Publié le 2023-10-26. Le nouveau roman de Maria Maunsbach, « Un homme magique », fait sensation à l’automne littéraire suédois. L’autrice y explore une relation amoureuse intense et compliquée, traversée par des thèmes de communication, de masculinité et de langue.
Le rire de Maria Maunsbach, profond et fréquent, rythme notre entretien dans une chambre d’hôtel de Göteborg. Un rire qui contraste avec les « grotesques », « dégoûtants » et autres adjectifs parfois utilisés par la critique pour qualifier son dernier roman, « Un homme magique ». Pourtant, derrière ces qualificatifs ambigus, se cache une œuvre qui séduit et interpelle, saluée pour son « amour malheureux et très romantique » entre Jenny et Mikael.
Ce « Mikael-Malmöit », personnage central aux « cuisses complètement incroyablement larges », est au cœur d’une histoire d’amour singulière. L’autrice décrit une relation où la sensualité et la physicalité sont omniprésentes, mais où la connexion émotionnelle profonde se heurte aux barrières de la communication et aux traumatismes du passé. « À l’intérieur du roman de sexe en sueur frustrant se trouve un autre livre, finement réglé comme un corail », a analysé Rasmus Landström dans Aftonbladet. D’autres critiques ont loué la « profondeur intellectuelle » et « l’océan de tendresse » du texte, malgré une approche déroutante pour certains.
« Un homme magique » n’est pas un roman conventionnel. Il dépeint une relation qui semble vouée à l’échec dès les premières pages. L’histoire alterne entre la jeunesse de Mikael, marqué par de violents combats de MMA qui lui ont laissé des séquelles, et sa vie avec Jenny. Isolé dans leur appartement, leur quotidien est rythmé par les repas et l’intimité, une bulle où les blessures du passé de Mikael le rendent paranoïaque et incapable de se projeter dans l’avenir.
Maria Maunsbach explique cette difficulté à aimer : « Je pense simplement que cet homme ne peut tout simplement pas le faire. Il ne peut pas. Il est très convaincu qu’il sera seul. » Cette conviction, presque une fatalité, est pour l’autrice un « stéréotype de genre » où la réussite masculine se mesure à l’indépendance et à la solitude. Pourtant, le roman esquisse aussi une fraternité singulière, celle des gymnases de boxe thaïlandaise, où la proximité physique et mentale crée des liens forts, « une fraternité basée sur la solitude ».
Le personnage de Jenny exprime son affection par la nourriture, des mets qu’elle prépare avec une attention particulière, comme une forme de compensation. Steak de marin, tarte à la rhubarbe, côtelette de porc : ces plats symbolisent son amour et sa volonté de prendre soin de Mikael. L’autrice souhaitait dépeindre un plaisir généralisé, où la sensualité de la nourriture se mêle à celle du corps, loin des représentations plus crues de ses premiers ouvrages.
C’est justement la présence de l’amour qui distingue « Un homme magique » des précédents romans de Maria Maunsbach, « Just Have Fun » et « Hit, but more ». Ces derniers exploraient déjà les difficultés de communication dans les relations, mais sans la dimension amoureuse. « Dans mes premiers livres, il n’y avait pas d’amour. Il y a vraiment de l’amour ici, et c’est le problème », confie l’autrice. Mikael, habitué à la souffrance, trouverait sa place dans ses œuvres précédentes où l’amour n’était pas présent, car il aurait pu y « réussir » dans sa solitude.
Née en 1990 à Höör, en Scanie, Maria Maunsbach a grandi avec une conscience aiguë de ses origines rurales. C’est dans son troisième roman qu’elle a pleinement embrassé cette identité, intégrant la langue et la culture du corps issues de son milieu. La voix de Mikael, ancrée dans un parler malmöite, est ainsi une incarnation de cette « fidélité en classe » qu’elle souhaite explorer. « Ce que j’écris de nos jours a beaucoup plus à voir avec moi en tant que personne privée. Je suis plus moi-même, puis le Scanien dans la paternité », affirme-t-elle.
L’intimité et la nudité du sexe dépeint dans « Un homme magique » sont une source de vulnérabilité nouvelle pour l’autrice. Contrairement à ses premiers livres où le sexe était moins réussi, ici, la tendresse rend les représentations plus exposées. Le dégoût parfois suscité par ces scènes, comme le célèbre doigt dans le nez, interroge Maunsbach : « J’ai beaucoup réfléchi à ce que cela signifie. […] Ce n’est pas vraiment cela dans la littérature. » Elle aspire à représenter la naturalité du corps, telle qu’elle la connaît de ses origines, une approche qui, bien que sincère, semble encore défier les conventions littéraires.
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