Publié le 2024-12-01 10:00:00. Le dinar algérien connaît une dépréciation constante face aux devises étrangères, tandis que les réserves de change connaissent une tendance baissière, selon des données couvrant la période de 1970 à fin 2024. Ces évolutions soulignent la dépendance de l’économie algérienne aux revenus des hydrocarbures et la nécessité de réformes structurelles profondes.
- La valeur officielle du dinar algérien a chuté de 4,94 dinars pour 1 dollar en 1970 à environ 134 dinars pour 1 dollar en mars 2024.
- Parallèlement, le cours du dinar sur le marché parallèle montre un écart significatif, atteignant 240 dinars pour 1 euro en mars 2024.
- Les réserves de change officielles ont diminué, passant de 162,2 milliards de dollars en 2010 à environ 67,8 milliards de dollars fin 2024, selon le FMI.
La parité du dinar algérien, monnaie non convertible, est déterminée par les fluctuations des marchés internationaux de devises, notamment face au dollar américain, à l’euro, à la livre sterling et au yen japonais. Ces taux officiels servent de référence pour les transactions financières de l’État.
L’analyse de l’évolution du cours officiel du dinar révèle une dépréciation continue depuis les années 1970. Si en 1970, il fallait 4,94 dinars pour acquérir un dollar, ce chiffre a grimpé à 5,03 dinars en 1980, puis a connu une accélération notable à partir des années 2000. En 2001, le taux était de 77,26 dinars pour un dollar et 69,20 dinars pour un euro. Les années suivantes ont vu ces chiffres augmenter : 100,46 dinars pour un dollar et 111,44 dinars pour un euro en 2015 ; 116,62 dinars pour un dollar et 137,69 dinars pour un euro en 2018 ; et 128,31 dinars pour un dollar et 161,85 dinars pour un euro en 2020. Les données les plus récentes indiquent un taux de 134,3632 dinars pour un dollar et 146,8993 dinars pour un euro en mars 2024, avec une projection officielle à la vente de 129,4172 dinars pour un dollar et 152,1170 dinars pour un euro au 1er octobre 2025.
Le marché parallèle, quant à lui, affiche des écarts considérables avec le taux officiel. En 2011, le cours moyen de l’euro atteignait 135 dinars. En octobre 2022, la cotation s’établissait à 209 dinars pour un euro. Cet écart s’est accentué, avec en mars 2024, un euro s’échangeant à 238 dinars à l’achat et 240 dinars à la vente, tandis que le dollar américain se négociait à 218 dinars à l’achat et 220 dinars à la vente. Les projections pour avril-mai 2025 situent l’euro à 256 dinars à l’achat et 259 dinars à la vente, et le dollar américain autour de 233 dinars à l’achat et 236 dinars à la vente. Le 1er octobre 2025, sur le marché parallèle, l’écart atteint 77% pour le dollar et 65% pour l’euro par rapport à leur cours officiel. L’introduction récente d’une allocation touristique plafonnée à 750 euros pour les adultes et 300 euros pour les mineurs de plus de 12 ans semble n’avoir eu qu’un impact limité et transitoire sur cette dynamique.
Concernant l’évolution des réserves de change, la tendance générale est à la baisse depuis le pic atteint en 2013. Après avoir culminé à 194 milliards de dollars en 2013, les réserves ont diminué pour atteindre 162,2 milliards de dollars en 2010, 144,1 milliards en 2015, et 62 milliards de dollars en 2019. Pour fin 2024, les réserves officielles de change de l’Algérie s’élevaient à 67,80 milliards de dollars selon le Fonds Monétaire International (FMI) dans son rapport de juillet 2025, et à 68,27 milliards de dollars selon la Banque d’Algérie. Ces chiffres représentent une baisse par rapport aux près de 70 milliards de dollars enregistrés fin 2023. Il est à noter que ces estimations incluent 173,56 tonnes d’or, dont le volume est stable depuis 2000.
Les perspectives pour 2025 s’annoncent encore plus délicates. En considérant un déficit de la balance commerciale de 2,07 milliards de dollars au cours de 130 dinars pour un dollar, et en projetant un rythme d’exportations et importations similaire à avril-décembre 2025, le déficit commercial pourrait atteindre 8 milliards de dollars. En ajoutant les services, estimé à 6 milliards de dollars comme en 2024, le déficit total atteindrait 14 milliards de dollars. Dans ce scénario, les réserves de change hors or pourraient s’élever à environ 41 milliards de dollars fin 2025, un chiffre qui serait naturellement plus élevé en incluant la valeur de l’or.
En conclusion, les données disponibles, tant celles du gouvernement que celles des institutions internationales, démontrent que la trajectoire du dinar algérien et l’évolution des réserves de change sont étroitement liées aux revenus des hydrocarbures et reflètent le niveau de la production et de la productivité internes. Ces constats soulignent l’urgence de profondes réformes structurelles pour diversifier l’économie algérienne et assurer sa résilience.
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des Universités