Le sentiment de mécontentement gagne du terrain en Allemagne, particulièrement au sein des petites et moyennes entreprises (PME), où la confiance envers la capacité des décideurs politiques à résoudre les problèmes s’effrite. L’idée même d’une réduction de la bureaucratie, pourtant tant attendue, suscite désormais un scepticisme profond, les citoyens et les entreprises se sentant accablés par un déluge de normes perçues comme kafkaïennes. Les promesses de simplification administrative, souvent répétées, semblent tomber dans l’oreille de sourds, les responsables politiques se retranchant derrière l’excuse d’une réglementation européenne incontournable.
Face à cette situation, le FDP du Bade-Wurtemberg a inscrit dans son programme électoral pour les élections régionales de mars 2026 un engagement ferme : mener une lutte « radicale et sans excuses » contre la bureaucratisation excessive. Une démarche jugée indispensable pour préserver la démocratie et l’idéal européen, qui risquent de s’éroder face à l’exaspération croissante.
L’indignation des citoyens se traduit par un désintérêt marqué pour la politique conventionnelle, favorisant les votes radicaux. Parallèlement, les grandes entreprises cherchent des cieux plus cléments, tandis que les PME luttent pour leur survie dans un environnement de plus en plus contraignant. Ce malaise est exacerbé par les actions de ce que certains dénoncent comme une « bulle bruxelloise » déconnectée de la réalité, centrée autour d’Ursula von der Leyen. Sous son impulsion, une cascade de réglementations jugées absurdes et énervantes s’accumulerait, provoquant une colère sourde.
Des exemples concrets illustrent cette dérive réglementaire, qualifiée d’« extrémisme sectaire à Bruxelles ». La suppression de la possibilité d’expulser définitivement les meurtriers et terroristes non européens après leur peine est citée en exemple. L’idée de voir ces individus réintégrer l’Union européenne au plus tard dix ans après leur peine est jugée incompréhensible par la plupart des observateurs.
La directive européenne sur la transparence, quant à elle, rendrait la publicité pour les partis politiques et leurs idées durant les campagnes électorales quasi impossible. Les normes devenues si complexes et démesurées que les plateformes publicitaires préfèrent renoncer aux revenus plutôt que de se soumettre au harcèlement bureaucratique.
Cette tendance pourrait, selon les opposants à cette bureaucratie, semer les graines de mouvements type « Frexit » ou « Dexit » à travers l’Europe. Les partis national-populistes pourraient ainsi gagner du terrain, menaçant l’unité et la stabilité du projet européen.
L’absence d’un « effet d’apprentissage » est particulièrement déplorée. Ursula von der Leyen est accusée de faire preuve d’une obstination aveugle, ignorant les réalités économiques et technologiques, notamment en ce qui concerne l’interdiction des moteurs à combustion en 2035. L’autosatisfaction affichée contrasterait avec les dommages causés à l’économie européenne, le « Green Deal » étant ainsi remis en question.
La charge bureaucratique, qu’elle émane de Bruxelles ou des instances fédérales allemandes, pèse de tout son poids. L’Office statistique du Bade-Wurtemberg (StaLa) collecterait ainsi des données pour l’UE et le gouvernement fédéral, données qui finiraient souvent par dormir dans des tiroirs sans jamais être exploitées. Si les grandes entreprises disposent de services dédiés à cette tâche, les PME, elles, n’en ont pas les moyens. Beaucoup s’interrogent sur la pertinence de ces demandes répétitives.
Le FDP du Bade-Wurtemberg propose trois pistes d’action concrètes pour le Land :
- Interdire le « placage à l’or » (c’est-à-dire l’ajout de réglementations nationales superflues) par le StaLa.
- Empêcher le StaLa de solliciter des informations déjà en possession de l’État, même si cela implique des compromis en matière de protection des données, comme le partage d’informations entre services d’aide sociale et d’aide à la jeunesse au sein d’une même mairie.
- Interdire au StaLa d’imposer des obligations de déclaration et de documentation aux entreprises de moins de 20 salariés.
Ce dernier point est particulièrement sensible, les obligations découlant du droit européen et national pouvant mener à des litiges juridiques. Le FDP assume cependant cette position, se déclarant fier que son parti ait choisi cette voie.
Il émerge ainsi une forme de « droit démocratique à l’autodéfense » pour les citoyens, l’économie et les Länder face à ce qu’ils perçoivent comme la folie bureaucratique. Cette démarche est considérée comme vitale pour la prospérité, l’idée européenne et la démocratie elle-même. Le FDP se dit prêt à porter ce combat devant les tribunaux pour sensibiliser davantage à la gravité de la situation.
Au-delà de la lutte contre la bureaucratie européenne, une réforme administrative profonde du Bade-Wurtemberg est également proposée, à l’image d’une structure administrative à cinq niveaux (ministères, conseils régionaux, associations régionales, districts et municipalités) jugée lourde et inefficace. L’idée est de supprimer deux de ces niveaux sur une période de dix ans, de renforcer les communes via le principe de subsidiarité et de suspendre les réglementations nationales en matière de construction, faisant confiance aux autorités locales.
Les associations régionales et les conseils régionaux seraient ainsi supprimés, leurs compétences réparties entre 13 circonscriptions régionales. Le gouvernement du Land deviendrait le responsable unique de la construction de routes et des transports publics, remplaçant le système actuel d’associations de transport fragmentées. Il deviendrait également l’autorité de recours unique en cas de litiges.
Grâce à cette rationalisation, à la combinaison des tâches et à une numérisation poussée, une efficacité accrue de 20 % est visée. Ce gain pourrait être absorbé par le renouvellement naturel des effectifs avec le départ à la retraite des baby-boomers.
Ces propositions, qualifiées de radicales, sont présentées comme un concept libéral indispensable pour préserver la prospérité, l’acceptation de l’ordre démocratique dans le Bade-Wurtemberg et pour se défendre contre les forces antidémocratiques.