Publié le 06 octobre 2025 06:23:00. Les Fidji, archipel du Pacifique Sud, sont en proie à une épidémie de sida alarmante, la plus grave de leur histoire. Le nombre de cas explose, touchant désormais des enfants de seulement dix ans, et les autorités ont décrété l’état d’urgence sanitaire nationale.
- L’épidémie de VIH aux Fidji a connu une augmentation fulgurante, passant de moins de 500 cas en 2014 à près de 6 000 cas confirmés en 2024.
- La propagation est exacerbée par le partage de matériel d’injection et une pratique dangereuse de transfusion sanguine informelle, surnommée « Bluetoothing ».
- La faible sensibilisation, le manque d’éducation sexuelle et les pénuries de ressources médicales contribuent à l’aggravation de la crise sanitaire.
Les Fidji, ce paradis tropical de plus de 900 000 habitants, sont aujourd’hui confrontés à un défi sanitaire majeur. L’épidémie de SIDA a atteint des proportions critiques, poussant le vice-ministre de la Santé, Penioni Ravunawa, à lancer un avertissement sévère : si la tendance actuelle se maintient, 3 000 nouveaux cas pourraient être enregistrés d’ici la fin de l’année 2025. L’épidémie globale « ne montre aucun signe de ralentissement », a-t-il souligné.
Plusieurs facteurs expliquent cette propagation incontrôlée. L’archipel est devenu ces dernières années une plaque tournante pour le trafic de méthamphétamines dans le Pacifique. L’afflux de ces drogues a entraîné une hausse spectaculaire du partage de seringues entre usagers. S’ajoute à cela une pratique terrifiante connue sous le nom de « Bluetoothing », où des toxicomanes s’injectent mutuellement leur sang contaminé, sans aucune considération pour les règles d’hygiène ou les groupes sanguins, créant ainsi des « infections de co-sang ».
Les ONG sur le terrain confirment que le partage d’aiguilles n’est pas le seul mode de transmission, le sang étant lui aussi partagé. La difficulté d’accès aux aiguilles neuves dans les pharmacies locales et la mise en œuvre limitée des programmes de réduction des risques obligent les consommateurs de drogues à réutiliser, voire à partager, leurs seringues. Les statistiques sont édifiantes : durant les neuf premiers mois de 2024, environ 20% des nouvelles infections étaient directement liées à l’usage de drogues injectables. La situation est particulièrement préoccupante chez les adolescents, avec des cas confirmés de VIH chez des enfants âgés de seulement dix ans.
Les experts pointent du doigt la conservatisme sociétal et le manque d’éducation sexuelle aux Fidji. Le VIH et la toxicomanie restent des sujets tabous, entravant l’accès des populations à risque à des informations sanitaires fiables, et par conséquent, les mesures de prévention et de traitement. De plus, une pénurie chronique de ressources médicales, notamment de réactifs de test et de médicaments antirétroviraux, ainsi qu’un manque de personnel de santé de première ligne, conduisent à sous-estimer l’ampleur réelle de l’épidémie.
José Sousa-Santos, un expert de l’Université de Canterbury, compare la situation à une « avalanche », anticipant que les conséquences de ces infections, dont la période d’incubation est longue, ne se manifesteront pleinement que « dans deux ou trois ans ». Alors que des dizaines de milliers de touristes étrangers affluent aux Fidji chaque mois, le risque de propagation internationale de l’épidémie est réel, potentiellement déclencheur d’une nouvelle crise sanitaire mondiale.
Il est à noter que le pays d’origine de ce reportage n’entretient aucune relation diplomatique avec les Fidji et qu’aucun vol direct n’est disponible. Pour s’y rendre, les passagers doivent transiter par des villes comme Hong Kong, un voyage qui peut durer plus de 10 heures.
Cette information est relayée avec un message de prévention : « Ne vous réjouissez pas un instant, vous pourriez souffrir toute votre vie ! Rejetez la drogue, chérissez votre vie ! La santé est inestimable, ne vous empoisonnez pas. »