Publié le 2025-10-02 10:19:00. La tension monte en Équateur avec la libération de 16 militaires retenus lors des manifestations contre la hausse des prix du carburant. Cette résolution intervient dans un climat de forte contestation sociale, marquée par des heurts violents et des pertes humaines.
- Seize militaires retenus dans la province d’Imbabura ont été libérés mercredi.
- Un manifestant, Efraín Fuerez, est décédé lors d’affrontements, portant à 12 le nombre de soldats blessés.
- Les manifestations, initiées le 22 septembre, réclament l’abrogation de la suppression des subventions sur le diesel.
La situation s’est apaisée mercredi avec l’annonce de la libération des 16 militaires détenus depuis dimanche dans la province d’Imbabura. Cette libération, confirmée par le ministre de la Défense, Gian Carlo Loffredo, intervient alors que le pays est secoué par un mouvement de protestation national.
Les événements qui ont mené à la rétention des militaires ont été particulièrement violents. Des affrontements importants ont eu lieu entre les forces de l’ordre et les manifestants, entraînant le décès d’Efraín Fuerez, 46 ans, identifié comme indigène. Douze soldats ont également été blessés lors de ces heurts. La Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (Conaie) et des organisations de défense des droits de l’homme accusent les forces armées d’être responsables des impacts de balles qui ont causé la mort de M. Fuerez. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un autre manifestant tentant d’aider la victime et étant ensuite violemment frappé par des militaires, ce qui a provoqué une vive indignation.
Le ministère public a ouvert une enquête pour « usage illégitime de la force », tandis que la Conaie dénonce un « crime d’État » orchestré sous les ordres du président Noboa.
Le mouvement de protestation, initié le 22 septembre, vise principalement à obtenir l’abrogation de la décision du président Daniel Noboa de supprimer la subvention sur le diesel, dont le prix est ainsi passé de 1,80 $ à 2,80 $ le gallon. Au fil des jours, d’autres revendications se sont ajoutées, notamment des demandes d’ouverture d’une procédure de destitution contre les ministres de l’Intérieur et de la Défense.
Malgré la pression, le président Noboa a affirmé qu’il préférait « mourir » plutôt que de revenir sur sa décision concernant le diesel, qualifiant les manifestations d’« actes terroristes déguisés en protestation sociale ». Il a également évoqué la présence d’infiltrés de mafias, citant le groupe criminel vénézuélien Tren de Aragua, sans toutefois présenter de preuves.
Mercredi, le système ECU 911 signalait 15 axes routiers bloqués dans plusieurs provinces, notamment Imbabura, Pichincha, Bolívar, Sucumbíos, Cotopaxi, Cañar et Chimborazo.
« Il y a une escalade progressive de la démonstration »
Face à cette crise, le dialogue entre le gouvernement et les manifestants semble bloqué. « Il y a une intransigeance des deux côtés à s’asseoir pour parler », a constaté Mauricio Alarcón-Salvador, activiste pour la démocratie et défenseur des droits humains en Équateur. Il déplore « une obstination incompréhensible de la part du gouvernement », d’autant plus que le décès récent d’un manifestant a intensifié la colère.
« Compte tenu de ce qui s’est passé ces dernières heures, avec des blocages jusqu’aux abords de la capitale du pays, j’ose dire qu’il y a une escalade progressive de la démonstration. »
Mauricio Alarcón-Salvador, activiste pour la démocratie et défenseur des droits humains
Pour l’analyste politique Julio Echeverría, le conflit s’éternise, engendrant des pertes économiques considérables pour les communautés locales et un stress social croissant. Il observe que l’adhésion de nouveaux acteurs aux revendications, parfois radicales, ne fait qu’attiser les tensions.
« Bien que le gouvernement soit ferme sur le maintien de la suppression de la subvention sur le diesel, le conflit, qui tend à s’intensifier, oblige à considérer le dialogue comme une issue possible. »
Julio Echeverría, analyste politique
Selon M. Echeverría, cette crise affaiblit l’image du président Noboa et érode son acceptation politique. La suppression de la subvention sur le diesel est un sujet « extrêmement compliqué » en Équateur, où de nombreuses économies dépendent encore de ces aides. Même si le gouvernement met en place des politiques de compensation, la fermeté avec laquelle il fait face aux mouvements sociaux compromet toute possibilité d’accord rapide et aggrave la crise.
Il note par ailleurs une prise de conscience sociale quant à l’insoutenabilité de la subvention, ainsi que les bénéfices illicites qu’elle génère pour la contrebande, le trafic de drogue et l’exploitation minière illégale.
L’assemblée constituante
Dans ce contexte de crise, le président Noboa avance son projet d’une assemblée constituante visant à remplacer la Constitution de 2008, approuvée sous le mandat de Rafael Correa. Un référendum est prévu le 16 novembre.
Mauricio Alarcón-Salvador estime que la crise actuelle nuit à l’image, à la crédibilité et à la confiance envers le gouvernement de Noboa, dont les chiffres ont déjà chuté en quatre mois de mandat.
« Face à un référendum le 16 novembre, le coût politique pourrait être sans aucun doute élevé. Et la manière dont les crises ont été gérées ces derniers temps ne joue pas en faveur du gouvernement. »
Mauricio Alarcón-Salvador
Julio Echeverría y voit une réponse à une demande croissante de réformer la Constitution de 2008, perçue par certains comme un programme politique du coréisme, freinant le modèle de développement actuel et favorisant l’insécurité et le crime transnational. Il suggère que, dans cette période de troubles, l’assemblée constituante pourrait servir de « soupape de sécurité politique », déplaçant la tension vers le champ institutionnel et électoral.
Cependant, M. Echeverría prévient que la polarisation actuelle rend difficile la construction d’un consensus réel au sein d’une telle assemblée. Il existe le risque que le processus n’engendre davantage d’instabilité et de blocages politiques, plutôt qu’une constitution renouvelée et fonctionnelle.