Une île idyllique des Cyclades, un enterrement de vie de jeune fille qui tourne au vinaigre, et une artiste tiraillée entre ses ambitions et les attentes de la société : le nouveau roman de Rhiannon Lucy Cosslett explore les tensions complexes de l’amitié féminine et du désir.
L’été 2019, Sophie Evans se retrouve avec ses amies d’université, Helena, Iris et Alessia, sur une île grecque paradisiaque. L’occasion ? Célébrer le prochain mariage d’Helena, qui refuse d’ailleurs qu’on l’appelle un « enterrement de vie de jeune fille », trouvant l’expression trop réductrice – « comme des poules à plumes qui gloussent », selon ses propres mots. Les hommes, dont Greg, le compagnon de Sophie depuis six ans et conservateur de musée, ne rejoindront l’île que cinq jours plus tard.
Malgré le cadre enchanteur, avec ses repas luxueux, ses cocktails à volonté et son soleil éclatant, Sophie se sent mal à l’aise. L’atmosphère de la villa, d’un « bon goût presque offensant », la déstabilise. En dix ans, les différences entre les femmes se sont accentuées : l’argent a pris une importance croissante. Iris, élégante et distante, travaille dans l’édition grâce à l’aide financière de ses parents, qui lui ont acheté un appartement à Peckham. Alessia, héritière d’une famille fortunée qui semble posséder une partie de l’île, est une négociante en art gâtée et hautaine. Helena, quant à elle, aspire à devenir une femme au foyer aisée, entourée de « belles choses ».
Sophie, dont le père est électricien et la mère s’occupe à plein temps de sa sœur handicapée, travaille dans la boutique d’un musée tout en essayant de percer comme artiste. Elle subit également la pression de Greg, qui souhaite fonder une famille, alors qu’elle aspire avant tout à la liberté de peindre. Dans ce contexte, Alessia lui commande un portrait nu, à réaliser pendant leur séjour dans son atelier privé. Mais l’arrivée de Ky, un serveur, archéologue et amant passionné, qui la regarde avec insistance, va faire basculer les rivalités latentes et transformer l’inconfort en une menace plus palpable.
Rhiannon Lucy Cosslett excelle dans la description des sensations, de la lumière à la nourriture en passant au plaisir physique. Le récit insulaire est ponctué de passages où Sophie, des années plus tard, réfléchit sur l’œuvre d’artistes femmes, d’Artemisia Gentileschi à Francesca Woodman, analysant leur expérience au musée et en galerie et la confrontant à ses propres difficultés pour s’épanouir en tant que peintre. Ces méditations alternent avec les interactions des personnages sur l’île grecque, à l’approche de l’arrivée des hommes et de la perspective d’un désastre.
Female, Nude est un roman ambitieux et énergique. Si les analyses artistiques, bien que pertinentes, peuvent parfois sembler artificielles, parachutées pour donner du poids à une histoire d’enterrement de vie de jeune fille, le personnage de Sophie, complexe et imparfaite, captive le lecteur. Elle est à la fois attachante et répugnante, une artiste en devenir, authentique et impitoyable.
Si certains personnages secondaires manquent de profondeur – Helena, la future mariée, est peu développée, Iris reste une figure glaciale et le partenaire d’Iris, Edwin, est presque inexistant – Ky incarne un fantasme romantique pur. Cosslett accorde à Sophie une liberté délectable avec lui, ce qui rend la lecture particulièrement agréable. L’engagement sérieux de l’auteure, qui aborde des thèmes tels que le fardeau de la maternité et les compromis qu’une femme doit faire entre son corps, la société et sa créativité, mérite également d’être salué.
Female, Nude par Rhiannon Lucy Cosslett est publié par Tinder (18,99 £).