les insectes grouiller. Ouvrier dans une usine pharmaceutique, il cultive des ruches dans son jardin, obsédé par le syndrome d’effondrement des colonies qui menace non seulement ses abeilles, mais le monde entier. Son refuge est-il le centre de contrôle d’une utopie espérée ou le bunker crasseux d’un théoricien du complot ? À chacun de décider.

Au sommet de la pyramide d’Auxolith, l’entreprise incriminée, trône Michelle Fuller. Elle affiche une fausse bonhomie et des gestes de prévenance calculés envers ses employés, tels que les encourager à partir à 17h30, une posture de façade qui ne trompe personne. Ces marques de fausse gratitude, empreintes de cynisme, sont monnaie courante dans le monde de l’entreprise.

Quiconque a connu les rouages du monde corporatiste reconnaîtra le vide sonore de son discours. Michelle Fuller peut bien prôner une image socialement responsable, elle n’hésite pas à ingérer des pilules suspectes et à chanter à tue-tête dans son SUV rutilant, tout en dormant sur ses deux oreilles malgré les ravages causés par un médicament expérimental contre le sevrage d’opioïdes.

Teddy est l’une de ces victimes : sa mère (Alicia Silverstone) est dans le coma suite à un essai clinique raté. Le choix de Michelle Fuller comme cible de son plan machiavélique est donc logique. Sous stéroïdes, Teddy et son cousin Don, clairement manipulé, s’introduisent chez elle, la droguent et l’enlèvent pour la ramener dans le repaire désordonné de Teddy. La scène d’invasion, mise en scène et filmée par Lanthimos et le directeur de la photographie Robbie Ryan, évoque une séquence de Jacques Tati : une distance amusée, ironique, qui observe le chaos humain sans intervenir. Paradoxalement, cette non-intervention de Lanthimos est sa propre forme d’intervention, le « faire par le non-faire ».

Mais Bugonia va rapidement nous plonger dans un bain de sang et d’horreurs corporelles. Emma Stone, qui s’est rasé le crâne pour le rôle, fait preuve d’un dévouement remarquable. Pendant sa captivité, elle finit par jouer le jeu, acceptant l’idée d’être une extraterrestre venue sur Terre pour semer le chaos, dans l’espoir de se libérer et de convaincre Teddy de relâcher son emprise. Est-il fou ou sur la bonne voie ? Le film excelle à brouiller les pistes et à nous faire changer d’allégeance.

Fascinant contraste avec Les Trois Moitiés de Loup, tourné dans une forme d’échappatoire créative, Bugonia, malgré son échelle réduite, déploie une ambition visuelle impressionnante. Filmé en Super 35 et VistaVision, il dégage la puissance d’une production à gros budget, traitant un sujet clos et apparemment simple avec une grandeur inattendue.

Emma Stone est, comme à son habitude, remarquable. Son Michelle Fuller est plus proche de son personnage de « flip-anthropiste » en spirale dans la série The Curse que de la féministe incisive de Pauvres Créatures. Le scepticisme de Lanthimos quant à la capacité d’évolution de l’humanité, bien que familier, résonne avec pertinence dans notre ère politique morose. Certaines satires font mouche, tandis que d’autres effleurent, mais Bugonia interroge constamment les idéologies, quelles qu’elles soient. Teddy confesse avoir exploré le mouvement alt-right, l’« alt-lite », le marxisme, sans jamais trouver de discours qui corresponde à son état mental déclinant. Une réplique glaçante qualifiant l’éducation universitaire de « système de crédentialisation pour blanchir les privilèges » laisse songeur quant à sa véracité.

Jesse Plemons, dans un rôle à mille lieues de son personnage de cadre effacé dans Les Trois Moitiés de Loup, livre une performance époustouflante. Aminci, plus décharné et frénétique que jamais, il incarne avec brio un conspirationniste borderline, aux tendances sadiques. Il faut aussi noter la présence de Stavros Halkias, dans un rôle à la Paul Walter Hauser, incarnant le vieil ami d’enfance de Teddy devenu policier municipal. La routine veut que lorsqu’un policier se rend à une résidence pour un contrôle de bien-être et qu’une prise d’otages est en cours au sous-sol, la fin soit prévisible. Mais ici, rien n’est simple.

L’urgence du propos de Bugonia est criante. Dans un monde post-2020, les justiciers solitaires s’attaquant aux puissants sont devenus les héros populaires qui dominent les titres de la presse et animent les guerres en ligne. Le film ne porte cependant pas un message d’espoir simpliste. Au contraire, il exprime une profonde méfiance envers la capacité de l’humanité à dépasser ses échecs, suggérant que même s’il n’est pas trop tard pour changer les choses, nous ne le ferons probablement pas.

Note : B

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