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Empêcher Francesca Orsini d’entrer en Inde est une insulte au concept même et à la culture du savoir

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Publié le 2025-10-21 10:53:00. Le refus d’entrée en Inde d’une éminente spécialiste de l’hindi, Francesca Orsini, soulève de vives inquiétudes quant à la liberté académique et à l’ouverture de l’Inde au savoir mondial. Cet incident, qualifié d’« effrayant » par l’auteur, intervient dans un contexte de contrôle accru des universités et d’une politique visant à maîtriser le discours sur le pays.

Francesca Orsini, professeure émérite à la SOAS (School of Oriental and African Studies) de l’Université de Londres et mondialement reconnue pour ses travaux sur la langue et la littérature hindi, s’est vue refuser l’entrée sur le territoire indien le lendemain de la fête de Diwali. Cette décision, prise malgré la possession d’un visa valide, s’inscrit dans une tendance préoccupante : plusieurs universitaires étrangers se voient refuser l’accès à l’Inde ces derniers temps.

La question qui taraude est celle de la menace perçue par les autorités indiennes face à l’arrivée d’Orsini. L’article suggère que le gouvernement actuel, dirigé par le BJP, s’emploie à construire et à protéger un « récit imaginaire » selon lequel les critiques étrangères terniraient l’image de l’Inde. Face à l’impossibilité d’entraver la liberté d’expression, la stratégie consisterait alors à interdire l’accès au pays aux universitaires jugés potentiellement critiques, même lorsque leurs travaux n’ont jamais suscité de controverse politique ou académique.

Ce refus d’entrée s’ajoute à d’autres mesures de contrôle. L’article mentionne en effet des circulaires envoyées à la quasi-totalité des universités centrales, imposant une vérification et une approbation par l’administration universitaire avant d’inviter des intervenants externes. Ces deux éléments, la restriction d’accès des universitaires étrangers et le contrôle des invitations, témoignent d’une « profonde inquiétude du gouvernement pour son image et son récit imaginaire », aboutissant à une politique de « répression et de contrôle ».

L’ironie de la situation est d’autant plus frappante que l’Inde se targue aujourd’hui de vouloir devenir un « Vishwaguru » (maître du monde). L’auteur déplore que, dans ce contexte, le pays perde sa capacité à être ne serait-ce qu’un humble étudiant face à l’immensité du savoir mondial. Interdire l’accès à une spécialiste de la langue hindi, qualifiée de « langue nationale », apparaît ainsi comme une contradiction flagrante.

L’article souligne l’absurdité d’une politique qui, d’une part, encourage l’implantation d’universités étrangères en Inde et, d’autre part, insulte les universitaires. Il est paradoxal que des travaux approfondis sur les langues et littératures indiennes soient menés par des chercheurs étrangers, tandis que, sur le territoire national, les conditions et les infrastructures nécessaires à une recherche de haute qualité peinent à être créées. À titre d’exemple, la recherche de mots dans des dictionnaires de langues indiennes en ligne n’est rendue possible que grâce à des projets menés par des institutions américaines.

Le refus d’entrée de Francesca Orsini pourrait avoir un impact dévastateur sur les chercheurs étrangers qui consacrent leur vie à l’étude des langues et littératures indiennes. La peur et l’anxiété générées par de tels incidents risquent de dissuader les talents désireux de contribuer à ce domaine, affaiblissant ainsi à terme l’intérêt pour ces cultures. Cette perte concernerait directement les langues et littératures indiennes, qui ont bénéficié pendant des siècles des travaux de chercheurs étrangers. Si des divergences méthodologiques ou perspectivistes peuvent exister, la rigueur et le dévouement de ces travaux ne sauraient être remis en cause.

L’auteur rappelle le verset du Rigveda : « Que nous viennent de nobles pensées de toutes les directions ». L’interdiction faite à Orsini d’entrer en Inde est présentée comme une négation flagrante de cet idéal. Le savoir, par nature, ne peut être confiné aux frontières d’une nation. La générosité intellectuelle est essentielle à l’émergence de nouvelles idées. Cet incident, en restreignant l’accès à une éminente spécialiste, « insulte le concept même et la culture de la connaissance » et remet en question la prétention de l’Inde à considérer le monde comme une seule famille.

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